« La guerre ne conduit pas à la paix », par le cardinal Kasper

« Seule la prière peut encore nous libérer »

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ROME, Jeudi 7 septembre 2006 (ZENIT.org) – « La guerre ne conduit pas à la paix », avertit le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens. Il cite cette prière qui passait de main en main en Allemagne sous les bombes de la seconde guerre mondiale : « Seule la prière peut encore nous libérer de l’épée qui plane sur nos têtes ». Il concluait : « Priez sans cesse pour la réconciliation et pour la paix ».



Le cardinal Kasper est intervenu dans le cadre de l’assemblée « Hommes et Religions » promue à Assise les 4 et 5 septembre par la communauté de Sant’Egidio et la conférence des évêques catholiques de l’Ombrie. Sant’Egidio publie une traduction en français de l’intervention du cardinal Kasper (cf. http://www.santegidio.net/uer/2006/assisi/int_1354_FR.htm).

Le cardinal Kasper commentait le Psaume 122 (versets 6-9) qui prie pour la paix à Jérusalem : « Appelez la paix sur Jérusalem ».

« Que de fois, disait-il, cette invocation de prière des psaumes de la Bible a-t-elle retenti au cours des siècles, des millénaires (…). Combien de fois elle a été l’objet de conflit, jusqu’à notre époque, entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Les trois religions vénèrent toutes leurs lieux saints à Jérusalem. Toutes trois aiment Jérusalem et c’est pourquoi elles veulent y demeurer. Toutes trois ont le droit d’y vivre en paix, condition indispensable pour y demeurer ensemble ».

Et de faire observer : « Toutes les trois prient l’unique Dieu, qui n’est pas un Dieu de la violence, mais le ‘Dieu de la paix’ comme nous le lisons souvent dans la Bible ».

Le cardinal Kasper évoquait l’actualité en rappelant : « Que de fois avons-nous prié pendant ces dernières semaines, pour la paix à Jérusalem, pour la paix entre Juifs et Musulmans qui vivent dans une région tourmentée et secouée par des conflits, où aujourd’hui encore des hommes innocents – femmes et enfants, malades, personnes âgées et jeunes – souffrent et meurent et vivent dans la peur et dans l’effroi ».

Le cardinal Kasper insistait sur la proximité de ces peuples qui aspirent à la paix : « Ils ne sont pas des inconnus pour nous ; ils sont – comme le dit le psaume – nos frères et nos amis, et nous ne pouvons espérer pour eux que la paix. Ce qu’ils attendent et souhaitent plus que tout, autant que le souhaitent les hommes de bonne volonté, partout dans le monde, c’est qu’advienne la paix dans les murs et que soient paisibles les palais ».

Mais l’archevêque allemand faisait remarquer également l’inutilité des armes pour résoudre les conflits. Ce serait, disait-il, de la naïveté que de s’imaginer le contraire : « Nous ne sommes pas naïfs. Nous connaissons les problèmes concrets politiques, économiques et religieux ; nous connaissons les origines qui remontent loin, de ce conflit sanglant. Nous connaissons la frustration accumulée, le désespoir, la peur, l’injustice et même la haine. Nous savons que les bonnes paroles, toutes seules, n’arrivent pas à résoudre les problèmes. Aujourd’hui une solution semble ne pas être à la portée des hommes. C’est pourquoi nous n’avons pas l’ingénuité de croire que l’on puisse résoudre les problèmes en lançant des missiles, des bombes et des obus ».

La guerre engendre la guerre, expliquait le cardinal Kasper : « Les missiles, les bombes et les obus ne résolvent rien, et ne sèment que la destruction et la mort. La guerre ne conduit pas à la paix. La guerre est souvent la mère d’autres guerres. Ces guerres engendrent plus de terroristes que ceux qu’elles tuent. La guerre est toujours une défaite, c’est la défaite de l’humanité et la défaite de l’espérance et des attentes de paix de beaucoup ».

Il faisait cette confidence : « Quand j’étais jeune, pendant la terrible période de la deuxième guerre mondiale, il y avait un poème chez nous, qui passait de main en main dans les abris antiaériens et dans les tranchées ; le poème commençait par ces mots : ‘Seule la prière peut encore nous libérer de l’épée qui plane sur nos têtes’. Ce que ce poème dit, appartient à l’ancienne conviction de l’humanité religieuse que nous pouvons retrouver dans ce psaume ».

« Les gouvernements, les soldats et les diplomates ne sont pas les seuls décideurs de la guerre et de la paix, insistait le cardinal Kasper. La guerre et la paix ont une cause bien plus profonde ; elles naissent dans le cœur des hommes. C’est dans leur cœur que les individus et les peuples nourrissent des pensées bonnes et méchantes. C’est dans le cœur de l’homme que se produit la conversion et le renouvellement et que naît la volonté de réconciliation et de paix qui n’est possible que si règne la justice ».

Il insistait sur cette présence de Dieu au cœur de chaque personne : « Seul Dieu et son Esprit Saint ont accès au cœur des hommes. Seul Dieu peut nous donner un cœur nouveau, un cœur non pas de pierre, mais de chair, un cœur compatissant, et peut nous inspirer des sentiments de paix. C’est pour cela que la prière pour la paix est une arme plus puissante que les missiles, les bombes et les obus ; c’est la véritable superpuissance dans ce monde. Jésus nous dit que la foi peut déplacer les montagnes. Pourquoi Dieu, écoutant notre prière commune, ne démêlerait-il pas les difficultés et n’apaiserait-il pas le conflit du Proche Orient, sans solution apparente ? »

Le cardinal Kasper concluait par cette exhortation à la prière continuelle pour la paix : « Le Psaume contient une promesse pour Jérusalem. C’est la promesse que Dieu veut la paix et qu’il a établi la paix pour Jérusalem. La paix y prend sa source ; de Jérusalem, elle deviendra paix universelle pour toute l’humanité, pour toutes les réalités. Sur cette promesse, nous bâtissons, à cette promesse nous nous confions. C’est pour cela que nous ne cessons de prier : « Appelez la paix sur Jérusalem » ; appelez la paix sur la terre qui est terre sainte pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, la terre de la promesse et de la paix. Priez sans cesse pour la réconciliation et pour la paix ».