"La Liberté en héritage", par Mgr Follo, représentant du Saint-Siège à l’UNESCO

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CITE DU VATICAN, Lundi 8 mars 2004 (ZENIT.org) – Dans cet entretien publié par "InXL6.org", le "Portail jeunes de la conférence épiscopale française", Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, analyse les grandes tendances culturelles de notre époque au coeur desquelles se trouve la notion de Liberté. Une liberté menacée et confrontée aux défis du progrès technique (cf. http://www.inXL6.org/article1492.php) : une réflexion publiée à la veille de l’assemblée plénière du conseil pontifical de la Culture.



Analyse des tendances culturelles (I): "La Liberté en héritage"

Le second millénaire a élargi les horizons physiques de notre espace habitable en même temps que le domaine de la liberté et du droit. Pour comprendre le millénaire qui s’achève à peine, les conquêtes menées par la Liberté semblent même plus importantes encore que les grandes explorations et que les découvertes de la science et de la technique, aussi importantes soient-elles. De la Magna Carta de 1215 jusqu’aux chartes et traités internationaux les plus récents s’est tracé un chemin pénible, douloureux mais aussi glorieux vers des espaces plus vastes de liberté. Qu’il se soit souvent agi de déclarations trahies, au moins partiellement dans la pratique, cela ne fait aucun doute, mais il n’en reste pas moins que la Liberté s’impose désormais comme un idéal définitivement acquis, à tel point que c’est au nom même de cette Liberté, dont ils réclamaient de nouvelles formes, que les totalitarismes les plus terribles du XXème siècle sont nés.

Le second millénaire a été avant tout l’époque de la proclamation des Droits de l’Homme. Cet élan de liberté a fait se lever de nouvelles générations qui ont contribué d’une manière déterminante au renversement des pouvoirs tyranniques, qui paraissaient jusqu’alors inébranlables. Au début de l’année 1990, Jean-Paul II s’est adressé aux représentants du Corps Diplomatique en montrant le rôle important qu’a joué le facteur "liberté" au cours des événements marquants de l’histoire européenne et mondiale : "La soif de liberté qui s’est manifestée a accéléré les évolutions, a fait s’écrouler les murs et s’ouvrir les portes : tout a assumé le rythme d’un véritable bouleversement. Comme vous l’aurez certainement remarqué, le point de départ ou le point de rencontre a souvent été une église. Peu à peu se sont allumés les cierges pour former un véritable chemin de lumière, comme pour dire à ceux qui ont prétendu limiter à cette terre les horizons de l’homme, qu’il ne peut demeurer indéfiniment enchaîné. Il semble renaître sous nos yeux une "Europe de l’esprit", sur la ligne des valeurs et des symboles qui l’ont façonnée, de cette tradition chrétienne qui unit tous les peuples".

Par où commencer cette tâche immense qui nous incombe ? Il faut partir "De l’homme", répond Jean-Paul II, de l’homme réel, considéré dans sa réalité concrète et historique, en fournissant ce "supplément d’âme" dont parlait d’autre part ce grand penseur qu’est Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion. Ce supplément d’âme, pourrions-nous ajouter, en prolongeant l’intuition de Bergson, devra aller dans le sens de la solidarité, ou, mieux encore, de la Charité, au sens évangélique du terme. Charité que la technique ne peut pas mesurer, mais dont elle a cruellement besoin. "La cause de l’homme, déclare Jean-Paul II, sera servie si la science s’associe à la conscience. L’homme de science aidera vraiment l’humanité s’il garde le sens de la transcendance de l’homme sur le monde et de la transcendance de Dieu sur l’homme".

Quelle liberté pour demain ?

Malgré la richesse de notre héritage, nous nous demandons, en ce début de millénaire, si un avenir est encore possible et, si oui, lequel. Non seulement l’humanité de l’homme mais aussi la survie de l’espèce humaine dans son ensemble paraît menacée. De nombreux éléments nous amènent à nous demander en effet quel avenir est réservé aux jeunes, aux peuples et aux nations, ainsi qu’à notre liberté, notre amour et notre foi. Nous ne sommes pas à l’abri d’un retour à la barbarie, tel qu’on a en a connu par le passé, il n’y a pas si longtemps. C’est la survie même de l’espèce humaine qui est en jeu de nos jours. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme est confronté à la question de sa propre survie. Pour la première fois, il a la capacité technique de détruire le monde entier. Jadis, la menace d’une catastrophe apocalyptique venait essentiellement de l’extérieur. Dorénavant, elle peut surgir de l’intérieur. L’Espérance est ainsi le défi le plus urgent du troisième millénaire, aux côtés de la Foi, cette "substance des choses espérées". La culture d’aujourd’hui doit inventer à tout prix "les raisons d’espérer !"

Liberté et technologie

L’un des lieux principaux de l’exercice de la liberté est la technologie. On oppose souvent foi et technologie mais il s’agit là d’une opposition artificielle. En réalité, ce n’est pas entre la foi et la technologie qu’il y a rivalité mais entre la foi et une certaine technologie qui refuse d’avoir une âme. Toute forme de progrès scientifique est une étape du chemin parcouru par l’homme qu’il serait stupide de vouloir faire cesser. A partir du moment où l’homme déciderait d’arrêter de progresser, il commencerait à se mutiler lui-même. En somme, le problème n’est pas d’accepter ou refuser la technique, mais de savoir dans quelle direction, par quels moyens et à quelles fins on peut et on doit organiser le progrès scientifique et technologique. Encore une fois, le progrès est irrécusable, on pourrait même dire inaliénable, mais il ne peut à lui seul réaliser l’espoir de l’homme. Les espérances que la technique fait naître ne se substituent pas complètement a l’Espérance humaine, mais il l’oriente.

Le défi du troisième millénaire ne concerne donc pas, à proprement parler, les rapports entre le monde scientifique-technologique et le monde de la foi mais la capacité de l’un et de l’autre à converger dans un même lieu : le monde de l’homme. On rencontre à ce sujet les mêmes difficultés et les mêmes ambiguïtés qu’au XIXème siècle, alors que science et foi essayaient de se substituer l’une à l’autre. A la différence près que les questions posées par le progrès technique aujourd’hui sont telles qu’elles rendent les réponses d’autant plus difficiles à formuler, non seulement pour les croyants mais aussi pour les hommes de bonne volonté.
(à suivre)

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