La dissuasion nucléaire est un obstacle à la paix, affirme le Saint-Siège

Conférence de l'observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU à New York

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ROME, Vendredi 29 juillet 2011 (ZENIT.org) – La plus dangereuse de toutes les idées héritées de la Guerre froide est la conviction que la dissuasion nucléaire est essentielle à la sécurité d'une nation. Le maintien de la dissuasion nucléaire au 21ème siècle ne sera pas une aide mais un obstacle à la paix et au désarmement nucléaire authentique.

C'est ce qu'a affirmé Mgr Francis Chullikatt, nonce apostolique, observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU à New York, lors d'une conférence sur « La question nucléaire : les enseignements de l'Église et la situation actuelle ». Mgr Chullikatt est intervenu le 1er juillet dernier au centre catholique du diocèse de Kansas City-St Joseph, aux Etats-Unis.

Le représentant du Saint-Siège a rappelé qu'il existe actuellement « 20.000 armes nucléaires situées dans 111 sites de 14 pays », que « plus de la moitié de la population mondiale vit dans un pays possédant des armes nucléaires » et que « chaque année, les nations dépensent 100 milliards de dollars pour le maintien et la modernisation de leurs arsenaux nucléaires ».

L'observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU a souligné que l'Église s'est toujours clairement opposée au recours aux armes nucléaires qui sont nécessairement utilisées « sans discernement » et dont les effets sont « dévastateurs ».

Il a ajouté que les pères du Concile Vatican II semblent malgré tout avoir accepté « à contre-cœur » la stratégie de la dissuasion nucléaire mais dans la mesure où « cette dissuasion n'était qu'une étape sur le chemin vers un désarmement nucléaire progressif ».

« Le Saint-Siège n'a jamais approuvé la dissuasion nucléaire comme une mesure permanente, et il ne le fait pas plus aujourd'hui car il est évident que la dissuasion nucléaire encourage le développement d'armes nucléaires toujours nouvelles, empêchant ainsi un désarmement nucléaire authentique », a-t-il expliqué.

Mgr Chullikatt a rappelé que la chute de l'Union soviétique et la fin de la guerre froide ont fait naître l'espoir de voir les armes nucléaires disparaître rapidement.

A travers le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) signé le 1er juillet 1968 et auquel le Saint-Siège a adhéré en 1971, « les nations du monde ont accepté d'abandonner tout développement d'armes nucléaires en échange de l'engagement des États détenant des armes nucléaires à éliminer leurs propres arsenaux et à fournir l'accès à la technologie nucléaire à des fins pacifiques », a-t-il poursuivi.

Malheureusement, les États possédant l'arme atomique « ont investi des dizaines de milliards de dollars dans de nouvelles technologies », a-t-il souligné.

« Quand nous parlons de désarmement nucléaire, le principe de la bonne foi est vital en droit international », a-t-il fait observer. Faire preuve de « bonne foi » signifie essentiellement « respecter les accords » et travailler avec sincérité et sur la base de la coopération. La modernisation actuelle des forces nucléaires fait « douter de cette bonne foi » car elle rend difficile voire impossible un accord sur le désarmement nucléaire mondial.

Le nonce apostolique a souligné que de plus en plus de personnes sont convaincues aujourd'hui que « la dissuasion nucléaire n'est pas un moyen valable pour garantir la sécurité. Si certaines nations continuent de revendiquer le droit de posséder des armes nucléaires, d'autres États le revendiqueront également ». On ne peut laisser certains États posséder l'arme nucléaire et refuser ce droit à d'autres.

L'observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU a précisé qu'actuellement, « une quarantaine de nations ont la capacité de transformer leur programme nucléaire civil en armes potentielles ».

« La prolifération est un défi réel et sérieux, a-t-il souligné. Cependant, les efforts en vue de la non-prolifération ne seront efficaces que dans la mesure où ils seront universels. Les États qui détiennent l'arme atomique doivent respecter leurs obligations de négocier la suppression totale de leurs propres arsenaux s'ils veulent avoir une chance réelle d'empêcher les États qui ne possèdent pas l'arme atomique de respecter leur engagement à ne pas chercher à posséder des armes nucléaires ou s'ils veulent réussir à amener les quelques États qui n'ont pas encore adhéré au TNP à la table des négociations pour la suppression progressive de leurs arsenaux nucléaires ».

Mgr Chullikatt a expliqué que l'an dernier, à la Conférence d'examen du TNP, « le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a présenté un plan pour le désarmement nucléaire en 5 points, qui mérite le soutien total de toutes les nations. Il a appelé de manière spécifique à une nouvelle convention ou à un ensemble d'instruments mutuellement contraignants pour éliminer les armes nucléaires, appuyés par de solides vérifications, et a demandé que toutes les nations entament des négociations », ajoutant que « le désarmement nucléaire n'est pas un rêve lointain et inaccessible » mais « une nécessité urgente ici et maintenant ». « Nous sommes résolus à y parvenir », avait dit Ban Ki-moon.

L'observateur permanent du Saint-Siège a souligné que « la menace aussi bien que l'utilisation des armes nucléaires est interdite par la loi. Il est illégal de menacer d'une attaque si l'attaque elle-même est illégale ».

« L'illégalité de la menace et du recours aux armes nucléaires remet sérieusement en question le droit de posséder des armes nucléaires », a-t-il affirmé.

Pour lire le texte intégral de l'intervention de Mgr Francis Chullikatt (en anglais) cliquer sur :

http://www.zenit.org/article-33139?l=english

Gisèle Plantec