La mémoire des martyrs et le témoignage des saints d’aujourd’hui nourrissent l’espérance

Entretien avec Elio Guerriero, fondateur et Président de l’association « Témoins du Temps »

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ROME, Dimanche 28 janvier 2007 (ZENIT.org) – La conviction qu’il existe dans le monde des personnes et des gestes dignes d’être rappelés a conduit un groupe de catholiques italiens à lancer un site : www.testimonideltempo.it. Une expérience née durant le grand Jubilé de l’An 2000, que des professionnels du monde universitaire ou de l’information ont décidé de poursuivre.



Son fondateur, Elio Guerriero, a accepté de répondre aux questions de Zenit.

« Aujourd’hui, on accorde beaucoup d’espace aux événements qui nous entourent, oubliant qu’il existe des choses extraordinaires dont personne ne parle. Nous savons que nous allons à contre-courant et que les medias ne nous accorderont pas beaucoup d’attention. Cela dit, nous voulons continuer à témoigner de cette présence chrétienne qui est bien vivante et pour nous très réconfortante », affirme-t-il.

Zenit : Comment est née l’association « Témoins du Temps »?

Elio Guerriero : L’association « Témoins du Temps » est d’abord née comme une association de laïcs chrétiens au moment du grand Jubilé. A cette époque, Jean Paul II parlait de l’expérience du martyre et en particulier du retour des martyrs au XXème siècle. Notre premier souci a été de répondre sérieusement à cette invitation en nous réunissant pour voir ce que nous pouvions et ce que nous devions faire.

Nous avons donc commencé par former notre petite association « Témoins ». Ensuite, nous avons ouvert un site (www.testimonideltempo.it), invitant tous les témoins de témoins à faire part de leurs expériences. Depuis, le site s’est beaucoup développé.

Avec le temps, nous nous sommes rendus compte que l’expérience du témoignage devait être perçue non seulement à travers le martyre au sens strict du terme, mais également à travers la vie quotidienne. Ainsi avons-nous décidé de centrer notre attention sur le témoignage des femmes et des laïcs.

Zenit : Parmi tous les récits que vous avez reçus, y en a-t-il un en particulier que vous voudriez nous raconter ?

Elio Guerriero : Il y en a beaucoup …mais un me vient à l’esprit. C’est l’histoire d’un Italien mort dans un camp de concentration pour avoir refusé de prêter serment à Hitler. J’ai eu l’occasion de parler avec le fils de la victime et cela a été pour moi extrêmement important.

Un autre cas a été celui d’un partisan catholique. Avant son exécution, il avait appelé son fils et lui avait fait promettre, si un jour il devait apprendre qui l’avait trahi, de lui pardonner. Son fils a fini par savoir qui l’avait trahi. Il m’a dit : « Que pouvais-je faire après cet ordre de mon père ? ».

Ces témoignages sont le signe d’une présence chrétienne forte, enracinée, source d’espérance pour nous. Et c’était là tout le sens et les raisons de notre présence au Congrès de l’Eglise italienne qui a eu lieu à Vérone.

Nous avons par ailleurs réussi à rassembler tous ces témoignages dans un livre « Témoins de l’Eglise italienne » publié par les Editions Saint-Paul.

Zenit : Les témoins dont vous parlez appartiennent-ils tous à une période historique bien précise ?

Elio Guerriero : J’ai parlé plus haut d’événements survenus lors de la Seconde Guerre mondiale, mais je pourrais vous citer des exemples bien plus récents. Je pense par exemple à cette femme, Tonelli, une femme extraordinaire qui a offert sa vie dans un milieu musulman, un milieu pas toujours facile.

Jusqu’à la fin, cette femme a su garder une très grande sérénité, nourrie par l’adoration eucharistique qu’elle a réussi, malgré le fait d’être seule, à poursuivre toute sa vie.

Nous sommes convaincus que ces exemples se trouvent au milieu des gens. Il y a vraiment des cas éclatants de personnes très simples et très modestes.

Et c’est ce qui me touche le plus personnellement : les personnes les plus humbles qui se laissent totalement guider par l’Evangile au seuil du IIIème millénaire. Une chose qui paraît étrangère à notre culture et qui pourtant est une réalité de vie.

Zenit : Quels canaux suivez-vous pour trouver ces histoires si particulières, mis à part celui dont vous nous avez déjà parlé ?

Elio Guerriero : A part les signalements qui nous arrivent sur le site, j’ai des contacts avec des responsables régionaux, au sein de la Conférence épiscopale italienne, à qui j’ai demandé de nous avertir si des cas se présentaient, voire même au début d’un procès de béatification.

Toutes ces personnes n’arrivent pas forcément à la sainteté, ceci relevant de la compétence des autorités en charge de leur dossier. Nous voulons simplement montrer que le témoignage chrétien existe et qu’il agit.

Zenit : Y a-t-il des jeunes parmi tous les exemples que vous nous avez donnés ?

Elio Guerriero : Il y a plusieurs jeunes filles et jeunes garçons qui ont apporté un témoignage avec beaucoup de courage. Durant le Concile Vatican II, une jeune calabraise, obligée de garder le lit, avait pris à cœur tout ce qui se passait dans l’Eglise et la seule chose qu’elle pouvait faire était d’écouter la radio.
Lorsque Paul VI rencontra le Patriarche Athénagoras, elle lui avait écrit : « Sainteté, au moment où vous avez embrassé le Patriarche, j’étais là avec Vous, à travers ma souffrance ».

La jeune fille est morte quelques mois plus tard. Elle n’avait pas encore trente ans. Cette expérience est pour moi une merveilleuse démonstration de maturité et de richesse intérieure.

Zenit : Depuis les débuts de votre association, sentez-vous, vous et vos collaborateurs, que quelque chose a changé en vous ?

Elio Guerriero :Nous sentons grandir en nous ce sentiment de confiance dont je vous ai parlé plusieurs fois. Souvent on veut nous faire croire que l’héritage évangélique, l’héritage chrétien, se perd. En réalité j’ai la sensation que la force enracinée, cet humus imprégné de la Parole de la présence du Seigneur Jésus Christ, est encore si intense qu’il ne peut que susciter de nouveaux témoignages. Et ces témoignages-là sont si forts qu’ils ne peuvent qu’en engendrer de nouveaux.

Certains témoignages sont si bouleversants qu’ils s’imposent par leur force même ! Ce sont de vrais miracles. Pour moi, derrière tout ça se cache un message qui nous incite à vivre la force de l’Evangile et également à avoir confiance en lui.