La double prière silencieuse du pape François au Jourdain

Le roi Abdallah conduit lui-même la voiture du pape

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 382 clics

Le pape François a prié silencieusement au bord du Jourdain, au site du baptême du Christ, de Béthanie « au-delà du Jourdain », ce samedi soir, 24 mai, en Jordanie, après s’être penché pour prendre de l’eau et se toucher le visage. Sur le livre d’or il a prié pour que chacun s’ouvre « à la miséricorde divine et l’amour des frères » et que « règne la paix ».

Le pape s’est en effet rendu en voiture fermée de Amman au site de Wadi al-Kharrar – la « vallée mélodieuse » - à quelques 50 km de Amman. Le site se trouve à 400 m environ sous le niveau des océans, le point le plus bas du globe terrestre, ce qui en fait symboliquement le lieu de la « plus parfaite humilité ».

La prière silencieuse au coucher du soleil

Sur les pas de Paul VI, Jean-Paul II, et Benoît XVI, le pape François n’a plus rien dit au Jourdain : il s’est recueilli silencieusement, au bord de l’eau, au coucher du soleil, achevant sa prière par le signe de la croix.

Arrivé sur le site, le pape avait été accueilli par le roi Abdallah, la reine Rania, un de leurs fils, et par le prince Ghazi, cousin du roi. En marque d’hospitalité extraordinaire, le roi a lui-même conduit la voiture de golf à six places qui a  porté le pape, par un chemin de terre, du centre du site au bord du Jourdain et de la rive à l’église, où il a ensuite rencontré réfugiés et personnes handicapées.

Le groupe une fois arrivé au bord du Jourdain, par un escalier récemment mis à jour, un archéologue a expliqué au pape – par l’intermédiaire un Franciscain en guise d’interprète – l’état des fouilles du site et des travaux dus entre autres au fameux bibliste et archéologue franciscain italien, le P. Michele Piccirillo (1944-2008) qui fut professeur au Studium Biblicum Franciscanum de Jérusalem et directeur du musée. Il était devenu célèbre pour ses travaux sur les mosaïques du Mont Nébo.

Puis, tandis que le pape priait au bord de l’eau, le petit groupe qui l’accompagnait s’est retiré à quelques marches plus haut.

La vallée mélodieuse

Le fait que le pape ait été conduit par le roi en personne, quasi comme un membre de sa famille, est ressenti également par la communauté chrétienne comme un honneur et une reconnaissance pour elle. Ce geste est symboliquement extrêmement fort.

Revenu en voiture vers le site de l’église, environ 18 minutes plus tard, le roi et le pape se sont encore entretenu en parcourant à pied, sur un chemin dallé. Le site est en construction, les arbustes ont été récemment plantés pour l’embellir et les palmiers sont encore jeunes.

Là où le point de vue domine le Jourdain, le pape a pris congé du roi et de sa famille, puis il a pris un escalier de bois pour descendre vers un autre point du site au bord du fleuve, vers l’église. Puis il s’est à nouveau arrêté pour se recueillir au bord de la rivière « mélodieuse ».

Il a ensuite signé le livre d’or, assis à un bureau installé dans le jardin de l’église et orné des drapeaux de la Jordanie et du Vatican, au son du gazouillis des oiseaux et des alléluias de l’assemblée : cette visite au site du baptême, en pleine nature, a été un moment très « franciscain ».

Le pape François a pris son temps pour écrire un message de plusieurs lignes. Le prince Ghazi, en quelque sorte le spécialiste des relations interreligieuses, est resté aux côtés du pape. Il lui a offert en cadeau une mosaïque représentant le Jourdain.

Et la paix règnera

Puis le Franciscain interprète du pape a traduit au prince Ghazi le contenu du message écrit du pape, une traduction qui a ensuite été écrite en arabe en dessous de l’autographe papal. Pendant ce temps, le pape s’entretenait avec son porte-parole, le P. Federico Lombardi, qui sera donc en mesure de rapporter aux journalistes le contenu de ce message, déjà effleuré par la caméra.

En espagnol, le pape a écrit : « Je demande au Dieu tout puissant et miséricordieux qu’il nous enseigne à tous à demeurer dans sa présence, avec l’âme et les pieds nus, et le cœur ouvert à la miséricorde divine et l’amour des frères. Ainsi, Dieu sera tout en tous et la paix règnera. Merci d’offrir à l’humanité ce lieu témoin. François. 24.5.2014 ». Avec en exergue une citation qui a inspiré la phrase du pape : « L’âme et les pieds nus, les Douze tribus d’Israël s’approchaient du baptême ».

Le pape est entrée dans la nouvelle église, qui doit encore être achevé, plus de trente-sept minutes après son arrivée sur le site du baptême, sous les ovations, accompagné du patriarche Fouad Twal, et au chant, en arabe, de : « Bienvenu le pape François ».

L’huile de la miséricorde

Dans son homélie de Amman, un peu plus d’une heure auparavant, le pape avait évoqué l’humilité du Christ qui vient là se faire baptiser par Jean le Baptiste en disant : « L’Évangile de ce dimanche, ainsi que ce lieu, dans lequel par la grâce de Dieu je suis en pèlerinage, nous invitent à méditer sur l’Esprit Saint, sur ce qu’il accomplit dans le Christ et en nous, et que nous pouvons résumer ainsi : l’Esprit accomplit trois actions : il prépare, il oint, il envoie. Au moment du baptême, l’Esprit se pose sur Jésus pour le préparer à sa mission de salut ; mission caractérisée par le style du Serviteur humble et doux, prêt au partage et au don total de soi. »

Le pape a aussi expliqué le lien de son pèlerinage au Jourdain et de son pèlerinage à Bethléem, par l’action de l’Esprit Saint dans ces deux événements du Baptême et de la Nativité : «L’Esprit Saint, présent dès le début de l’histoire du salut, avait déjà opéré en Jésus au moment de sa conception dans le sein virginal de Marie de Nazareth, réalisant l’événement admirable de l’Incarnation : “ l’Esprit Saint viendra sur toi, il te couvrira de son ombre – dit l’ange à Marie – et tu enfanteras un Fils auquel tu donneras le nom de Jésus ”.»

Le pape a conclu son homélie en invoquant l’Esprit-Saint – « l’huile de sa miséricorde » - pour tout son pèlerinage : « L’Esprit Saint est descendu sur Jésus près du Jourdain et a commencé son œuvre de rédemption pour libérer le monde du péché et de la mort. Demandons-lui de préparer nos cœurs à la rencontre avec nos frères au-delà des différences d’idées, de langues, de cultures, de religions ; demandons-lui d’oindre tout notre être de l’huile de sa miséricorde qui guérit les blessures des erreurs, des incompréhensions, des controverses ; demandons-lui de nous envoyer avec humilité et douceur sur les sentiers exigeants, mais féconds, de la recherche de la paix. »