La lettre du pape sur les abus sexuels vue par la presse

Une lettre « sans précédent » reconnaît l’ensemble des journaux

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ROME, Mercredi 24 mars 2010 (ZENIT.org) - Qu'ils soient favorables, contraires ou totalement partagés, les moyens de communication du monde entier ont accueilli la Lettre pastorale de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande comme un document « sans précédent », non seulement parce qu'il s'agit du premier document d'un pape sur la question, mais également pour la douleur avec laquelle il a été écrit.

L'intérêt a largement dépassé les côtes irlandaises, comme le montre le fait que quelques minutes après sa publication au Vatican, le 20 mars à midi, le texte du pape était déjà accessible sur les pages web de quotidiens comme Süddeutsche Zeitung, The New York Times, Le Monde, The Telegraph, El Mundo, Le Figaro, El Universal, Los Angeles Times, The Washington Post ou El País.

Les premiers titres se sont concentrés sur la demande de pardon que le pape adresse, au nom de l'Eglise, aux victimes des abus commis par des prêtres : « Vous avez terriblement souffert et j'en suis profondément désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez subi. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée ».

Réponses des victimes

Après la présentation du document, les premiers commentaires de la presse se sont concentrés sur les déclarations des associations des victimes d'abus sexuels par des prêtres, donnant des opinions divergentes.

Parmi les critiques, émergent par exemple le commentaire de Maeve Lewis, directeur exécutif de One in Four, et le communiqué envoyé le samedi même aux rédactions par la Survivors Network of those Abused by Priests (SNAP).

En particulier, la note critique durement et avec ironie le fait que la lettre de Benoît XVI ne fasse pas état de mesures concrètes pour affronter les scandales, mais le fait surtout qu'on n'exige pas la démission d'autres personnes ayant pu être impliquées dans les faits. Ces critiques, on les retrouve chez d'autres associations de victimes et souvent dites sur un ton très dur.

Le père Federico Lombardi, S.J. directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, avait répondu à cela lors de la présentation du document aux journalistes, expliquant que cette lettre est un document pastoral et qu'elle n'affronte donc pas les mesures administratives et juridiques, comme la possible démission d'autres évêques irlandais. Ces décisions reviennent, quoiqu'il en soit, au pape et aux intéressés.

Parfois, ces mêmes associations reconnaissent ne pas comprendre la portée d'une des annonces que le pape fait dans la lettre, qui touche des questions techniques de droit canonique comme : la convocation d'une visite apostolique dans les diocèses irlandais, ainsi que dans les séminaires et les congrégations religieuses, avec l'aide de représentants de la Curie Romaine.

Le pape lui-même dit comprendre la difficulté que cela représente pour les victimes de ces abus d'accepter ses paroles : « Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous », écrit-il.

Pour sa part, la Irish Survivors of Child Abuse Organisation (Irish-SOCA) a relevé que la lettre renferme « une reconnaissance évidente du fait que l'Église en Irlande a péché de manière particulièrement grave contre les jeunes pendant des décennies ».

Dans son explication aux journalistes, le porte-parole du Saint-Siège a répondu aussi à la critique de journaux allemands qui s'attendaient à des allusions du pape à la situation dans leur pays. Chaque Etat, a déclaré le père Lombardi, a ses éléments spécifiques. Le Saint-Père décidera quand et comment intervenir dans le cas de son pays, a-t-il ajouté.

Coupables devant Dieu et devant les tribunaux

L'autre passage de la lettre du pape très cité par les quotidiens et les victimes, en particulier par l'l'Irish-SOCA, est celui qui s'adresse « aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants »: « Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet ».

Les médias ont insisté sur le fait que l'Eglise ne peut accepter que de telles affaires soient étouffées. « La justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu », demande le pape aux religieux qui se sont tachés de ces crimes.

Pour cette raison, un des titres les plus utilisés pour illustrer la lettre a été « Les prêtres pédophiles doivent répondre devant Dieu et devant les tribunaux ».

Une lettre sans précédent

Cela dit, il y a une chose sur laquelle le pape a réussi à mettre d'accord les associations des victimes et la presse en générale : les « excuses sans précédent » qui apparaissent dans une lettre au ton humble et sincère.

« Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l'Eglise en Irlande les ont affrontés », reconnaît Benoît XVI dans son message.

« Le pape éprouve de la «honte» devant les cas de pédophilie », titraient certains quotidiens.

La pénitence, un aspect négligé par la presse

Curieusement, tant de médias ont mis de côté la première mesure adoptée par le pape, tout à fait exceptionnelle pour un document avec ces caractéristiques : la pénitence communautaire qu'il propose à l'Eglise en Irlande.

Le pape invite en effet les catholiques irlandais à « consacrer vos pénitences du vendredi, pendant une année entière, d'aujourd'hui jusqu'à Pâques 2011, à cette fin », « pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l'Eglise qui est en Irlande ».

Un autre passage de la lettre du pape n'a pas eu beaucoup d'espace, celui où il appelle « à redécouvrir le sacrement de réconciliation » et l'adoration eucharistique et là où il convoque « une mission au niveau national pour tous les évêques, prêtres et religieux ».

Le fait d'avoir négligé ces passages a conduit les médias à omettre la phrase centrale du message pour l'avenir : « Je suis confiant dans le fait que ce programme conduira à une renaissance de l'Eglise en Irlande, dans la plénitude de la vérité même de Dieu, car c'est la vérité qui nous rend libres ».

Jesús Colina