La Grande-Bretagne, pays chrétien, ne doit pas avoir peur de le dire

400 ans de la « King James Bible », discours de David Cameron

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ROME, jeudi 12 janvier 2012 (ZENIT.org) – « La Grande-Bretagne est un pays chrétien et personne ne doit avoir peur de le dire », a déclaré le Premier ministre anglais David Cameron lors d’un discours à Oxford à l’occasion des 400 ans de la traduction de la bible en anglais attribuée au roi Jacques Ier d’Angleterre. Il insiste sur le fait que c’est justement « la tolérance que le christianisme exige de notre société » qui « donne plus de place aux autres religions » en Grande Bretagne.

Des extraits de ce discours, prononcé le 16 décembre dernier, sont publiés par le quotidien du Saint-Siège, L’Osservatore Romano en italien de ce 12 janvier 2012, sous le titre : « La Bible qui fit l’Angleterre ».

Le Premier ministre ouvre son discours expliquant ouvertement que son intervention n’est pas celle d’un « fervent chrétien en mission pour convertir le monde » mais celle d’un Premier ministre qui estime qu’il est « juste de reconnaître » l’impact qu’a eu cette traduction sur le pays et dans le monde entier.

« La Bible a aidé à forger les valeurs qui définissent notre pays », souligne David Cameron : « Il ne faut pas avoir peur de reconnaître ces valeurs ».

« Le Royaume-Uni possède une grande histoire chrétienne qui forment les fondements de notre gouvernement, la valeur de l'individu et l'importance de chaque être humain et de leur dignité devant Dieu », ajoute-t-il. « Nous n'aurions pas la société que nous avons sans ces valeurs ».

Aux yeux du Premier ministre britannique, la Bible est « un livre important » pour comprendre le passé et « construire l’avenir collectif » du pays : trois bibles sont vendues ou offertes chaque seconde dans le monde.

Pour David Cameron, il y a trois bonnes raisons pour « ne pas avoir peur » de reconnaître son importance : la première est d’ordre culturel, la Bible ayant apporté en héritage une structure de langage qui, à travers la littérature, la musique et l’art, est celle que « nous vivons et respirons, sans même parfois nous en rendre compte ».

La deuxième raison, poursuit-il, est que cet impact, on le retrouve aussi dans la politique : des droits de l’homme et de l’égalité à notre monarchie constitutionnelle et démocratie parlementaire, du rôle de l’Eglise dans les premières formes de mesures d’assistance sociale aux nombreux projets d’action sociale d’inspiration chrétienne.

Enfin, la troisième raison est que la Grande Bretagne est « un pays chrétien », que la Bible lui a donné « une série de valeurs et une morale qui sont à la base de ce qu’elle est aujourd’hui » et qui méritent d’être « activement » soutenues et défendues.

« Que ce soit bien clair, précise-t-il, je ne suis pas en train de vous dire que d’avoir une autre croyance, ou pas de croyance du tout, est mal. Je sais, et je respecte totalement le fait que beaucoup dans ce pays n’ont aucune religion. Et je suis également très fier que la Grande Bretagne soit l’hôte de nombreuses religions qui font beaucoup pour fortifier notre pays. Mais ce que je dis, c’est que la Bible a contribué à donner à la Grande Bretagne les valeurs et la morale qui font ce qu’elle est aujourd’hui. »

« La neutralité morale ne peut être une option », insiste-t-il, car, « on ne peut combattre quelque chose avec rien », car « si nous ne croyons pas en quelque chose, nous ne pourrons résister à rien ».

Comme a dit Margaret Thatcher, rappelle-t-il, « nous sommes une nation où les idéaux sont fondés sur la Bible » : « Responsabilité, travail, charité, compassion, humilité, abnégation, amour et fierté à travailler pour le bien commun et honorer les obligations sociales, sont des valeurs qui parlent aux personnes de toute religion ou d’aucune, qui sont « une richesse » pour tous et que tous sont appelés à soutenir et défendre ».

« Il est faux de penser qu'affirmer qu'un pays est chrétien met les autres religions en péril », insiste le Premier ministre britannique, faisant allusion à ceux qui, sous prétexte de « neutralité laïque, disent qu’affirmer les valeurs chrétiennes équivaut à rabaisser les autres religions ».

Ceux-là, explique-t-il, ne comprennent pas qu’il est au contraire « beaucoup plus facile de croire en d’autres religions et de les pratiquer en Grande Bretagne, quand celle-ci s’appuie sur sa propre identité chrétienne ».

« Beaucoup de gens me disent à quel point c'est plus facile d'être juif ou musulman en Angleterre que dans un pays laïc comme la France », poursuit-il : « Pourquoi? Parce que la tolérance que le christianisme exige de notre société donne plus de place aux autres religions et parce qu’un grand nombre des valeurs d’une société chrétienne sont partagés par des personnes de toutes les religions ou d’aucune religion ».

Deuxièmement, poursuit-il, « ceux qui prônent la neutralité laïque pour éviter d’exprimer des jugements sur les conduites d’autrui, ne saisit pas les conséquences d’une telle neutralité ou le rôle que la religion peut avoir pour aider les gens à avoir un code moral ».

Pour David Cameron, il est clair que « la foi n’est pas une condition nécessaire ou suffisante pour la moralité » mais pour ceux qui ont une foi, celle-ci « peut être utile pour aider à prendre la bonne direction ».

Constatant que « vivre et laisser vivre » a trop souvent signifié « faites ce que vous voulez », le premier ministre britannique, à l’égard de son propre pays, n’hésite pas à parler de « faillite morale » , d’un « effondrement moral » de la société actuelle qui se fait de plus en plus visible.

Pour contrer cela, David Cameron, suggère de retrouver ces valeurs traditionnelles chrétiennes, de les « affirmer » sans faiblesse, car « la neutralité morale ou la tolérance passive presque craintive », rappelle-t-il, n’élimine en rien les comportements négatifs comme l’extrémisme, la violence, les abus, au contraire, mais contribue à causer des problèmes sociaux qui sont au cœur de l’illégalité ».

Pour le Premier ministre l’heure est venue de refaire la distinction entre « ce qui est bien et ce qui est mal » et en cela, l’Eglise, souligne-t-il, joue « un rôle vital ».

« Pour moi, le christianisme, la foi, la religion, l’Eglise et la Bible sont toutes intrinsèquement impliquées dans la politique, dans la mesure où tant de questions politiques sont des questions morales », dit-il.

David Cameron reconnaît ne pas comprendre vraiment le raisonnement de ceux qui disent que l’Eglise ne saurait être impliquée dans la politique », considérant que la religion a une base morale et que si l’archevêque n’est pas d’accord sur quelque chose « il est juste qu’il le dise ».

Le Premier ministre britannique conclut son discours en s’adressant directement à l’Eglise : « Les valeurs que nous tirons de la Bible vont au cœur de ce que signifie appartenir à ce pays et toi, Eglise d’Angleterre, tu peux aider à réaliser tout cela ! »

Isabelle Cousturié