La laïcité ne doit pas violer la liberté religieuse, rappelle Mgr Mamberti

Intervention du « ministre » des affaires étrangères du Saint-Siège à Cuba

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ROME, Lundi 21 juin 2010 (ZENIT.org) - La laïcité, principe issu du christianisme, ne peut violer la liberté religieuse, a expliqué Mgr Dominique Mamberti, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, lors de sa visite à Cuba.

C'est l'un des points essentiels de la Conférence qu'il a donnée à l'ouverture de la Xe Semaine sociale de l'Eglise cubaine sur le thème : « La laïcité de l'Eglise : quelques considérations », au collège universitaire San Gerónimo, le 16 juin.

Le représentant du Saint-Siège a tout d'abord constaté que le mot « laïcité » « se réfère avant tout à la réalité de l'Etat » et « s'oppose fréquemment à l'Eglise et au christianisme », ce qui est paradoxal puisqu'il « n'existerait pas sans le christianisme lui-même ».

« En effet, a-t-il constaté, sans l'Evangile du Christ, la distinction fondamentale entre ce que l'homme doit à Dieu et ce qu'il doit à César, c'est-à-dire à la société civile, ne serait pas entrée dans l'histoire de l'humanité » (cf. Lc 20, 25).

Mgr Mamberti a expliqué toutefois que la laïcité doit se baser sur les droits humains et donc sur le droit humain fondamental de la liberté religieuse « fondé sur la dignité inviolable de la personne ».

Par conséquent, a-t-il poursuivi, « la neutralité, la laïcité ou la séparation ne peuvent pas être les principes qui définissent de manière fondamentale la position de l'Etat face à la religion ».

Les principes comme la laïcité « ont une valence pratique purement négative, de non interférence (...) de l'Etat dans les options religieuses des citoyens ; la liberté religieuse, en revanche (...) exige une activité positive pour défendre, protéger et promouvoir dans la justice les contenus concrets, non pas de la religion mais de ses manifestations avec une importance sociale ».

« La laïcité, la neutralité ou la séparation sont donc en soi insuffisantes pour définir de façon complète l'attitude que l'Etat doit adopter face à la foi de ses citoyens ».

Selon Mgr Mamberti, si la laïcité n'est pas subordonnée au plein respect de la liberté religieuse, cette dernière peut se retrouver réellement menacée.

En effet « quand on prétend subordonner la liberté religieuse à tout autre principe, la laïcité tend à se transformer en laïcisme, la neutralité en agnosticisme et la séparation en hostilité ».

« Dans ce cas, paradoxalement, l'Etat devient un Etat confessionnel et plus authentiquement laïc », dans la mesure où il fait alors de la laïcité « sa valeur suprême, l'idéologie déterminante ; justement une sorte de religion, jusqu'à ses rites et ses liturgies civiles », a-t-il affirmé.

« Pour un Etat, le fait de se dire laïc ne peut signifier vouloir marginaliser ou rejeter la dimension religieuse ou la présence sociale des confessions religieuses », a-t-il souligné.

« Au contraire, la tâche de l'Etat devrait être de reconnaître le rôle central de la liberté religieuse et de le promouvoir de manière positive ».

L'archevêque français a alors cité les paroles prononcées par Jean-Paul II à la Havane le 25 janvier 1998 : « L'Etat, loin de tout fanatisme ou sécularisme extrême, doit promouvoir un climat social serein et une législation adaptée, qui permette à chaque personne et à chaque confession religieuse de vivre sa foi librement, de l'exprimer dans les domaines de la vie publique et de pouvoir compter sur les moyens et les espaces suffisants pour offrir à la vie de la nation ses richesses spirituelles, morales et civiles ».

La proposition de Mgr Mamberti peut se résumer ainsi : « il s'agit donc de coordonner correctement la laïcité et la liberté religieuse, en prenant la première comme un moyen important mais pas exhaustif pour respecter la seconde, qui, à son tour doit être assumée dans toutes ses dimensions, sans réductionnisme qui finit par se traduire par une négation de la liberté religieuse ».

Mgr Mamberti a transmis au peuple cubain « la proximité paternelle » du pape ainsi que sa « bénédiction affectueuse ».

Jesús Colina