La fondation Jean-Paul II et le Père Vandrisse, par Lilla Danilecka (I)

Il a « donné ses lettres de noblesse à l’information religieuse »

| 1175 clics

ROME, Mardi 27 septembre 2011 (ZENIT.org)– Le Père Joseph Vandrisse (1927-2010), a été correspondant du quotidien français Le Figaro auprès du Saint-Siège dans les années 1974-2002.Il a « donné ses lettres de noblesse à l’information religieuse », a pu écrire Jean-Marie Guénois.

Et c’est la Fondation Jean-Paul II à Rome qui a hérité des riches archives de ce Père Blanc décédé le 31 mars 2010 : des documents recueillis durant ses 25 ans de journalisme « vaticaniste » comme disent les Italiens. La lecture de ses articles, des lettres et de ses notes privées brossent le portrait d’un grand journaliste et d’un témoin direct du pontificat du bienheureux Jean-Paul II ainsi que d’un observateur vigilant de l’Église catholique à la fin du XXème siècle, fait observer Lilla Danilecka.

ZENIT - Lilla Danilecka, vous êtes journaliste polonaise et vous avez eu entre les mains ces archives, dont vous m’avez montré certains éléments, comme cette lettre du cardinal Ratzinger… Le père Vandrisse, qui a vu naître, à Rome, le service en français de Zenit, a été pour nous un vrai maître en journalisme en même temps qu’un prêtre fidèle – notamment au bréviaire, même pendant les harassants voyages de Jean-Paul II ! - et un missionnaire inlassable. Pouvez-vous rappeler les grandes lignes de son itinéraire ?

Lilla Danilecka - Le père Joseph Vandrisse a été correspondant auprès du Vatican à partir de 1974, sous le pontificat de Paul VI, mais c’est le bienheureux Jean-Paul II qui lui avait adressé la parole-clé pour son métier de journaliste. Dans l’avant-propos de son livre intitulé « Ce jour-là Jean-Paul II… 50 dates qui ont marqué son pontificat », le père Vandrisse a raconté sa première rencontre avec le Pape polonais : « Rendez-vous fixé : mardi 9 janvier 1979, en la basilique Saint-Pierre. Le nouvel archevêque de Cracovie, Mgr Franciszek Macharski à qui Jean-Paul II, le jour de l’Epiphanie, vient de conférer l’ordination épiscopale, veut bien me recevoir avant l’audience qui regroupera les Polonais venus pour la circonstance. L’évêque est prêt à donner une interview au Figaro et à La Liberté, quotidien de Fribourg, en Suisse, où il avait été étudiant à la faculté de théologie de l’Université. Avant même l’entretien, il me déclare, écrit le P. Vandrisse : « Le Saint-Père passera ici dans vingt minutes. Je vous présenterai et vous pourrez lui parler quelques instants. » Le contact se révèle très facile avec Jean-Paul II. D’emblée il met à l’aise son interlocuteur. « 'Alors, demande-t-il, – expression qui revient souvent dans la conversation – vous êtes journaliste et membre d’un Institut missionnaire !'. Le bref entretien porte aussitôt sur la communication dans l’Eglise, entre celle-ci et la société, sur la rencontre des religions. Me tapant de la main gauche sur l’épaule à deux reprises, il insiste 'Il faut continuer. Tout se joue aujourd’hui dans la communication. Alors, tenez bon ! Mais soyez fidèle' »1.

Auparavant, le P. Vandrisse avait été longtemps missionnaire au Liban…

Joseph Vandrisse est né le 30 avril 1927 à Tourcoing dans le Nord de la France. Il suffit de voir la comédie intitulée « Bienvenue chez les Ch’tis » de Danny Boon (2008) pour plonger dans le climat de la région natale de Joseph. Il aurait voulu étudier la médecine, mais les professeurs ont convaincu ses parents que Joseph devrait choisir plutôt le métier d’éducateur ou d’avocat. Finalement, il a répondu à l’appel au sacerdoce et, en 1946, il est entré dans la congrégation des Missionnaires de l’Afrique (Pères Blancs), fondée dans la deuxième moitié du XIXème siècle par l’archevêque d’Alger, Mgr Charles Lavigerie. Joseph a passé son noviciat en Carthage en Tunisie et il a été ordonné prêtre en 1950.

Le jeune missionnaire a en effet travaillé d’abord au Liban, où il était responsable du grand séminaire des Pères Blancs, il enseignait la littérature et il a lancé une petite revue intitulée le « Courrier Sainte Anne ». Après huit ans à Rayak, ses responsables ont décidé de l’envoyer à Rome pour compléter ses études. Puis, le père Joseph est retourné au Liban pour perfectionner son arabe, à Bikfaya. En 1963, un autre déménagement, cette fois-ci pour le travail pastoral dans la paroisse melchite de Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris.

Là, le journaliste polonais Andrzej Dobosz, qui tenait la Librairie Polonaise près de la Cathédrale Notre-Dame de Paris dans les années 1994-2008, écrivait : « Je regarde la petite église de Saint-Julien-le-Pauvre, détruite par les Normands en 886 et reconstruite dans les années 1170-1240. Saint Thomas d’Aquin devait y prier, ainsi que Dante et Pétrarque, peut-être aussi Villon et Rabelais venaient s’agenouiller en ce lieu de recueillement. Les acteurs de la Révolution française ont transformé l’église en dépôt du sel, puis de la laine. Elle a été restaurée et rendue à l’Eglise seulement en 1826. Aujourd’hui c’est une église catholique de rite melchite, sous la juridiction du patriarche d’Antioche, qui respecte l’autorité du pape. Une fois j’ai participé à la Messe de Minuit. La liturgie qui durait quatre heures se suivait en grec, en arabe et en latin »2.

En même temps, le père Joseph était secrétaire du Centre national des vocations. Il exerçait ses fonctions à Paris dans les années où le nouveau concile se tenait au Vatican. Le jeune missionnaire vivait et travaillait entre les murs d’une église millénaire de rite byzantin et il était en même temps responsable de la formation des futurs serviteurs du Seigneur. A partir de 1966, le père Vandrisse a souvent voyégé entre Paris et Beyrouth, où il était également responsable de la pastorale des vocations. C’est justement dans la capitale libanaise qu’il a rencontre Jean Bourdarias, correspondant du Figaro et spécialisé dans les questions religieuses. Grâce à sa recommandation, le père Vandrisse est devenu le correspondant permanent de ce quotidien auprès du Saint-Siège.

Comment résumer ce travail de chroniqueur français du pontificat polonais ?

C’est dès 1973, à l’âge de 47 ans, que le père Joseph Vandrisse s’est installé à la maison généralice des Père Blancs, Via Aurelia à Rome, pour consacrer le reste de sa vie au travail de chroniqueur qui traversera trois pontificats : de Paul VI, de Jean-Paul Ier et du bienheureux Jean-Paul II. Il a participé à plus de 70 voyages apostoliques de ce dernier. Le père Vandrisse touchait la réalité de son travail, non seulement avec sa plume, mais surtout avec son cœur sacerdotal. Entre les lignes de ses multiples articles au Figaro, à Famille chrétienne, à La Liberté, à Ouest France, au Quotidien de Fribourg ainsi que dans les émissions diffusées sur les ondes de Radio Notre-Dame, Radio France International, Radio Espérance, etc. Nous pouvons ainsi encore lire et entendre des propos qui méritent notre gratitude.

Un des proches collègues du père Vandrisse, Jean-Marie Guénois, aujourd’hui journaliste au Figaro, a écrit dans L’Osservatore Romano du 3 avril 2010 : « Joseph Vandrisse était un religieux mais aussi un maître. Maître dans l’art fugace mais efficace du journalisme. En écrivant presque quotidiennement et pendant trente ans, comme correspondant depuis le Vatican, pour le premier quotidien national français,Le Figaro, il a mis son talent au service de l’Eglise catholique. (...) Il fallait donc voir Joseph Vandrisse, assis à sa table de travail, via Aurelia, dans la maison généralice des Pères Blancs, les Missionnaires d’Afrique, sa maison et sa famille, préparer ses textes, veillant aux bonnes formules mais aussi à la rigueur de l’information dont il remplissait d’innombrables carnets. Mais aussi dans les conditions les plus difficiles des quelque soixante-dix voyages où il a suivi Jean-Paul II dans le monde entier, écrire et surtout réussir à transmettre dans le temps imparti quand internet n’était même pas encore une idée. On a vu ce missionnaire-journaliste, juché avec sa casquette sur une mobylette, foncer, faute de taxi, à l’ambassade de France d’une ville africaine pour transmettre son papier à l’heure. L’article est bien paru. Il fallait aussi voir ce baroudeur distingué, descendre de l’avion du pape avec un lourd sac de documentation car il partait toujours très bien préparé avec tous les données possibles sur le pays et l’Eglise que Jean-Paul II venait visiter. Dans le cercle des vaticanistes, « Joseph » comme tous l’appelaient, était non seulement reconnu comme un grand professionnel, mais respecté comme fin connaisseur du Vatican, toujours remarquablement informé, et apprécié comme confrère et comme prêtre. Joseph Vandrisse, qui avait toujours le souci des jeunes et de la formation, aura aussi encouragé une jeune génération de journalistes spécialisés dans l’information religieuse dont l’auteur de cet article qui lui doit vraiment beaucoup. A ce titre, le père Vandrisse aura été un conseiller proche, actif et décisif dans la création et le développement de l’agence I.Media à Rome dont je suis le fondateur (…). Beaucoup d’autres journalistes, en France, pourraient aussi témoigner de cette même fécondité, toujours à l’œuvre, de ce prêtre-journaliste, qui a donné ses lettres de noblesse à l’information religieuse ».

Il a quitté Rome avant la fin du pontificat, mais a-t-il vraiment pris sa « retraite » pour autant ?

Le père Joseph Vandrisse a pris sa retraite en 2002 et il est retourné en France. Il ne travaillait plus au Vatican, quand le monde entier est venu pour célébrer les obsèques du bienheureux Jean-Paul II, au cours desquelles l’Evangile s’est refermé sur le cercueil suite à un fort coup de vent. Pourtant, deux ans auparavant, le père Vandrisse avait écrit dans la conclusion de son livre « Ce jour-là Jean Paul II… 50 dates qui ont marqué son pontificat » : « Après tant de reportages, je resterai marqué par une scène si souvent répétée d’un bout du monde à l’autre : après avoir entendu au début de la messe le chant de l’Evangile, il reçoit des mains d’un diacre de tout pays, de toute race ou culture, le livre de la Parole, l’élève solennellement et bénit l’assemblée. Il confie à un peuple le livre trop longtemps scellé, lui demande de l’ouvrir pour que surgisse la source. Celui qui, en d’autres circonstances a pu, dans sa chapelle privée au Vatican, concélébrer la messe avec lui, s’est même laissé attirer dans son silence et sa contemplation. S'élever et garder le livre de Dieu ouvert, tel est, jour après jour, l’encouragement de Jean-Paul II, prêtre ami de l’homme parce que ami de Dieu, passionné de son temps parce que passionné d’éternité. De l’histoire bimillénaire de l’Eglise dont il vient d’écrire quelques nouvelles et brillantes pages, il laisse le livre ouvert »3.

(à suivre)

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

1 Joseph Vandrisse, Ce jour-là Jean Paul II... 50 dates qui ont marqué son pontificat, Perrin/Mame 2003, pp. 9-10.

2 Andrzej Dobosz, „W Paryżu” (À Paris), dans : „Tygodnik Powszechny”…. 2000 r.

3 Joseph Vandrisse, op. cit., pp. 223-224.