La formation à la mission est essentielle pour tout chrétien

Par Ilaria Morali (1/2)

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Traduction d'Hélène Ginabat

ROME, jeudi 26 juillet 2012 (ZENIT.org) – « Aujourd’hui, dans une société pluraliste, la formation à la mission est d’autant plus nécessaire justement en raison de l’énorme responsabilité de chaque fidèle face à ceux qui ne connaissent pas le Christ », affirme Ilaria Morali, professeur à l’Université pontificale grégorienne (PUG).

A la veille du Synode sur la nouvelle évangélisation et de l’Année de la foi,

le directeur adjoint du département de missiologie de l’université pontificale grégorienne fait observer que la missiologie est le cœur de la théologie, parce que « l’Eglise est essentiellement missionnaire, par la volonté du Seigneur lui-même ».

Madame le professeur, en octobre prochain, à quelques jours de distance, vous lancez deux événements qui requièrent l’attention de l’Eglise universelle sur la foi et sur l’annonce de celle-ci, thèmes auxquels Benoît XVI tient particulièrement…

Ilaria Morali – Quand j’étais étudiante à la faculté de théologie, je me souviens avoir été très impressionnée par un passage de l’Introduction au christianisme de celui qui était alors le cardinal Ratzinger, et qui rappelait combien la foi était en train de tomber dans un état de fragilité. Par ailleurs, toujours en 2005, dans sa fameuse conférence consacrée à l’Europe de saint Benoît dans la crise des cultures, il a voulu, avec un grand réalisme, attirer l’attention sur la nécessité de redécouvrir ce que signifie croire. Devant ce choix de mettre au centre le thème de la foi, on ne peut pas ne pas penser aussi aux extraordinaires catéchèses sur la foi qui rythmaient la vie de l’Eglise des premiers siècles, ou encore à ce que l’on peut lire dans le Catéchisme romain au chapitre De fide et Symbolo Dei, oublié par la plupart, et pourtant si actuel pour nous par certains de ses passages. C’est de cette « sollicitude pour la foi » qu’ont jailli à la fois une extraordinaire énergie et la capacité à diffuser l’Evangile dans tous les contextes ».

Ce « retour aux fondements » est-il aussi une invitation à redécouvrir l’expérience chrétienne des origines ?

Si nous regardons l’Eglise des premiers siècles, elle vivait et agissait dans l’annonce sans crainte ni hésitation, alors qu’elle a été pendant longtemps en situation de nette minorité dans une société pluraliste, riche de traditions très diverses et concurrentes de la tradition chrétienne. Exactement comme aujourd’hui. L’Année de la foi est, dans un certain sens, un retour à nos origines de croyants, pour redécouvrir la sève et l’énergie des premières générations, leur courage et leur détermination, même dans des temps difficiles. D’autre part, pour ceux qui ont déjà entrepris un chemin de foi, je note que l’Année proclamée par le Saint-Père constitue un moment de grâce pour approfondir ce qu’est et ce que doit être la foi dans la vie du baptisé : le monde catholique doit redécouvrir sa spécificité, dans le cadre de ces références qui lui sont propres et qui la connotent de manière très caractéristique.

Dans ce cadre, le Synode sur la nouvelle évangélisation constitue une occasion tout à fait unique pour réfléchir sur la situation actuelle de nombreuses nations qui, tout en ayant derrière elles un extraordinaire héritage chrétien, vont vers, ou sont déjà dans un état avancé de « désertification » de la foi. Il est juste de se mettre avec franchise et détermination devant le problème de l’extinction de la foi et de la présence croyante, en réfléchissant attentivement aux causes mais aussi aux stratégies à mettre en place au niveau ecclésial.

Le 9 juillet dernier, le pape a affirmé que le Décret conciliaire Ad gentes était un « très bon complément de Lumen gentium, parce qu’on y trouve une ecclésiologie trinitaire ». Mais souvent, la mission est conçue comme la tâche d’un petit nombre…

Le Synode sur la nouvelle évangélisation et l’Année de la foi se situent en même temps que les célébrations des cinquante ans du Concile Vatican II. C’est le Concile qui nous a rappelé que l’Eglise est essentiellement missionnaire et que, en tant que peuple de Dieu, tous les fidèles qui lui sont incorporés sont dans cette mission et y participent. Aujourd’hui, le mot « missiologie » a pour la plupart une résonnance mystérieuse, peut-être sibylline. Pour d’autres, elle peut paraître obsolète. Dans certains secteurs du monde catholique, on pense en effet qu’il ne faut plus parler de « mission », parce que cela représenterait l’héritage d’une vision désuète, presque « colonialiste » de l’action de l’Eglise dans le monde. On oublie malheureusement que l’Eglise est essentiellement missionnaire, par la volonté du Seigneur lui-même, en tout lieu où elle se trouve. Le cœur de la missiologie est la théologie de la mission. En théologie, nous étudions des matières séparément comme la théologie des sacrements, la christologie, l’ecclésiologie… comme ces dénominations le laissent entendre, on y étudie et approfondit « un » aspect essentiel de l’édifice de la foi catholique. La mission fait justement partie de cet édifice. Le fait qu’une faculté soit consacrée à celle-ci montre combien l’étude – la science de la mission – implique une articulation complexe de disciplines au point de nécessiter un itinéraire de formation spécifique et organique. D’ailleurs, tout fidèle catholique devrait pouvoir connaître le sens profond du commandement du Seigneur à ses disciples.

Quelles sont les origines de la « science de la mission » ? A qui s’adresse-t-elle ?

Dans les premières décennies du siècle dernier, le monde catholique européen fut parcouru d’un extraordinaire désir missionnaire qui s’étendit non seulement à des communautés entières de fidèles, mais aussi parmi les théologiens en Allemagne et en France. C’est dans ce climat de zèle et de ferveur que prit forme l’exigence d’offrir une formation « ad hoc » sur la mission. Il suffit de se souvenir de l’apport décisif de Josef Schmidlin, comme aussi de la contribution qu’Henri de Lubac donna, à partir des années trente, à la connaissance des fondements théologiques de la mission.

Aujourd’hui, dans une société pluraliste, la formation à la mission est d’autant plus nécessaire justement en raison de l’énorme responsabilité de chaque fidèle face à ceux qui ne connaissent pas le Christ. Il s’y ajoute cependant un aspect nouveau et là je me rattache à ce qui a été dit sur l’Année de la foi et sur le Synode : la mission ne peut être conçue comme une activité qui distingue une partie du monde et un groupe restreint de personnes qui vont « en mission » dans l’autre partie du globe, mais il faut la considérer de nouveau comme partie intégrante de l’agir chrétien, comme caractéristique déterminante de tout le peuple de Dieu, indépendamment du lieu où l’on se trouve et des personnes que l’on rencontre.


La formation à la mission est donc essentielle pour tout chrétien. La missiologie est une science fondamentale dans le cadre de l’étude des sciences sacrées : ce n’est pas un aspect secondaire de la théologie, mais, en un certain sens, elle en constitue le cœur. Du reste, quel sens cela aurait-il de réfléchir théologiquement sur le Christ, l’Eglise et les sacrements, sans inclure une réflexion théologique sur la mission, qui est elle aussi voulue par le Seigneur ?

(à suivre)

Le programme 2012-2013 du département de missiologie est disponible sur le site web de la Grégorienne :

http://www.unigre.it/struttura_didattica/missiologia/