« La pauvreté est un défi que l’UE et les Eglises doivent relever ensemble »

Soulignent une vingtaine de représentants religieux à Bruxelles

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ROME, Mardi 20 juillet 2010 (ZENIT.org) - Une vingtaine de dignitaires religieux chrétiens, musulmans et juifs, ainsi que des communautés sikh et hindoue se sont réunis lundi 19 juillet à Bruxelles (Belgique), pour échanger sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale dans le contexte de la gouvernance européenne.

Cette rencontre était la 6ème rencontre annuelle des représentants religieux instituée en 2005 par le président de la commission européenne José Manuel Barroso.

Les dignitaires religieux de quatorze États membres (France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Grèce, Roumanie, Bulgarie, Chypre, Hongrie, Slovaquie, Pologne et Danemark) ont exprimé leur soutien à la stratégie Europe 2020 et à ses objectifs dans le domaine social et de l'éducation, souligne la Commission européenne.

« Ils ont encouragé les institutions européennes à renforcer encore cette dynamique, notamment en vue d'améliorer l'accès au marché du travail, d'offrir des services sociaux mieux ciblés dans les États membres et d'assurer l'égalité des chances en matière d'accès à l'éducation et à la formation ».

Cette 6ème réunion était donc présidée par M. Barroso, sous la coprésidence de M. Jerzy Buzek, président du Parlement européen, et de M. Herman van Rompuy, président du Conseil européen.

Introduite dans le nouveau contexte du traité de Lisbonne, dont l'article 17 prévoit que l'Union maintienne un « dialogue ouvert, transparent et régulier » avec les religions, les Églises et les communautés de conviction », la rencontre de ce jour témoigne de « l'importance que les institutions européennes accordent à ce dialogue », souligne le secrétariat de la Commission des épiscopats de la communauté européenne (COMECE).

Ainsi, rapporte-t-il, Mgr Van Luyn, le président de la COMECE, a mis en garde les dirigeants des institutions de l'Union européenne contre « une forme de lutte contre la pauvreté qui se limiterait à des mesures techniques et administratives », expliquant que cela risquait de ne pas être très productif.

« Cela reviendrait à ne considérer les pauvres que comme des ‘objets d'assistance ' », a-t-il souligné durant la réunion. «  Il est au contraire nécessaire de les aider à devenir les ‘sujets' de cette lutte commune de la société contre la pauvreté et l'exclusion ».

Concernant les efforts de l'UE pour surmonter la crise économique, il a ajouté : « les plus pauvres et les plus faibles de notre société ne doivent pas devenir les nouvelles victimes de cette crise, mais nous ne devons pas non plus imposer unilatéralement le fardeau de la réparation de nos propres erreurs aux générations à venir ».

Cette responsabilité de l'UE devrait aussi se tourner vers les plus pauvres dans les pays en développement, particulièrement en Afrique, ainsi que vers les migrants : « Nous ne pouvons pas nous soustraire à un engagement global pour atteindre les objectifs en matière de réduction de la pauvreté inclus dans les Objectifs du Millénaire pour le développement », a conclu Mgr Luyn.

Le cardinal Erdö, président du Conseil des conférences épiscopales d'Europe (CCEE) a quant à lui rappelé que la pauvreté ne devait pas uniquement être réduite à un cadre matériel mais comprise dans un contexte plus large, ceci posant aux leaders politiques et religieux la question anthropologique de définir les besoins de l'être humain.

Pour surmonter un individualisme croissant, Mgr Zvolensky, archevêque de Bratislava, a appelé pour sa part à « un engagement concret de solidarité et de charité qui commence à l'intérieur de la famille ».

Enfin, Mme Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire du Conseil pontifical justice et paix, était la 4e représentante de la délégation catholique à cette rencontre. Elle a indiqué que l'Eglise encourage, et parfois aide à créer des entreprises qui se situent entre les entreprises à but lucratif et les organisations à but non lucratif.

Celles-ci, a-t-elle dit en citant l'encyclique de Benoît XVI « Caritas in Veritate », constituent « une nouvelle réalité qui touche le privé et le public et qui n'exclut pas le profit mais le considère comme un instrument pour réaliser des objectifs humains et sociaux ».

Enfin, le secrétariat de la COMECE rapporte que les présidents Barroso, Van Rompuy et Buzek ont tous salué la contribution des Eglises dans la lutte contre la pauvreté, notamment de part leur rôle de prestataires de services sociaux dans les États membres de l'UE, annonçant leur intention de renforcer dans les tous prochains mois la mise en application de ce dialogue à un niveau de travail pratique.

Dans le cadre de l'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (2010) et de la plateforme européenne contre la pauvreté, les institutions européennes entretiennent un dialogue avec la société civile, les ONG, les pouvoirs publics et d'autres prestataires de services sociaux, afin de trouver des approches, actions et partenaires nouveaux pour soutenir les efforts déployés partout en Europe pour éradiquer la pauvreté.

La commission européenne souligne dans un communiqué que « les discussions se sont tenues dans un esprit de franchise et d'ouverture ».

Isabelle Cousturié