La mort de Vincent Humbert n’était pas une « fatalité », par Tugdual Derville

Témoignage d’Hervé Messager, kiné de Vincent pendant 2 ans

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ROME, Mardi 4 décembre 2007 (ZENIT.org) - C'est un téléfilm promu par Marie Humbert, mère de Vincent Humbert, qui a poussé celui qui a été pendant deux ans le kinésithérapeute du jeune homme, Hervé Messager, à redire « une dernière fois avant qu'il ne soit trop tard », que la mort de Vincent n'était pas une « fatalité ».

Dans le dernier numéro de France Catholique, Tugdual Derville s'interroge : « D'où vient cette voix qui ose encore contester les conditions de la mort de Vincent Humbert ? » (cf. France Catholique, Magazine diffusé par les NMPP, points de vente : tél. + 33 (0)1.45.22.12.51).

Le témoignage d'Hervé Messager est disponible à l'adresse suivante : http://www.sosfindevie.org/eutha/Humbert-Messager.htm

Tugdual Derville a fondé un mouvement d'accueil d'enfants handicapés, « A Bras Ouverts », et il a travaillé pour une association d'aide aux personnes âgées avant de devenir consultant dans le domaine médico-social. Depuis 1994, il est délégué général de « l'Alliance pour les Droits de la Vie », association actuellement présidée par le docteur Xavier Mirabel, qui agit pour le respect de la dignité humaine, particulièrement des plus vulnérables.

C'est dans ce cadre qu'il reçoit de nombreux témoignages sur l'avortement, le handicap, la fin de vie... Licencié en droit, diplômé de Sciences-po Paris et de l'Essec, il est marié et père de famille.

La mort de Vincent n'était pas une « fatalité »

« Son kiné parle » : « Vincent ne voulait pas mourir ». C'est à l'écoute de RTL, sa station favorite, que, le jeudi 29 novembre, Hervé Messager apprend le titre choc qui barre la Une du Parisien-Aujourd'hui en France dont il a reçu la journaliste deux jours plus tôt. L'homme n'est pas près d'oublier le premier commentaire qu'il entend. Le kinésithérapeute « reconnaît être catholique pra­tiquant » prétend le chroniqueur. Stupéfaction pour celui dont Le Parisien a pourtant précisé qu'il n'était « pas marié à l'Église » et que ses enfants n'étaient pas baptisés. Samedi, trois jours après l'explosion mé­diatique, Hervé Messager se dit « épuisé, mais soulagé » : « Je m'y attendais, mais pas à ce point ». Entre le standard de l'hôpital et son téléphone fixe, dont le numéro avait été laissé à la journaliste du Parisien, ce fut une déferlante d'appels. Comment se concentrer sur ses patients ?

Pendant que sa messagerie sature mettant son téléphone « en carafe », Hervé Messager a subi, jeudi à midi sur Sud Radio, son premier lynchage télépho­nique. L'interviewer est expert en guet-apens. De son côté, le journaliste de La Voix du Nord exige une réponse « sinon on met une page blanche sous votre nom ». Hervé s'exécute. Un peu partout, les limiers sont en campagne. « Certains veulent prouver que je suis fou et manipulé. » Le maire de Berck-sur-Mer été appelé. « Heureusement qu'on se connaît : il a dit que j'avais toute ma raison ». Même réponse d'une infirmière générale. Le kiné fait face à une tempête qui n'a rien à envier avec celles qui balaient épisodiquement l'immense plage de Berck jusqu'à ensabler le seuil des maisons. La sienne est cachée dans la verdure du bocage. Il s'y réfugie pour souf­fler, tenter un Sudoku ou s'a­donner à son loisir favori, le billard anglais. Se sont succédé là « après le boulot », les caméras de Canal+ puis de France 3 pendant qu'à Paris, sur le plateau de LCI, le journaliste pouvait prendre à témoin son public contre « le petit kiné qui n'a pas daigné venir » se confronter à Marie Humbert.

Au 20 heures de TF1, jeudi soir, la mère de Vincent avait déjà la part belle. L'icône médiatique est toutes griffes dehors contre le kiné taxé de « mensonge » et de « méchanceté gratuite ». Pour minimiser son témoignage, elle affirme, sans lui répondre sur le fond, qu'Hervé n'aurait été kiné de Vincent que 5 mois (Le Parisien), 6 mois (France soir) ou 8 (RTL), avec des durées qui s'échelonnent de « 5 minutes une fois par semaine » (La Voix du Nord) à « une à deux heures maximum par semaine » (France soir). Face à ces contradictions, Hervé Messager, lui, ne varie pas : « J'ai les preuves administratives ». Pourquoi ressortir ça après quatre années ? « J'ai écrit dans Le Réveil de Berck dès la mort de Vincent, puis un an plus tard, dans La Croix... Mais je n'intéressais pas. Un journaliste m'a avoué : ‘c'est pas vendable' ! » À l'époque des faits plusieurs médecins et l'ergothérapeute de Vincent s'exprimaient dans le même sens que le kiné. L'Agence France Presse n'en avait pas fait une seule dé­pêche. Trop d'émotion en jeu pour contredire la mère avouera, incognito, un chef de service de l'AFP. Cette fois encore l'Agence a censuré Hervé.

Au Centre Héliomarin de Berck « c'est l'omerta » confie une soignante désirant garder l'anonymat, une peur qu'elle a du mal à expliquer. Seul le docteur Danzé, chef de service, ose publiquement appuyer le témoignage d'Hervé. « Les autres me soutiennent en privé », se console le kiné. Plusieurs « pontes » l'ont toutefois appelé de divers hôpitaux pour le féliciter, et le « bravo » reçu par texto de son ex-femme lui a fait chaud au cœur. « Tous me disent que ma sincérité ne fait pas de doute ».

« Qu'il laisse Vincent tranquille », persiste sa mère. « Mais pourquoi Marie va dans tous les médias pour promouvoir la fiction qui présente sa version des faits ? » répond le kiné. C'est ce téléfilm qui l'a poussé à redire, « une dernière fois avant qu'il ne soit trop tard », que la mort de Vincent n'était pas une fatalité. France Soir de vendredi a beau prétendre Marie « terrassée », elle défend bec et ongles « son » téléfilm. Même si ses dénégations lui « font mal aux tripes », le kiné soupire : « Au moins, ceux qui veulent savoir sauront ». De Montpellier où il dirige le ser­vice de réanimation du CHU, le professeur Olivier Jonquet commente : « Celui-là, il en a ! »

Après 34 années de service à l'hôpital Héliomarin de Berck, Hervé Messager dit n'avoir « rien à gagner ». Pourquoi alors brave-t-il la dictature de l'émotion qui force les Français à ratifier la mort de Vincent Humbert ? « Par amour de la vérité ». Réponse lumineuse de celui qui se définit comme « mé­créant ». Leçon de courage pour les croyants.

Tugdual DERVILLE

© France Catholique