La JMJ vue par le vice-président de la Communauté juive de Madrid

Entretien avec David Hatchwell

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MADRID, Mardi 20 septembre 2011 (ZENIT.org) – « Succès total », « personnes saines », « énergie positive », « retour aux valeurs ». C’est par ces paroles que s’exprime dans cette interview David Hatchwell, vice-président de la communauté juive de Madrid ( www.cjmadrid.org ) interrogé sur la Journée mondiale de la jeunesse qui s'est déroulée dans la capitale espagnole en août dernier.

Vous avez accordé votre soutien à la JMJ bien longtemps avant les célébrations. Pourquoi cette alliance avec un événement catholique de cette ampleur ?

Hatchwell : Ceux qui pensent les mêmes choses doivent pouvoir être ensemble. Les catholiques, comme d’autres groupes, ont le droit de s’exprimer, quand bien même il y aurait des protestations. Ils ont droit de croire en ce qu’ils croient, et c’est pourquoi nous avons cette proximité, parce que nous juifs savons bien ce que c’est que d’être dénigrés.

Nous comprenons ce que c’est que de ne pas avoir de légitimité, et je le vis constamment dans ma chair.

Je suis très sensible, et je suis non seulement préoccupé mais irrité par les tendances à ‘dé-légitimer’ les gens. On peut ne pas être d’accord avec quelqu’un, mais on n’a pas à lancer des attaques contre des groupes de manière injustifiée, et hors de contexte.

Dans ce sens, notre soutien à un événement comme la JMJ est clair.  Je me réjouis que cette JMJ ait eu lieu, d’où la proximité avec cette initiative.

A ce que je vois, la rencontre vous a plu…

Ce voyage du pape a été incontestablement un succès absolu. Il s’agit du plus grand événement de ces dernières décennies, et je ne me souviens pas avoir vu quelque chose de semblable. Voir Madrid avec toute cette jeunesse dans les rues,  des jeunes visiblement parfaitement sains, débordant d’une énergie positive, cela a été incroyable, merveilleux. L’évaluation ne peut être que positive.

Tous les jours, dans la multitude des événements qui se sont succédé, la preuve a été donnée que ce qui était recherché était un moment spirituel très puissant, et c’est ce qui s’est passé.

Il y a eu des critiques… aussi.

Uniquement un incident de quelques milliers de personnes, alors que de l’autre côté il y en avait deux millions. Malheureusement, certains médias sortent les faits de leur contexte et montrent ce qui est marginal. Mais pour moi, j’insiste, le succès a été total.

D’après ce que j’ai pu lire, une entreprise internationale telle que Price Waterhouse Coopers a réalisé un audit, ce qui me semble une preuve de bon sens de la part de l’Eglise - cette transparence.

Sans compter que les Journées ont apporté beaucoup à la ville de Madrid, aussi je ne comprends pas ces tentatives pour les critiquer.

Au-delà des gros titres de journaux, ce qui est clair est que Madrid a été sur la carte du monde pendant plusieurs jours, et cela a été très positif pour l’Espagne.

Quel aspect du message du pape a attiré particulièrement votre attention ?

Indéniablement le message a été très important, surtout la reconnexion avec une série de valeurs. Cet appel transcende un credo spécifique  ; les messages ne sont pas seulement chrétiens, mais universels.

Le pape a demandé aux jeunes d’être courageux dans leurs convictions. Nous sommes confrontés à un relativisme éthique très profond, avec une tendance à ôter leur valeur à des choses qui, pour beaucoup de personnes, représentent les principes fondamentaux de leur éducation.

En cela nous sommes en total accord avec le pape : dans une société moderne, des valeurs sont nécessaires pour faire face au relativisme et continuer à croire dans les convictions morales que les gens apprécient.

Il y a un autre aspect frappant du message : que nous ne vivions pas dans la tyrannie de l’individu, il n’y a pas un « je » absolu, mais que les valeurs spirituelles et le service du prochain sont aujourd’hui nécessaires.

Ces valeurs sont-elles partagées entre juifs et chrétiens ?

Absolument. Chrétiens et juifs partagent des valeurs communes fondamentales. Jésus était juif, les premiers chrétiens aussi, d’où les valeurs partagées qui restent indéniablement les mêmes.

Depuis le Concile Vatican II, les relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme se sont améliorées de façon substantielle.

Nous savons que, des siècles durant, les relations entre l’Eglise et le judaïsme n’avaient rien à voir avec celles que nous connaissons aujourd’hui, elles se sont améliorées depuis 40 ans. Je me sens privilégié de vivre au jour d’aujourd’hui, à un moment où la perception que l’Eglise a des juifs est totalement différente.

Les jeunes juifs ont-ils des rencontres semblables aux JMJ ?

Des rencontres, oui, mais pas de cette ampleur. Il y a des réunions de jeunes du monde entier, venant de Russie, d’Ethiopie, des Etats-Unis... dans lesquelles ils se rassemblent et partagent des valeurs communes. Ils réfléchissent sur la vie, sur le service des autres, sur le fait d’assumer ses responsabilités...

Les jeunes sont très importants dans notre tradition. Les adultes possèdent davantage de connaissances et d’expérience, mais le présent et l’avenir appartiennent aux jeunes : il faut constamment investir dans les jeunes pour qu’ils connaissent la base de notre tradition, qu’ils la vivent et puissent la transmettre, parce que si on ne fait pas cet effort avec la jeunesse, en 30 ans les chiffres peuvent changer.

Il faut proposer un élément culturel de base aux jeunes. Dans mon cas, j’ai la chance de vivre dans un pays démocratique où j’ai le droit d’exercer mon culte, et je serais heureux que mes enfants continuent comme je l’ai fait, comme l’ont fait mes parents, et ce depuis des millénaires. Je voudrais leur inculquer qu’ils ne sont pas seulement responsables de leurs microcosmes, et que c’est bien d’avoir une vie heureuse, pleine et réussie, mais en servant les autres, et pas seulement la communauté juive, mais en étant des personnes bonnes et altruistes.

En cela aussi, chrétiens et juifs, nous partageons les mêmes valeurs. Songeons que le judaïsme est né comme la première religion monothéiste à un moment où n’existait pas le droit à la vie pour tous ; si tu étais esclave, tu ne jouissais pas des mêmes droits, il y avait des sacrifices humains... Les droits de l’homme font partie de l’ADN du judaïsme et ils ont configuré la société occidentale, comme de son côté le christianisme.

Propos recueillis par Miriam Díez i Bosch