La liturgie, oeuvre de la Trinité/1 : Dieu le Père (CEC 1077-1083)

Rubrique de théologie liturgique sous la direction du P. Mauro Gagliardi

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P. Nicola Bux 

Traduction par Hélène Ginabat

ROME, mercredi 8 février 2012 (ZENIT.org) – La liturgie, dit le Catéchisme de l’Eglise catholique,  est l’œuvre de la Trinité : c’est le thème du quatrième volet de la rubrique de théologie liturgique, sous la direction du P. Mauro Gagliardi (cf. Zenit des 21 décembre 2011, 11 et 25 janvier 2012 pour les trois premiers volets). Il est signé par le P. Nicola Bux.

Le P. Nicola Bux est professeur de liturgie orientale à Bari et consulteur des Congrégations pour la Doctrine de la foi, pour les Causes des saints, pour le Culte divin et la discipline des sacrements, ainsi que du Bureau des célébrations liturgiques du souverain pontife.

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Sans la médiation du Fils, nous n’aurions pas connu le Père et nous n’aurions pas reçu l’Esprit qui nous permet de reconnaître le Fils comme Seigneur et d’adorer en lui le Père. Le Père a fait le choix de nous rendre capables de cela, c’est-à-dire de nous adopter comme fils, avant la création du monde (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique [CEC], 1077). La capacité à œuvrer comme individus et comme membres d’un peuple choisi et consacré s’appelle « liturgie » : définie à juste titre comme l’œuvre du mystère des trois Personnes. L’action trinitaire est en effet le prototype de l’action sacrée ou liturgique. Mais étant donné que l’activisme ecclésiastique et liturgique ont poussé à adopter des termes comme « acteur » et « agent » jusque dans la liturgie, il  nous faut, pour éviter tout malentendu, définir la nature de cette action. L’action sacrée de la liturgie est essentiellement une « bénédiction », expression connue de tous, mais pas dans sa signification véritable. C’est ce que fait l’article suivant du Catéchisme, qui vaut la peine d’être rapporté ici en entier : « Bénir est une action divine qui donne la vie et dont le Père est la source. Sa bénédiction est à la fois parole et don (bene-dictio, eu-logia). Appliquée à l’homme, ce terme signifiera l’adoration et la remise de soi à son Créateur dans l’action de grâce » (CEC, 1078).

La liturgie est donc bénédiction divine, parole et don, et adoration humaine, c’est-à-dire action de grâce (eucharistie) et offrande. Toute la messe n’est-elle pas contenue dans cette définition ? Personne ne peut définir autrement la liturgie, c’est-à-dire comme un sacrement. L’adoration n’est rien d’autre que cette liturgie. Toute tentative de séparer ces deux réalités va contre la foi et contre la vérité catholique.

N’affirme-t-on pas aujourd’hui que l’homme adore Dieu de tout son être ? Cela veut dire avec son âme et avec son corps. C’est pourquoi, dans la Bible, toute « l’œuvre de Dieu est bénédiction » (cf. CEC, 1079-1981) : c’est la dimension cosmique qui vivifie l’Ecriture sainte, de la Genèse à l’Apocalypse, et également la liturgie. Si bénir veut dire adorer, la bénédiction ou l’adoration dans l’Ecriture est illustrée par le prosternement et par le fait de plier le genou, au plan physique, et le cœur, au plan métaphysique. Seul le diable ne s’agenouille pas parce que,  disent les Pères du désert, il n’a pas de genoux. Ainsi, saint Paul voit l’harmonie entre histoire sacrée et cosmos devant Jésus : que tout genou fléchisse au ciel, sur terre et sous la terre. Conséquence concrète : le geste de s’agenouiller doit retrouver une place prééminente dans le rite de la messe, dans le mouvement, l’inspiration et la saveur du chant sacré, dans les objets sacrés : une église sans prie-Dieu n’est pas une église catholique. Pourquoi se prosterner ? Parce que la bénédiction divine se manifeste particulièrement par « la présence de Dieu dans le temple » (CEC, 1081) : en sa présence, le geste premier et fondamental est l’adoration.  Qu’on ne dise pas que le temple a été aboli, puisque Jésus l’a purifié en le substituant par son corps dans lequel habite corporellement sa divinité : désormais la présence divine est celle du corps du Christ et elle coïncide massivement avec le Saint-Sacrement. Vous remarquerez que, jusqu’ici, nous avons parlé de choses révélées dans la sainte Ecriture par le Seigneur lui-même. Dans Introduction à l’esprit de la liturgie, Joseph Ratzinger a montré le tort qu’avait fait, dans la réforme liturgique, le fait d’avoir rompu le lien entre le temple juif et l’église chrétienne : nous le voyons aujourd’hui dans les nouvelles églises, justement au moment où un dialogue œcuménique s’instaure avec les Juifs. Si le corps du Christ est constitué de l’édifice spirituel de ses membres (cf. 1 Pi 2, 5), il faut savoir que là où l’Eglise se rassemble pour les mystères, là naît un « espace sacré ».

On peut maintenant comprendre ce qu’affirme clairement le Catéchisme : « Dans la liturgie de l’Église, la bénédiction divine est pleinement révélée et communiquée : le Père est reconnu et adoré comme la Source et la Fin de toutes les bénédictions de la création et du salut ; dans Son Verbe, incarné, mort et ressuscité pour nous, il nous comble de Ses bénédictions, et par Lui il répand en nos cœurs le Don qui contient tous les dons : l’Esprit Saint » (CEC, 1082). Ainsi se trouve définie la double dimension de la liturgie de l’Eglise : d’un côté, elle est une bénédiction du Père avec l’adoration, la louange et l’action de grâce ; de l’autre, elle est offrande de soi et de ses dons au Père et imploration de l’Esprit afin qu’il abonde sur le monde entier. Mais tout passe par la médiation sacerdotale c’est-à-dire à partir de l’offrande, et « par la communion à la mort et à la résurrection du Christ-Prêtre et par la puissance de l’Esprit » (CEC, 1083).

Si la résurrection du Christ n’avait pas eu lieu historiquement et si elle n’avait pas « rempli » l’histoire d’une façon particulière en lui imprimant la direction finale, les sacrements n’auraient aucune efficacité et la fin pour laquelle ils sont administrés manquerait : notre résurrection à la fin de la vie et de l’histoire de l’humanité. Un parti pris exégétique démythifiant entraîne une théologie réduite à un symbolisme ; mais la pensée catholique, avec l’Apôtre, parle de la « puissance de sa résurrection » : les apparitions du Ressuscité ont entraîné non seulement le kérygme et la foi des disciples, mais aussi la libération de la puissance de la résurrection dans les sacrements. Ainsi la vérité de la résurrection corporelle du Christ est-elle décisive pour l’efficacité des sacrements, pour leur incidence réelle sur la transformation de l’être humain.

Le mystère pascal, justement parce qu’il a vu passer le Fils de la mort à la vie, voit ainsi passer les enfants de Dieu. C’est pourquoi il est dit pascal, à cause de ce passage qui s’est réalisé grâce au sacrifice du Fils de Dieu. Voilà pourquoi le sacrifice eucharistique est le centre de gravité de tous les sacrements (cf. CEC, 1113), de même que Pâques est le centre de gravité de l’année liturgique.

Le plan divin du salut est un : ramener les hommes et les choses, celles du ciel et celles de la terre, sous la seigneurie du Christ. La première œuvre des trois Personnes vise à reconduire l’être humain à sa nature originelle afin que soit restaurée en lui l’image qui a été défigurée par le péché. 

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