La « Doctrine sociale de l’Église », pour lutter efficacement contre la faim

Intervention du directeur de la FAO au synode

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ROME, Mardi 13 octobre 2009 (ZENIT.org) - La « Doctrine sociale de l'Église » constitue un « apport essentiel » pour la lutte efficace contre la faim dans le monde, constate M. Diouf et il demande 83 milliards de dollars E.-U. par an pour lutter efficacement contre la faim : très peu par rapport au budget investi par les nations dans l'armement : 1340 milliards de dollars...

M. Jacques Diouf, directeur Général de la FAO, et invité spécial du synode des évêques pour l'Afrique, est intervenu devant l'assemblée générale, hier, 12 octobre (son intervention est disponible dans la section « Documents » sur le site de ZENIT, synthèse des interventions du 12 octobre après-midi).

« Il y a sur la terre suffisamment de moyens financiers, de technologies efficaces, de ressources naturelles et humaines pour éliminer définitivement la faim du monde », déclare M. Diouf.

« Dans certains pays, précise-t-il, deux à quatre pour cent de la population est capable de produire suffisamment pour nourrir toute la nation et même exporter, alors que dans la grande majorité des autres 60 à 80 pour cent de la population n'est même pas en mesure de satisfaire une infime partie des besoins alimentaires du pays ».

Il constate que « les ressources pour développer l'agriculture africaine devront d'abord provenir des budgets nationaux », ce à quoi les gouvernants africains se sont engagés à Maputo en juillet 2003 ; pourtant, « seuls 5 pays ont à ce jour respecté cet engagement, même si des progrès certains ont été observés dans 16 autres pays ».

« La FAO a mobilisé au cours des deux dernières années, tous les moyens techniques et financiers à sa disposition pour faire face à la crise alimentaire » a souligné M. Diouf avant de détailler cet engagement.

Mais le directeur de la FAO a aussi souligné une autre tragédie moderne : « Le flux de la vague d'immigrés clandestins fuyant la faim et la pauvreté apporte sur les rivages de l'Europe australe le triste spectacle des rêves brisés d'hommes, de femmes et d'enfants en quête de mieux être et dont beaucoup trouvent une fin tragique loin d'horizons et d'êtres qui leur sont chers ».

Il évoque aussi les promesses du « G 8 » en disant : «  J'ai noté avec une grande satisfaction, l'initiative de sécurité alimentaire du Sommet du G8 de L'Aquila de juillet dernier, auquel j'ai participé, et qui a mis l'accent, pour la première fois, sur le développement agricole à moyen et long terme, en faveur des petits producteurs des pays en développement ».

Et de préciser : « L'engagement pris à cette occasion de mobiliser 21 milliards de dollars E.-U. sur trois ans pour la sécurité alimentaire est un signe encourageant, pourvu qu'il soit, cette fois-ci, mis en oeuvre concrètement et rapidement ».

M. Diouf souligne l'importance de « l'investissement dans la petite agriculture des pays pauvres pour trouver une solution durable au problème de l'insécurité alimentaire », une approche à laquelle les dirigeants du G8 adhèrent à sa grande satisfaction.

Et pour veiller à l'accomplissement des promesses, il annonce que « le Conseil de la FAO a décidé de convoquer un Sommet mondial sur la Sécurité alimentaire au niveau des Chefs d'État et de Gouvernements, au siège de la FAO à Rome, du 16 au 18 novembre 2009 » : c'est à cette occasion que Benoît XVI se rendra à la FAO, à quelque 4 km du Vatican.

Le but de ce sommet est de « dégager un large consensus sur l'éradication définitive de la faim dans le monde, afin de permettre à tous les peuples de la Terre de bénéficier du "droit à l'alimentation" qui est le plus fondamental de tous les droits de l'homme ».

« C'est techniquement possible », affirme M. Diouf qui souhaite qu'un tel objectif soit fixé pour 2025 « comme l'ont déjà fait les dirigeants ibéro-américains pour l'Amérique latine et les Caraïbes ».

« De tous les déchirements que connaît le continent africain, la faim reste le plus tragique et le plus intolérable. Tout engagement pour la justice et la paix en Afrique est indissociable d'une exigence de progrès dans la réalisation du droit à l'alimentation pour tous », affirme M. Diouf qui cite ce passage du Message de Benoît XVI, en juin 2008, à l'occasion de la Conférence de la FAO sur la sécurité alimentaire mondiale: « Il faut réaffirmer avec force que la faim et la malnutrition sont inacceptables dans un monde qui, en réalité, dispose de niveaux de production, de ressources et de connaissances suffisantes pour mettre fin à ces drames et à leurs conséquences ».

« Ces paroles attestent, s'il en était besoin, de la similitude de vue de l'Église Catholique et de la FAO sur cette question fondamentale. L'Église s'est toujours donnée pour tâche de soulager la misère des plus démunis et la devise de la FAO est "Fiat Panis": "du pain pour tous". »

Citant également "Caritas in Veritate", M Diouf souligne que Benoît XVI y affirme que « toute décision économique a une conséquence de caractère moral », et que « pour fonctionner correctement, l'économie a besoin de l'éthique ; non pas d'une éthique quelconque mais d'une éthique amie de la personne ».

« Ce qui nous anime, confie M. Diouf, c'est le visage de cet homme, de cette femme, de cet enfant qui nous regardent fixement, le ventre vide attendant leur pain quotidien et dont la tristesse et la désespérance hantent nos sommeils agités. C'est le principe de la "centralité de la personne humaine" », que le pape rappelle dans son encyclique, souligne le directeur de la FAO.

Il affirme : « La vision d'un monde libéré de la faim est possible, s'il existe une volonté politique au plus haut niveau. En effet, plusieurs pays en Afrique ont réussi à réduire la faim », et de citer le Cameroun, le Congo, l'Éthiopie, le Ghana, le Nigeria, le Malawi, le Mozambique et l'Ouganda.

Mais il constate aussi les ressources spirituelles du continent : « Les grandes forces spirituelles et morales sont pour notre action un soutien inestimable. Car la tâche est en effet colossale et nos capacités d'action ne sont pas toujours à la mesure de la volonté qui nous anime. Nous n'aurons jamais trop de moyens pour satisfaire le "droit à l'alimentation" pour tous ».

Enfin, M. Diouf rend hommage « à l'action de l'Église sur le terrain à côté des plus pauvres » : il cite les missionnaires, les religieuses et de nombreuses communautés. «  Je veux saluer ces hommes et ces femmes que j'ai vu agir dans de nombreux pays avec discrétion et efficacité », insiste le directeur de la FAO.

« Je voudrais surtout souligner la convergence des enseignements religieux, notamment ceux de l'Église Catholique et de l'Islam, vers la nécessité de veiller à la gestion rationnelle des ressources sur la base d'une stratégie d'action respectueuse des personnes et des biens de ce monde, loin des excès et du gaspillage », ajoute M. Diouf qui conclut : « Tous ces enseignements soulignent le rôle fondamental de la responsabilité sociale, recommandant la sollicitude envers les plus démunis. La "Doctrine sociale de l'Église" est de ce point de vue un apport essentiel ».

M. Diouf a commencé par rappeler l'histoire des peuples d'Afrique tout en invitant à regarder vers l'avenir et tout en mettant en chiffre les besoins et les ressources du continent.

En même temps, il fait observer que l'Afrique est « une terre d'avenir » qui, « dans les prochaines quarante années connaîtra une forte croissance démographique » : « En 2050, elle comptera deux milliards d'habitants - le double d'aujourd'hui, dépassant ainsi l'Inde (1,6 milliards d'habitants) et la Chine (1,4 milliards d'habitants) et elle représentera le plus grand marché du monde ».

Il déplore des « motivations matérialistes au détriment des référentiels éthiques » et leur résultat : « des conditions de vie injustes et un monde inégal où un nombre restreint de personnes devient de plus en plus riche, alors que la vaste majorité de la population devient de plus en plus pauvre ».