La liberté religieuse est née du christianisme

Lecture de Dignitatis humanae, par Mgr Minnerath

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Anne Kurian 

ROME, vendredi 4 mai 2012 (ZENIT.org) – La liberté religieuse est née du christianisme, et elle est aujourd’hui le « lien social » dans la société, déclare Mgr Minnerath dans une intervention sur la déclaration Dignitatis Humanae du Concile Vatican II (1965) à Rome.

Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, a en effet commenté l’apport et l’actualité de Dignitatis Humanae, au cours du cycle « Relire le Concile Vatican II », organisé par l’Institut français - Centre Saint-Louis, en collaboration avec l’Université du Latran, le 3 mai 2012 (cf. "Documents", pour le texte intégral).

Pour l’archevêque français, Dignitatis Humanae est « l’un des textes majeurs du concile Vatican II » : prenant position sur la liberté religieuse, « ce texte a eu une incidence directe sur les relations de l’Eglise avec les Etats, sur les relations œcuméniques et interreligieuses. »

La liberté de religion, invention du christianisme

L’Eglise ne peut pas ne pas défendre la liberté de religion : et pour cause, affirme Mgr Minnerath, « c’est sur le terreau du christianisme que l’idée même de « liberté de religion » a pu naître et porter des fruits ».

En effet, « le christianisme a fait de la religion un choix personnel, en distinguant l’appartenance religieuse et l’appartenance citoyenne, culturelle, ou ethnique », explique-t-il. La « distinction fondatrice » entre « ce qui est à César et ce qui est à Dieu », insiste-t-il, « rend possible l’épanouissement des libertés fondamentales dont jouissent les sociétés occidentales ».

Le christianisme porte la liberté de religion, « comme une exigence interne à sa nature », et comme « invention du christianisme », poursuit-il, elle « rend justice à la vérité divine et à la liberté des consciences, à l’Etat de droit et au pluralisme de la société, à la liberté individuelle des personnes et à la liberté corporative de l’Eglise ».

Aujourd’hui, les croyants assistent, constate-t-il,  à « l’avancée du sécularisme » et des religions « qui ne comportent pas les distinctions propres au christianisme, le souci de l’autonomie réciproque du temporel et du spirituel » : partout les législations « empiètent sur le domaine de la liberté de conscience et de religion », en imposant, par exemple, « des normes contraires au respect de la vie et du mariage » et en « déconstruisant systématiquement l’anthropologie d’inspiration judéo-chrétienne ».

La liberté de religion, lien social

La liberté religieuse moderne, souligne l’archevêque, est « découplée de toute idée de vérité religieuse objective ». Elle suppose donc « la neutralité religieuse de l’Etat », ce qui signifie que « la religion n’est plus le lien social sacralisé » d’antan. Aujourd’hui, estime-t-il, « le lien social dans la cité est la liberté de religion ».

Cependant, il ne s’agit pas de n’importe quelle liberté : au XIXesiècle, fait-il observer, la liberté de conscience est comprise comme « liberté de ne pas croire », c’est-à-dire « une libération par rapport au dogme et à la morale catholiques ». Et la liberté de culte est perçue « comme un nivellement de tous les cultes de la part de l’Etat, conduisant à une séparation radicale Eglise-Etat ».

La liberté religieuse, note-t-il, n’est pas considérée comme « dimension ontologique de la personne », mais comme un « droit dérivé de l’idéal du pluralisme démocratique ».Elle devient synonyme de « relativisme religieux », et même certains croyants comprennent la liberté religieuse comme « liberté individuelle de croire et d’agir à sa guise à l’intérieur même de l’Eglise ».

Par ailleurs, dans l’espace public, « la liberté religieuse est appréhendée de façon de plus en plus restrictive, comme une option individuelle intime, insignifiante pour la vie de la cité » : qu’en est-il de la véritable liberté religieuse ?

L’apport de Dignitatis humanae

Pour Dignitatis humanae, commente Mgr Minnerath, la liberté religieuse est un droit fondé sur « la dignité même de la personne humaine ». Cette dignité est « ancrée dans la nature de l'homme, créé libre et capable de tendre vers la vérité », explique-t-il : ainsi ce droit des personnes et des communautés est « inaliénable », et « hors de la portée de l'arbitraire des pouvoirs humains ».

Cependant, le « droit » dont parle la déclaration est un « droit naturel subjectif » qui prévient les « exigences négative des tiers », telles la contrainte. Ce n’est donc pas un droit, précise-t-il, qui « permet de décider de n’importe quoi en matière de religion ». En effet, « croire c'est adhérer à un Dieu qui se révèle, obéir librement à sa Parole, et non professer une opinion subjective ».

L’Etat quant à lui, est « au service de l’homme », rappelle l’archevêque : il est donc « dans l'obligation de garantir la liberté des citoyens dans leur démarche en matière religieuse, en veillant au respect des droits égaux de tous », ceci en évitant deux écueils : « ne pas imposer une confession de foi religieuse et ne pas pratiquer une idéologie laïciste ».

Tout en affirmant la liberté religieuse, souligne-t-il, la déclaration dénonce «l’absolutisation de la liberté » qui « délie l’homme de toute sujétion à la loi divine ».

Enfin, Mgr Minnerath constate que la définition des constitutions modernes est en « accord » avec celle de l’Eglise, sur deux points :

D'une part, « la liberté de l'acte de foi est considérée comme assurée lorsqu'est appliquée la liberté civile en matière religieuse ».

D'autre part, « la liberté de l'Eglise, pour laquelle cette même Eglise avait lutté pendant des siècles face aux prétentions des pouvoirs temporels, est garantie là où est convenablement assuré aux personnes et aux communautés le droit commun à la liberté religieuse ».