La famille naturelle à la base du développement durable (II)

Analyse de Mgr Chullikatt

| 1891 clics

Antonio Gaspari

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, vendredi 29 juin 2012 (ZENIT.org) – Depuis une vingtaine d’années  il y a méprise sur la signification du développement  durable. Pour certains, celui-ci suppose l’imposition de programmes cruels comme réduire ou sélectionner les naissances, pour d’autres il est un renvoi à sa définition originelle.

Le Saint-Siège a un avis sur la question et l’ha présenté à la conférence internationale Rio+20. C’est l’objet de la seconde partie de l’entretien avec Mgr  Francis Assisi Chullikatt, Observateur permanent du Saint-Siège près les Nations Unies, qui analyse ce qui a été dit durant la conférence  et figure dans le document final.

***

Comment et pourquoi la famille est si importante pour un développement durable?

La famille est là où commence la vie, que celle-ci murit et se développe, là où les enfants sont éduqués à agir de manière professionnelle et éthique. Cela signifie assumer librement une attitude responsable dans un vrai contexte de solidarité entre les personnes et avec la création.

Le caractère unique d’une institution comme la famille, l’obligation juridique de la protéger, son importance pour un développement durable, l’élimination de la pauvreté et des opportunités comme l’économie verte peuvent se résumer de la façon suivante :

Communauté d’amour et solidarité 

La famille est une communauté ouverte à l’amour, à l’harmonie et la solidarité. Fondée sur des liens indissolubles de communion entre le mari et la femme. Ces liens, de par leur nature,  ont vocation à faire naitre des enfants, à enseigner le respect, la distinction et la complémentarité entre les deux sexes, à enseigner et transmettre les valeurs culturelles, éthiques, sociales, spirituelles et religieuses, qui sont essentielles pour un bon développement intégral et le bien-être des enfants, celui de  tous les membres de la famille et de la société. (Préambule E, Charte des Droits de la Famille).

La famille est une institution sociale unique

La famille est une institution sociale unique qui cultive parmi ses membres le sens profond de la dignité, propre à chaque personne et  d’où dérivent les droits et les devoirs.

De cette manière, chaque membre de la famille développe un sens de la dignité qui est celui qu’il a acquis et dont le résultat fera de lui une personne complète, équilibrée, éduquée et formée à une liberté authentique et une vie responsable.

La famille s’enrichit grâce aux relations inter et intra générationnelles

La famille s’enrichit et étend la solidarité entre les générations. Elle contribue à la transmission des valeurs et aide à faire grandir les personnes en sagesse, pour promouvoir une gestion durable de l’environnement, des ressources naturelles, et de la destination universelle des biens, tout en s’assurant que la dignité de la personne ne sera pas bafouée dans la tentative de préserver l’environnement.

Principal facteur de paix

La famille est un artisan de paix dans la mesure où elle témoigne de l’amour qui nourrit ses membres, crée et entretient l’unité. Cet équilibre est fondamental pour édifier une société de paix.

La famille est une unité économique fondamentale

La famille est une unité économique qui génère et forme le capital humain. Elle alimente les travailleurs, les consommateurs et fournit des services aux plus vulnérables de la société.

Il est déplorable que le rôle de la famille, comme décrit par le Saint-Siège, ne soit pas totalement reconnu dans le document final, alors qu’il a été proposé plusieurs fois par la délégation du Saint-Siège.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans ce document final?

Le document final est le résultat d’une série de négociations multilatérales complexes  qui a demandé près d’un an de travail. Ce n’est pas un document parfait. Toutefois, si la communauté internationale à la volonté politique qu’il faut et s’engage à appliquer de manière rigoureuse les mesures qui sont indiquées, elle pourra le rendre fécond.

Les négociations et discussions pour arriver au document final de la conférence des nations Unies sur le développement durable, ont donné au Saint-Siège et aux membres de la communauté catholique réunis à Rio, l’occasion unique d’articuler un bon message pour la communauté internationale.

La bonne nouvelle nait de la charité et de la préoccupation pour nos frères et nos sœurs engagés dans des relations d’amour profond et de solidarité authentique pour toutes les personnes du monde.

Les négociations autour du document final ont soulevé de profondes tensions dues aux réalités économiques et financières des régions. Les disparités, surtout dans le contexte de l’Afrique, ont fait ressortir les pressions que des pays développés exercent sur certaines délégations. Il est apparu très clairement que la solidarité est un élément décisif pour éliminer la faim et la pauvreté.

Le document final aurait du adopter des mesures axées sur le transfert de technologies appropriées pour le développement local,  afin qu’il y ait un marché plus équitable et inclusif, respectueux des engagements pris, et ainsi fournir des aides au développement et trouver de nouveaux moyens  qui mettraient la dignité humaine, le bien commun et la sauvegarde de la création au centre de la vie économique.

Une autre préoccupation concerne le sens et l’application de certains concepts. Alors que des notions comme la «  green economy » pourrait être l’occasion d’indiquer et d’ouvrir de nouvelles voies à la sauvegarde de l’environnement, nous devons reconnaître que des solutions purement technologiques, sans le support de considérations juste et adéquates en matière de responsabilité éthique, sans l’implication des communautés locales, n’aident pas les pauvres.

Ceux qui voudront donner suite au document final de Rio + 20, devront mettre le bien-être de la personne au centre du développement durable. Cette approche permettra d’éviter les risques de réductionnisme et d’approches stériles, de type néomalthusien, qui voient pour ainsi dire les êtres humains comme un obstacle au développement. Bien que cette vison néomalthusienne soit intrinsèquement imparfaite, on a vu des délégations de pays développes s’activer pour l’introduire dans le document final.

Il n’y a  pas conflit entre les êtres humains et leur développement. Pour éliminer la pauvreté et la faim nous avons besoin de soutenir et promouvoir les personnes. Nous devons encourager peuples et nations à forger leur avenir, « l’avenir dont ils ont besoin », en cohérence avec leur dignité, leurs convictions religieuses, leurs cultures et traditions populaires.

Il faut dire, avec tristesse, que certaines délégations se sont engagées à promouvoir le concept discutable de « droits sexuels et reproductifs ». Graace au ciel, ces expressions ne figurent pas dans le document final. Cette approche du développement durable aurait saper le premier des principes de Rio, c’est-à-dire: que l’être humain est au centre du développement durable. L'être humain est toujours une fin en soi, et le développement durable est le moyen qui serve cette fin. Chaque programme qui va contre la vie va contre le développement. Toute politique qui entend promouvoir l’interruption volontaire de grossesse ou l’utilisation de substances abortives sous couvert de contraceptifs court au désastre. Ce sont des politiques qui menacent le droit à la vie à l’endroit même où celle-ci est le plus en sécurité, soit le ventre de la mère, menaçant la santé de la femme qui a érigé en elle un sanctuaire et une demeure pour son enfant.

Il est évident que ce genre de politique n’est pas au service de la santé, ni des enfants, ni de leurs mères non des familles, mais se transforme en violence contre les femmes, les enfants et la famille.

Le Saint-Siège a dit clairement quel était son point de vue, mettant en discussion l’expression, vague et ambigües, de « santé reproductive » contenue dans le document. Pour le Saint-Siège, le terme « santé sexuelle  et reproductive » devrait s’appliquer à un concept holistique de la santé qui considère la personne dans sa totalité (esprit et corps), encourage à la maturation personnelle dans la sexualité et dans l’amour réciproque et au processus décisionnel  qui caractérise la relation conjugale selon les normes de l’ordre moral naturel.

Nous devons constater avec regret que le document final a négligé le rôle fondamental que les organisations religieuses exercent  en promouvant le développement durable. Les institutions religieuses, comme celles de l’Eglise catholique, jouent un rôle fondamental pour éduquer les personnes à la nécessité d’aimer et soigner les plus vulnérables avec amour et solidarité. Par ailleurs, les institutions religieuses fournissent une instruction à des millions d’enfants dans le monde qui peuvent être des membres actifs et responsables de la société et de l’avenir de nos pays.

Les organisations religieuses exercent un rôle fondamental de solidarité avec les personnes plus vulnérables, pour donner la voix aux sans voix. Ne pas pouvoir promouvoir l’humanité comme centre du développement durable, serait un échec pour les institutions religieuses, car cela serait ne pas reconnaître la vraie nature de la personne dont la dimension spirituelle est innée, chez l’individu comme dans la société.

Il est important de comprendre que les pays pauvres et en voie de développement sont arrivés à la conférence avec beaucoup d’attentes. Ils ont demandé aide, solidarité et compétence, au niveau social, économique et financier, à leurs frères et sœurs des pays développés. Beaucoup ont été déçus par le document final. Les gouvernements doivent tenir leurs promesses, autrement un avenir prospère et meilleur restera un rêve pour les personnes les plus vulnérables du monde.

Pour conclure, les nouveaux modèles de développement, créés et favorisés après la conférence doivent respecter la personne humaine et inspirer la communauté internationale à être plus juste e solidaire. Ces modèles devraient avoir pour guide les principes indiqués par le Saint-Siège. Le débat est important, la volonté de vivre et d’œuvrer en solidarité avec nos frères et sœurs du monde entier est nécessaire, sinon le développement restera  jamais un rêvé lointain et  non réalisé.

Le monde a beaucoup changé depuis la première conférence de Rio, mais malgré les progrès, trop d’enfants sons encore sans nourriture, trop de familles victimes de catastrophes artificielles et environnementales, trop de personnes déprimées, déçues et résignées.

L’heure est venue pour les gouvernements de reconnaître que le développement durable part de la personne humaine et de la famille. Ceci est la manière de construire « l’avenir dont nous avons besoin ». C’est le chemin à prendre pour un vrai progrès. C’est le chemin vers un monde plus juste et équitable pour tous.

(La première partie de l’entretien a été publié jeudi 28 juin, sous le titre : Deux conditions impératives du développement durable)