La fécondité millénaire du charisme camaldule

Vêpres avec le primat anglican, homélie de Benoît XVI (2)

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Anita Bourdin

ROME, lundi 12 mars 2012 (ZENIT.org) – « Choisir Dieu signifie aussi cultiver humblement et patiemment (…) le dialogue œcuménique et le dialogue interreligieux », déclare Benoît XVI en s’adressant aux moines camaldules qui fêtent le millénaire de leur fondation : il cite à ce propos Jean-Paul II. Il rappelle la fécondité millénaire du charisme de S. Romuald.

Le pape Benoît XVI et le primat anglican, Rowan Williams, ont présidé ensemble les vêpres, samedi 10 mars, en l’église Saint-Grégoire à deux pas du Colisée. Le premier archevêque de Cantorbéry, S. Augustin - mort en 604 -, envoyé apporter l’Evangile en Angleterre par le pape S. Grégoire le Grand – disparu la même année -, était en effet moine bénédictin à cet endroit.

La visite se situait dans le cadre du millénaire de la maison mère de Camaldules – branche bénédictine fondée en 1012 à Camaldoli, près d’Arezzo, par S. Romuald (mort en 1027) - , et de la mémoire de la mort de S. Grégoire.

« Mon bienheureux prédécesseur a souligné que « choisir Dieu signifie aussi cultiver humblement et patiemment – en acceptant justement les temps de Dieu - le dialogue œcuménique et le dialogue interreligieux », toujours à partir de la fidélité au charisme originel reçu de saint Romuald et transmis par une tradition millénaire et multiforme », rappelle le pape.

« La célébration d’aujourd’hui a une profonde connotation œcuménique qui, comme on le sait, fait désormais partie de l’esprit camaldule contemporain », reconnaît-il.

Il cite ces paroles prononcées par Jean-Paul II lors de sa visite au « Saint ermitage » de Camaldoli le 17 septembre 1993 : la règle de saint Romuald allie en effet une vie selon la règle de saint Benoît - fondée sur la prière et le travail -, et une vie érémitique.

Jean-Paul II évoquait aussi, ajoute Benoît XVI, le thème du chapitre général des Camaldules - « Choisir l’espérance, choisir l’avenir » - : « Choisir l’espérance et l’avenir signifie, en dernière analyse, choisir Dieu (…). Cela signifie choisir le Christ, espérance de tout homme (…). Cela s’opère en particulier dans cette forme de vie que Dieu lui-même a suscitée dans l’Eglise en inspirant à saint Romuald de fonder  la famille bénédictine de Camaldoli, avec cette caractéristique complémentaire d’ermitage et de monastère, de l’alliance de la vie solitaire et de vie cénobitique ».

Benoît XVI a en effet rappelé la triple orientation de la vie monastique choisie par S. Romuald : « la solitude, la vie commune et l’évangélisation ». Il a cité les grandes figures camaldules qui ont marqué l’histoire de l’Eglise – S. Pierre Damien, Gratien, S. Bruno de Querfurt, les Cinq frères martyrs, Rudolf I et Rudolf II, les bienheureuses Gherardesca et Jeanne de Bagno , le bienheureux Paul Giustiniani -, mais aussi des hommes de science et des artistes - Frère Mauro le Cosmographe, Lorenzo Monaco, Ambrogio Traversari, Pietro Delfino et Guido Grandi -, des historiens illustres – les Annalistes camaldules Giovanni Benedetto Mittarelli et Anselmo Costadoni-, de grands pasteurs de l’Eglise – parmi eux le pape Grégoire XVI -. Le pape souligne que tous ont « manifesté » la « grande fécondité de la tradition camaldule ».

Mais cette fécondité se manifeste aussi en dehors des monastères, grâce à l’hospitalité camaldule qui constitue un « service humble et généreux ». Le pape mentionne, à l’époque de « l’humanisme florentin » l’accueil de Marsile Ficin et de Christoforo Landino, ou à l’époque de la seconde guerre mondiale, la naissance du « Code des Camaldules » qui est « une des sources les plus significatives de la République italienne ». Il s'agit d'un document programmatique de la politique économique italienne élaboré en juillet 1943 par des politiciens et des jeunes catholiques italiens dans un monastère camaldule.

Enfin, Benoît XVI évoque le développement des Camaldules, dans les années du concile Vatican II, aux Etats Unis, en Tanzanie, en Inde et au Brésil, et la « fécondité » du soutien des moines et des moniales qui « accompagnaient les fondations par leur prière constante, vécue du fond de leur « réclusion », parfois jusqu’à l’héroïsme ».