La lutte contre les mines, défi pour le retour à une vie "normale"

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CITE DU VATICAN, Mardi 30 novembre 2004 (ZENIT.org) – La lutte contre les mines est défi à relever pour le retour à une vie "normale" après les conflits, souligne un missionnaire dans les colonnes de l’agence missionnaire italienne Misna.



"Il est important de maintenir un haut niveau d'attention à ce sujet car une personne qui a perdu un membre ou la vue à cause de l'explosion d'une mine a besoin d'être soignée, mais aussi d'être aidée à se réinsérer dans la société: cela demande de la patience, des efforts communs et l'engagement à créer une sensibilité spécifique au sein de la société", déclare à la MISNA père Joaquin Salord, missionnaire jésuite d'origine espagnole vivant au Cambodge, à l'occasion de l'ouverture à Nairobi du Sommet "Pour un monde sans mines", promu par la campagne internationale contre les mines, cinq après l'entrée en vigueur du Traité d'Ottawa sur l'interdiction de l'usage, de la vente, de la production et du stockage des mines antipersonnel.

Le Cambodge, qui a ratifié le traité en l'an 2000, est un des pays au monde les plus touchés par le problème des mines et des engins belliqueux qui n'ont pas encore explosé (Uxo - Unexploded Ordnance), héritage de son passé dramatique, pendant longtemps théâtre de guerres civiles et cible de bombardements durant la guerre du Vietnam. "Depuis le début de l'année, environ 800 personnes ont été blessées par l'explosion de mines ou d'Uxo" dit père Joaquin, du Jesuit refugees service (Jrs), un des organismes impliqués dans la campagne cambodgienne contre les mines.

Le Jrs a réalisé trois centres d'assistance aux victimes des mines à Siem Reap, Battambang et Banteay Priep. Cette dernière localité se trouve à 25 kilomètres de la capitale Phnom Penh, où en 1991 a été construit le "Centre de la Colombe" maison d'accueil et école pour handicapés; chaque année ce sont 100 hommes et femmes qui y sont accueillis, âgés de 18 à 45 ans; ils suivent des cours de formation pour leur réinsertion et leur retour à une activité productive.

"En tenant compte des limitations imposées par leurs amputations, les personnes apprennent ici à devenir autonomes" raconte père Joaquin chargé de la coordination du centre; "pour cela ils s'occupent de leurs exigences quotidiennes, y compris le nettoyage des lieux et la préparation de la nourriture. Durant une partie de la journée, ils suivent des cours de formation professionnelle dans les secteurs de la mécanique, de l'électricité, de la menuiserie, de l'agriculture ou de la couture avec pour finalité de reprendre une place dans la société".

Mais la réinsertion n'est pas simple: "La solidarité s'accroît à l'égard des amputés et les handicapés en général, mais dans la vie active les possibilités de trouver un emploi sont rares" poursuit le missionnaire en parlant d'un pays encore fortement agricole, avec des débouchés professionnels limités dans d'autres secteurs et dépendant en majorité d'un seul investissement étranger, les fabriques de vêtements.

"Le rapport de ces personnes avec les membres de leur famille, en particulier pour les femmes, est fort complexe" ajoute notre interlocuteur, "qui sont régulièrement abandonnées par leur mari si une mine provoque leur handicap ou bien un accident; même problème pour les enfants en bas âge, surtout les fillettes, qui ne sont plus envoyés à l'école", un choix qui naît de la honte, des difficultés à assister une personne qui n'est plus autonome, du moins au début, mais aussi de la conviction que l'argent dépensé pour les études est perdu.

"Il faut avoir une vision globale des besoins pour affronter le problème des mines antipersonnel: il faut achever la bonification du territoire, mais aussi financer l'assistance qui n'est pas liée à la seule urgence et renforcer la collaboration entre les divers organismes, gouvernementaux et non, afin de favoriser une réelle réinsertion de ces personnes" conclut père Joaquin.