La liberté religieuse est l'indice d'une laïcité authentique

Intervention de Mgr Parolin au Sénat italien

Rome, (Zenit.org) Antonio Gaspari | 753 clics

« C’est le rôle de l’État d’enlever les obstacles qui limitent l’exercice du droit à la liberté religieuse : la véritable mesure d’une authentique laïcité se juge à cet engagement », estime Mgr Parolin.

Mgr Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, est intervenu au Sénat de la République italienne, à l’occasion d’un congrès organisé par la fondation Socialisme, sur le thème « Trente ans après le Concordat. 1984-2014 ».

L’archevêque a rappelé l’article 1 du Concordat, selon lequel « la République italienne et le Saint-Siège réaffirment que l’État et l’Église catholique sont, sur le terrain qui leur est propre, indépendants et souverains, s’engageant au plein respect de ce principe dans leurs relations et à une collaboration réciproque pour la promotion de l’homme et le bien du pays ».

Pour Mgr Parolin, le Concordat est fortement influencé par les enseignements du concile Vatican II, en particulier par le paragraphe 76 de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde contemporain, Gaudium et spes, qui affirme que « la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes », que toutes deux « quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes » et qu’elles « exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, en tenant également compte des circonstances de temps et de lieu ».

En effet, le concile Vatican II aurait fait émerger une Église « non seulement en tant que hiérarchie, en tant qu’institution, mais aussi en tant que peuple ».

Un peuple de Dieu que la Lettre à Diognète explique ainsi : « ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ».

Selon Mgr Parolin, avec le Concordat de 1984, « une page est définitivement tournée » par rapport aux concordats du passé. On s’éloigne en effet sensiblement de la tradition du vingtième siècle, qui avait été profondément marquée par la confrontation de l’Église avec les États totalitaires ou autoritaires ».

« À bien y regarder, là où les parties s’engagent à une collaboration réciproque pour la promotion de l’homme et le bien du pays, il existe une anthropologie sous-jacente, qui est propre à la doctrine sociale de l’Église », a-t-il ajouté.

Comme l’affirme par ailleurs Gaudium et spes « Pour la doctrine sociale de l’Église, la personne ne peut trouver sa réalisation en elle-même, mais dans son être avec les autres et pour les autres : le bien de la personne et le bien de la société ne s’identifient donc pas et ne s’opposent pas. Tous deux confluent dans ce bien commun qui n’est pas la somme des biens individuels, mais qui est plutôt le bien de chacun tout en étant celui de tous, dans la mesure où il n’est possible de le poursuivre et de l’atteindre qu’ensemble ».

Quant au droit à la liberté religieuse, Mgr Parolin a rappelé qu’ « il est reconnu par l’article 19 de la Constitution italienne et proclamé par Vatican II dans la déclaration Dignitatis humanae » : « un droit qui, d’un point de vue historique et logique, est la matrice de tous les autres droits à la liberté. La raison profonde de la collaboration entre l’Église et l’État apparaît avec évidence », a-t-il souligné.

« C’est le rôle de l’État d’enlever les obstacles, juridiques ou factuels, qui limitent ou qui empêchent carrément l’exercice du droit à la liberté religieuse : la véritable mesure d’une authentique laïcité se juge à cet engagement », a insisté l’archevêque.

En effet, « l’État a besoin de valeurs de base, de cet ethos qui fonde la société et qui la fait tenir ensemble ; il s’agit de valeurs que l’Église peut transmettre, tout comme les autres communautés religieuses et, en général, les formes structurées de la vie sociale ».

Le Secrétaire d’État a conclu en affirmant que « l’engagement, pris bilatéralement, à collaborer pour la promotion de l’homme et le bien du pays constitue la norme de base, c’est-à-dire la disposition qui justifie l’accord » ; il a aussi redit que la collaboration entre l’État et l’Église exprime heureusement l’idée, souvent évoquée par le récent magistère pontifical, de « laïcité positive ».

Traduction d’Hélène Ginabat