La demande de pardon de Jean-Paul II a "créé la surprise"

Intervention du card. Cottier lors de la présentation du volume sur l'Inquisition

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CITE DU VATICAN, Mardi 15 juin 2004 (ZENIT.org) – L’annonce de Jean-Paul II , dans "Tertio millennio adveniente ", que l’Eglise devait se repentir pour les péchés de ses fils a parfois "surpris" : le cardinal Cottier explique pourquoi.



L’Eglise "ne cesse de faire pénitence" et "elle reconnaît toujours comme siens, devant Dieu et devant les hommes, ses fils pécheurs", rappelle le cardinal George Marie Cottier, théologien de la Maison pontificale, en citant la constitution conciliaire sur l’Eglise, "Lumen Gentium", au moment de la présentation à la presse du volume sur l’Inquisition.

Il est donc opportun de se demander, continue le cardinal Cottier, "ce qui constitue un vrai scandale et où il se trouve". Le domaine de la recherche est vaste et entre dans le cadre de ce que Jean-Paul II a appelé la "purification de la mémoire", parce que "la mémoire historique, c’est-à-dire l’image que nous nous faisons du passé n’est pas exempte de déformations et de préjugés".

"Une demande de pardon, dit-il, ne peut concerner, cela va de soi, que des faits vrais et objectivement reconnus. On ne demande pas pardon pour des images diffuses dans l’opinion publique qui tiennent plus du mythe que de la réalité".

"On ne s’attendait pas à cela", explique le cardinal suisse. L’Eglise étant "sainte", de la sainteté du Christ, demander pardon semblait une démarche qui allait "dans le sens de l’agressivité contre l’Eglise" : "On pourrait abuser de cette demande, par exemple, dans une presse qui ne serait pas bienveillante pour l’Eglise", le "peuple de Dieu" pourrait en être "troublé", se souciait tel pasteur.

La réponse, affirme le cardinal Cottier c’est "d’éduquer le peuple de Dieu" : il faut lui "donner des critères" de jugement.

"Une chose aussi nouvelle a donc fait un effet de surprise, suscité non des oppositions, mais des interrogations et des perplexités. Ce qui est légitime. Il est bon de réfléchir aux gestes du Saint-Père. C’est la responsabilité des pasteurs. Cela a attiré l’attention sur un vrai problème", souligne le théologien du pape.

Car il ne s’agissait pas, précise-t-il, de "demander pardon de façon désordonnée" mais de regarder le passé à la lumière de la vérité pour "regarder les choses avec objectivité" et "accompagner le regard d’une explication".

Cette demande de pardon à Dieu pour des "péchés commis par autrui" dans l’usage de la violence pour servir la vérité, posait des questions, continue d’expliquer le cardinal Cottier.

Quelle est la responsabilité de l’individu, dans un contexte donné ? Quelle est la part des "conditionnements" des "mentalités communes" ? Il donne l’exemple de la peine de mort qui n’a été abolie en France, par exemple, qu’en 1976, c’est-à-dire, récemment. Ces considérations des mentalités passées "relativisent le jugement moral" que l’on est tenté de poser sur les actes posés par autrui à d’autres époques et devant lesquels "la conscience humaine et chrétienne commence à voir clair".

Comment la responsabilité des chrétiens d’aujourd’hui est-elle touchée ? Cela tient, explique le cardinal Cottier, "à la nature de l’Eglise", la "solidarité" entre les membres de l’Eglise : ce qu’"un chrétien fait touche les autres".

Ainsi, dans l’acte liturgique du 12 mars 2000, le pape Jean-Paul II a demandé pardon à Dieu et aux hommes non pour des actes commis personnellement aujourd’hui par les catholiques, mais par des chrétiens avec lesquels les catholiques sont liés par leur lien d’appartenance à l’Eglise.

Le cardinal Cottier rappelle par ailleurs que, toujours dans le cadre de la préparation au Grand Jubilé, la commission historique et théologique avait organisé en 1997 un premier colloque sur les "Racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien", qui a constitué "un examen de conscience et une réflexion de la part de théologiens, en vue d’une théologie d’Israël". Les Actes ont été publiés en l’an 2000.