« La paix - et donc l'Europe - nous est confiée chaque jour », par le P. Burgun

« Le Neuf en Europe », le rendez-vous 2010 des chrétiens européens, 7-9 mai

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ROME, Vendredi 19 mars 2010 (ZENIT.org) - Le 60e  anniversaire de la « Déclaration » de Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, le 9 mai 1950, est l'occasion d'un rassemblement des chrétiens d'Europe à Verdun et Metz, du 7 au 9 mai : « Le Neuf en Europe ». Ce sera notamment l'occasion de « témoigner à l'Europe que l'Eglise est à ses côtés », explique le P. Cédric Burgun, président du Comité d'organisation. Il souligne la responsabilité de chaque chrétien : « La paix - et donc l'Europe - nous est confiée chaque jour ».

Zenit - Père Burgun, chaque année, la « Fête de l'Europe » rappelle, le 9 mai, la Déclaration de Robert Schuman, le 9 mai 1950, à 18 h 30, à Paris, au Quai d'Orsay, au Salon de l'Horloge. Pourquoi, cette année, le « Le Neuf en Europe », pourquoi célébrer ce 60e anniversaire ?

P. Burgun - L'Europe connaît une période de paix depuis 60 ans, ce qu'elle n'a pas connu depuis le traité de Verdun ! Les Pères de l'Europe nous ont légué ce bien inestimable et il nous revient aujourd'hui d'en prendre conscience. Beaucoup de nos contemporains ont perdu le sens de l'histoire et ne se rendent pas compte de cela. Certes, l'Europe n'a pas que des aspects positifs, mais elle a le mérite d'avoir pacifié notre continent. Célébrer cet anniversaire, c'est accueillir ce don avec reconnaissance d'une part, mais aussi avec une certaine conscience : La paix - et donc l'Europe - nous est confiée chaque jour.

Les diocèses de Metz et de Verdun, particulièrement marqués par les questions européennes dans leur histoire et leur géographie, ont souhaité souligner cet anniversaire et ainsi, proposer un engagement européen plus fort. La présence en Lorraine d'un Père de l'Europe, Robert Schuman, ne peut nous laisser indifférents à la cause européenne. 

Zenit - A qui s'adresse ce congrès ? 

P. Burgun - Au départ, « Le Neuf en Europe » s'adresse à tous les chrétiens européens désireux de réfléchir ensemble à notre engagement en Europe. Il y a donc une dimension oecuménique forte, et nous laisserons la parole à des représentants d'autres confessions chrétiennes. Les chrétiens ne peuvent appeler l'Europe à l'unité et à la paix s'ils ne montrent pas l'exemple, si eux-mêmes n'en prennent pas le chemin. C'est notre premier engagement.

D'autre part, ce rassemblement s'adresse tout particulièrement aux religieux et religieuses d'Europe. Pourquoi ? Ils représentent sur le sol européen 400.000 personnes et vivent de véritables « laboratoires », des exemples même, de vie fraternelle et communautaire. Une conviction m'anime donc : les religieux, qui vivent quelque chose de l'excellence de la vie chrétienne, ont un témoignage à nous donner sur ce "vivre ensemble" qui est devenu le leitmotiv de l'Europe depuis ses débuts : "in varietate concordia" ; "dans la diversité, l'unité". Ce "Vivre ensemble" sera notre thématique générale.

Enfin, notre rassemblement s'adresse aussi aux "politiques" qui veulent dialoguer avec nous sur ces questions importantes. L'Europe attend l'engagement des chrétiens, comme la politique attend leur engagement. Ce dialogue est primordial aujourd'hui.

Si nécessaire, il y aura des traductions simultanées : toutes les interventions seront en français.

Zenit - Quelles personnalités ont déjà répondu à l'appel, d'Europe, mais aussi du Vatican ?

P. Burgun - Beaucoup déjà et je m'en réjouis ! Par exemple, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux ; et le cardinal Franck Rodé, préfet de la congrégation pour les Instituts de Vie consacrée. Nous aurons aussi la joie d'avoir le postulateur officiel de la cause de béatification de Robert Schuman, le père Bernard Ardura, président du comité pontifical pour les Sciences historiques. Mgr Aldo Giordano, observateur permanent du Saint-Siège au Conseil de l'Europe sera là aussi. Nous entendrons un haut représentant orthodoxe, ainsi que Mgr Kenneth Letts, vicaire général pour les Anglicans en France. 

Nous accueillerons des personnalités politiques : Mme Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente de la République de Lettonie, et M. Alojz Peterle, ancien Premier ministre de Slovénie et député européen. Ils interviendront tous deux lors des conférences.

D'autres encore ont répondu à notre appel comme le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la conférence des évêques de France, des évêques allemands, ou des hommes politiques français qui souhaitaient être présents, au côté de l'Eglise, pour cet anniversaire.

Zenit - Au moment où le scepticisme face à la construction de l'Europe semble dominer chez un certain nombre de chrétiens, votre initiative, « Le Neuf en Europe », est peut-être traversée par la même audace que celle de Schuman ?!

P. Burgun - Nous avons voulu célébrer l'Europe ! et cela, déjà, est peut-être audacieux. Je rencontre beaucoup de chrétiens qui me demandent pourquoi célébrer l'Europe, pourquoi fêter l'Europe, au vu de ce qu'elle nous apporte. Mais il faut nous rappeler que l'ambiance politique et anticléricale à l'époque de Schuman n'était pas forcément meilleure qu'aujourd'hui. Cela l'a-t-il empêché de s'engager, de s'investir ? Cela l'a-t-il empêché de rêver à une Europe unie et réconcilier ? Non. Il a relevé les manches et il y est allé. Nous alléguons souvent la non-écoute, le non-accueil de notre parole de la part du politique pour ne pas nous engager. Or, il faut raisonner autrement. Nous voulons redire et témoigner à l'Europe que l'Eglise est à ses côtés, qu'elle l'encourage et qu'elle veut l'aider, tout en étant consciente qu'il y a évidemment des choses à convertir.

Zenit - Dans toutes ses composantes, y compris religieuses, « Le Neuf en Europe » a été reconnu « Projet européen » officiel de la Commission Européenne et fait maintenant partie du programme « L'Europe pour les citoyens » de la Direction Générale « Education, Audiovisuelle et Culture » : que vous inspire une telle reconnaissance ?

P. Burgun - Cette reconnaissance nous témoigne qu'il y a une vraie volonté de partenariat de la part de l'Europe. L'Eglise oeuvre aussi pour l'éducation et la culture, pour l'unité et la paix européenne. Ils sont en attente, à Bruxelles, de ce genre d'initiative "citoyenne" et ils n'ont pas peur de s'engager auprès de projet comme celui-là, à partir du moment où le projet lui-même est suffisamment ouvert et européen. Croire que les financements européens ne vont qu'à des projets laïcs, c'est méconnaître le fonctionnement des institutions. Ils veulent bien être à nos côtés et nous soutenir : à nous de savoir en saisir les occasions !

Zenit - Cette rencontre se tiendra aux confins de la France, de l'Allemagne et du Luxembourg : quels sont les principaux rendez-vous ?

P. Burgun - Nous ouvrirons notre "pèlerinage" à Verdun, le vendredi 7 mai après-midi, haut lieu de réconciliation franco-allemande, en présence des autorités civiles locales, et peut-être même de certaines autorités nationales. Le Nonce apostolique en France, Mgr Luigi Ventura, sera aussi à nos côtés. Il y aura une rétrospective historique de la construction européenne et de la vie de Robert Schuman, puis la conférence "orthodoxe", des vêpres orthodoxes, et enfin, en soirée, un concert de musique sacrée. 

Le samedi matin, nous irons prier à Douaumont, l'ossuaire construit pour la mémoire, avant la célébration eucharistique présidée par le Cardinal Rodé en la Cathédrale de Verdun ; nous passerons ensuite à Scy-Chazelles, à la chapelle funéraire de Robert Schuman et en sa maison, puis à la cathédrale de Metz pour les conférences de l'après-midi, par le Cardinal Tauran et Mme Vike-Freiberga. Le samedi soir, il y a aura notamment un « son et lumière » pour célébrer cet anniversaire.

La célébration solennelle du 9 mai aura lieu toute la journée du dimanche, à la Cathédrale de Metz, pour accueillir le plus grand nombre : conférence le matin de Mgr Letts, puis messe solennelle dont la prédication sera assurée par le Cardinal André Vingt-Trois. L'après-midi, conférence de Mgr Giordano et de M. Peterle. Les vêpres concluront notre rencontre. Il y aura aussi un message important d'espérance délivré solennellement à tous les Européens ce jour-là, mais cela est encore une surprise ... il faut venir !

Zenit - Le processus de réconciliation et de paix semble encore à la peine en Europe: contentieux dans les Balkans, division de Chypre, mais aussi grandes inégalités économiques et sociales, avec délocalisation des industries, et émigration de l'Est vers l'Ouest. Schuman a-t-il quelque chose à dire à cette Europe des 27 ?

P. Burgun - Schuman a posé, il y a 60 ans un acte de réconciliation. Ne croyons pas trop vite que cette thématique appartienne à l'histoire. Il y a des défis de réconciliation qui attendent l'Union Européenne aujourd'hui et demain. Jean-Paul II, dans un discours du 11 octobre 1988 au Parlement européen, avait déjà pointé trois défis lancés à l'UE dont la thématique principale est la réconciliation : 

- réconcilier l'homme avec la création, et je pense ici tout particulièrement aux défis écologiques et énergétiques qui nous attendent déjà ; 

- réconcilier l'homme avec son semblable : quel engagement dans la rencontre de l'autre et de sa culture ? 

- réconcilier l'homme avec lui-même, avec tous les défis de bioéthique notamment. 

Que ferons-nous de ces défis ? Que ferons-nous de la paix ?

Zenit - Que faire pour en savoir plus sur « Le Neuf en Europe », et surtout, pour s'inscrire ?

P. Burgun - Le programme détaillé et complet se trouve sur le site Internet de l'évènement : www.9mai2010.eu .

Un programme spécial s'adresse aux jeunes le samedi 8 mai ; et nous aurons la veillée du samedi soir en commun.

Toutes les propositions sont entièrement gratuites et ouvertes au plus grand nombre. Cependant, si vous voulez bénéficier des bus, des logements à Verdun et à Metz et des repas, vous pouvez vous inscrire : il reste encore de la place !

pour toute demande d'information : info@9mai2010.eu

Propos recueillis par Anita S. Bourdin