La « fascinante histoire d'amour entre Dieu et l'humanité »

Ce que Benoît XVI voulait dire sur l'Alverne

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Anita Bourdin

ROME, lundi 14 mai 2012 (ZENIT.org) – « La contemplation de la Croix a une efficacité extraordinaire » : c’est une phrase clef de la méditation que Benoît XVI avait prévu de donner à l’Alverne, sanctuaire franciscain de Toscane. Le Saint-Siège publie le texte intégral en italien. Le pape y évoque aussi cette « fascinante histoire d’amour entre Dieu et l’humanité » dont témoigne saint François.

Le pape devait en effet rendre visite aux Franciscains, au sanctuaire bâti sur la montagne où saint François d’Assise a reçu la grâce mystique de voir apparaître dans son corps, deux ans avant sa mort, les marques des blessures du Christ dans sa Passion, les « stigmates ».

Le pape avait prévu d’aller se recueillir dans ce lieu « saint » de Toscane, à quelque mille mètres d’altitude, dimanche 13 mai, dans l’après midi, entre sa visite à Arezzo et sa visite à Sansepolcro. Il devait s’y rendre en hélicoptère, mais la visite a été annulée en raison du mauvais temps. Le texte n’entre pas moins dans les textes officiels publiés par le pape cette année.

Une fascinante histoire d’amour

Que dit aujourd’hui au chrétien le fait que saint François ait allié la « suite » du Christ, à son « imitation » et à la « conformation » à lui ? Il dit, explique le pape, « qu’il ne suffit pas de se déclarer chrétien pour être chrétiens, ni même de chercher à faire de bonnes œuvres ». Que faut-il ? « Il faut se conformer à Jésus, par un engagement et une transformation lents et progressifs » pour ressembler au Christ. 

Pour saint Augustin, cela suppose, ajoute le pape, la « connaissance de soi » et « l’humilité de regarder en soi avec sincérité ».

Puis s’adressant plus spécifiquement aux personnes consacrées, le pape rappelle que « la vie consacrée a pour tâche spécifique le témoignage – par la parole et par l’exemple d’une vie selon les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté et obéissance, ndlr) – de la fascinante histoire d’amour entre Dieu et l’humanité, qui traverse l’histoire ».

Il encourage la famille franciscaine à « persévérer » dans son « imitation du Christ ».

Efficacité extraordinaire

Le pape centre son allocution sur la contemplation de la croix du Christ en disant notamment que « la contemplation de la Croix a une efficacité extraordinaire parce qu’elle fait passer de l’ordre des choses pensées à l’expérience vécue, du salut espéré à la patrie bienheureuse ».

C’est le signe, explique-t-il, que le « chemin de disciple » de saint François l’avait conduit à une union si profonde » avec le Christ qu’il partagea aussi « les signes extérieurs de l’acte d’amour suprême qu’est la croix ».

Ce chemin avait justement commencé devant le crucifix – « contemplé avec l’esprit et avec le cœur » - croix de la petite église Saint-Damien, souligne le pape.

Mais ce chemin de « sanctification » est aussi celui entrepris par des foules de chrétiens venus à sa suite en ce « lieu saint » où il se sont « agenouillés pour prier », pendant « huit siècles », et pour « contempler la croix ».

« La croix glorieuse du Christ résume les souffrances du monde, mais c’est surtout le signe tangible de l’amour, mesure de la bonté de Dieu envers l’homme, continue le pape. En ce lieu, nous aussi, nous sommes appelés à récupérer la dimension surnaturelle de la vie, à détacher nos yeux de ce qui est contingent, pour nous en remettre à nouveau complètement au Seigneur, d’un cœur libre, et dans la joie parfaite, en contemplant le Crucifié pour qu’il nous blesse de son amour ».

L’homme et la nature

Commentant le fameux Cantique du Soleil, écrit par saint François, malgré ses souffrances, il ajoute : « Ce n’est qu’en se laissant éclairer par la lumière de l’amour de Dieu que l’homme et la nature entière peuvent être rachetés, que la beauté peut finalement refléter la splendeur du visage du Christ, comme la lune reflète le soleil ».

Comment cela advient-il ? Le pape répond : « En jaillissant de la croix glorieuse, le Sang du Crucifié revient vivifier les os desséchés de l’Adam qui est en nous, afin que chacun retrouve la joie de se mettre en route vers la sainteté, de monter, vers Dieu ».

Le pape fait aussi observer qu’à la suite de saint François les pèlerins sont, à l’Alverne, « ravis par l’amour du Christ », avant de citer une autre prière du grand mystique, « l’Absorbeat », qui demande au Christ de ravir le cœur par « la douce force » de son « amour » qui l’a conduit à mourir « par amour ».

Puis il cite le grand franciscain italien, saint Bonaventure – qui a inspiré sa réflexion de jeune théologien –, et son « Itinéraire de l’esprit en Dieu » qui indique comment « rencontrer Dieu », par la « prière » et par la contemplation « de la Passion » du Christ.

« Pour être efficace, souligne le pape en citant ce docteur de l’Eglise, notre prière a besoin des larmes, c’est-à-dire de l’implication intérieure, de notre amour qui réponde à l’amour de Dieu ».

Il indique une autre condition : « l’admiration que saint Bonaventure voit dans les humbles de l’Evangile, capables de « stupeur » devant l’œuvre de salut du Christ. L’humilité est vraiment la porte de toutes les vertus ».