La laïcité, un art de vivre ensemble enrichi par l’expérience et la pratique

Réaction des évêques au discours du président français

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CITE DU VATICAN, Jeudi 18 Décembre 2003 (ZENIT.org) – Voici le communiqué de Mgr Jean-Pierre Ricard, Président de la conférence des évêques de France, suite au discours du Président de la République du 17 décembre : "la laïcité est d’abord un art de vivre ensemble enrichi par l’expérience et la pratique", affirme Mgr Ricard.



Déclaration de Mgr Ricard

Le 18 décembre 2003. Le Président de la République a fait connaître hier sa position sur le "respect du principe de laïcité dans la République".

Le projet de société pour la France, réaffirmé fortement par le Président de la République, privilégie l’intégration et refuse toute forme de repli communautariste. Il nous paraît très positif que les conditions du vivre ensemble soient explicitées. Les valeurs fortes de la République – liberté, égalité, fraternité – doivent être rappelées et promues. L’unité nationale ne méconnaît pas les différences mais les assume et les intègre. Nous nous inscrivons dans cette "nouvelle communauté de destin" qui exige lucidité, imagination et fidélité.

Le code de la laïcité, prévu par le Président de la République et confié au Gouvernement, pourra contribuer à rappeler utilement les principes et les règles qui nous régissent en ce domaine. Mais il devra souligner aussi que la laïcité est d’abord un art de vivre ensemble enrichi par l’expérience et la pratique.

L’Etat est laïc. Cette neutralité en matière religieuse est l’un des fondements de la démocratie moderne. Elle s’accompagne d’une vigilance pour assurer la liberté de conscience et pour garantir le libre exercice des cultes. Cette vigilance va plus loin que le simple fait de permettre à chacun d’exprimer et de pratiquer sa foi. Elle implique la prise en compte de la dimension sociale et institutionnelle des religions dans la société. Il est de la responsabilité de l’Etat d’assurer "le même respect, la même considération à toutes les grandes familles spirituelles". Il le fera en tenant compte de la diversité de ces familles religieuses qui n’ont pas toutes la même histoire, la même conception de Dieu, de l’homme et de la femme, la même façon de vivre les rapports entre les lois religieuses et les lois de la société. Il ne saurait y avoir un traitement indifférencié du "religieux", pas plus d’ailleurs qu’un front commun de défense des religions.

La question du port de tenues ou signes religieux à l’école publique et dans les administrations a focalisé le débat. Le Président de la République souhaite une solution législative. Il en profile la problématique. Ne croyons pas pour autant que le vote d’une loi soit la réponse miracle à toutes les difficultés rencontrées. Une loi ne dispensera jamais d’un discernement à opérer en fonction des diverses situations, même pour discerner entre "l’ostensible" et le "discret". Il nous semble que si le rappel des règles est nécessaire, il ne saurait suffire. L’éducation, la pédagogie et la réaffirmation d’un projet de société commun nous paraissent aujourd’hui de première importance.

Si l’école doit être préservée de toute forme de violence, de pression et de trouble du cadre éducatif, elle ne saurait être, comme le souligne à juste titre le Président, "un lieu d’uniformité, d’anonymat, où seraient proscrits le fait ou l’appartenance religieuse ". Il faudra donc veiller à ce que, dans sa formulation, une loi sur les signes religieux ne soit pas ressentie comme une marque de défiance par la grande majorité de ceux et celles dont les signes d’appartenance religieuse ne troublent aucunement l’ordre public.

Dans la recherche de ce vivre ensemble avec tous, les catholiques sont déjà présents et actifs. L’Eglise catholique souhaite lutter contre toute forme de discrimination et de division. Avec d’autres, elle veut apporter sa contribution à l’édification d’une société plus libre, plus égalitaire et plus fraternelle.

+ Jean-Pierre RICARD
Archevêque de Bordeaux
Président de la Conférence des Evêques