La pensée du don, au centre de la liturgie de Noël

Audience générale du 9 janvier 2013

Rome, (Zenit.org) Benoît XVI | 1778 clics

« Dieu a fait de son Fils unique un don pour nous, il a assumé notre humanité pour nous donner sa divinité. Voilà le grand don » : Benoît XVI explique le sens du don se soi à la lumière du mystère de Noël, qui célèbre l’incarnation du Fils de Dieu.

Le pape a en effet tenu l’audience du mercredi sur le thème de Noël, accompagné du nouveau préfet de la Maison pontificale et nouvel archevêque, Mgr Georg Gänswein, en présence plus de 2000 personnes, en la salle Paul VI du Vatican.

Pour comprendre ce mystère, le pape rappelle la méthode de lecture catholique des Ecritures : « L’Ancien et le Nouveau Testament doivent toujours être lus ensemble et le sens profond de l’Ancien Testament se dévoile à partir du Nouveau ».

Benoît XVI a invité les catholiques à retrouver « l’étonnement » face au mystère de l’incarnation, soulignant le réalisme de son amour.

L’Osservatore Romano en italien du 10 janvier titre en effet à la une : « Le mystère d’un Dieu qui a des mains et un cœur d’homme ».

Catéchèse de Benoît XVI :

Chers frères et sœurs,

En ce temps de Noël, arrêtons-nous encore une fois sur le grand mystère de Dieu qui est descendu de son ciel pour entrer dans notre chair. En Jésus, Dieu s’est incarné, il est devenu homme comme nous et nous a ainsi ouvert la voie vers son ciel, vers la pleine communion avec lui.

En ces jours, le terme d’ « Incarnation » de Dieu a résonné plusieurs fois dans nos églises, pour exprimer la réalité que nous célébrons dans la fête de Noël : le Fils de Dieu s’est fait homme, comme nous le récitons dans le Credo. Mais que signifie ce mot central pour la foi chrétienne ? Incarnation dérive du latin « incarnatio ». Saint Ignace d’Antioche (à la fin du premier siècle) et, surtout, saint Irénée ont utilisé ce terme en réfléchissant sur le Prologue de l’évangile de saint Jean, en particulier sur l’expression : « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). Ici, le mot « chair », selon l’usage juif, indique l’homme dans son intégralité, tout l’homme mais précisément sous l’aspect de sa caducité et de sa temporalité, de sa pauvreté et de sa contingence. Ceci pour nous dire que le salut apporté par Dieu fait chair en Jésus de Nazareth touche l’homme dans sa réalité concrète et dans n’importe quelle situation où il se trouve. Dieu a assumé la condition humaine pour la guérir de tout ce qui la sépare de lui, pour nous permettre de l’appeler, en son fils unique, du nom de « Abba, Père » et d’être vraiment enfants de Dieu. Saint Irénée affirme : «  Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (Adversus haereses, 3, 19, 1 : PG 7,939 ; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 460).

« Le Verbe s’est fait chair » est une de ces vérités auxquelles nous sommes tellement habitués que la grandeur de l’événement qu’elle exprime ne nous touche presque plus. Et effectivement, en cette période de Noël, où cette expression revient souvent dans la liturgie, on est parfois plus attentif aux aspects extérieurs, aux « couleurs » de la fête, qu’au cœur de la grande nouveauté chrétienne que nous célébrons : quelque chose d’absolument impensable, que Dieu seul pouvait réaliser et dans quoi nous ne pouvons entrer que par la foi. Le Logos, qui est avec Dieu, le Logos qui est Dieu (cf. Jn 1, 1), le Créateur du monde, par lequel tout fut créé (cf. 1, 3), qui a accompagné, et qui accompagne, les hommes dans l’histoire par sa lumière (cf. 1, 4-5 ; 1, 19), devient un parmi les autres et établit sa demeure au milieu de nous ; il devient l’un de nous (cf. 1, 14). Le concile œcuménique Vatican II affirme : « Le Fils de Dieu… a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Const. Gaudium et spes, 22). Il est important alors de retrouver l’étonnement devant le mystère, de nous laisser envelopper par la grandeur de cet événement. Dieu, le vrai Dieu, Créateur de toutes choses, a parcouru nos routes comme homme, en entrant dans le temps de l’homme, pour nous communiquer sa vie (cf. Jn 1, 1-4). Et il l’a fait non avec la splendeur d’un souverain qui assujettit le monde à son pouvoir, mais avec l’humilité d’un petit enfant.

Je voudrais souligner un second élément. A Noël, d’habitude, on échange des cadeaux avec les personnes qui nous sont le plus proches. Parfois, cela peut être un geste fait par convention, mais généralement ce geste exprime l’affection, c’est un signe d’amour et d’estime. Dans la prière sur les offrandes de la Messe de l’Aurore de la solennité de Noël, l’Eglise prie ainsi : « Accepte, ô Père, notre offrande en cette nuit de lumière et, par ce mystérieux échange de dons, transforme-nous par ton Fils, le Christ, qui a élevé l’homme à tes côtés dans la gloire ». La pensée du don est au centre de la liturgie et rappelle à notre conscience le don originel de Noël : dans cette nuit sainte, Dieu, en se faisant chair, a voulu se faire don pour les hommes, il s’est donné pour nous ; Dieu a fait de son Fils unique un don pour nous, il a assumé notre humanité pour nous donner sa divinité. Voilà le grand don.

Lorsque nous donnons nous aussi, le coût plus ou moins élevé d’un cadeau n’est pas important ; celui qui ne parvient pas à donner un peu de lui-même donne toujours trop peu ; et parfois même, on cherche justement à remplacer le cœur et l’engagement du don de soi par de l’argent, par des choses matérielles. Le mystère de l’Incarnation indique que Dieu n’a pas agi ainsi : il n’a pas donné quelque chose, mais il s’est donné lui-même dans son Fils unique. Nous avons là le modèle du don de nous-mêmes, pour que nos relations, surtout les plus importantes, soient guidées par la gratuité et par l’amour.

Je voudrais offrir une troisième réflexion : le fait de l’Incarnation de Dieu, qui se fait homme comme nous, nous montre le réalisme inouï de l’amour divin. L’action de Dieu, en effet, ne se limite pas aux paroles ; au contraire, nous pourrions dire qu’il ne se contente pas de parler mais qu’il s’immerge dans notre histoire et assume en lui la fatigue et le poids de la vie humaine. Le Fils de Dieu s’est vraiment fait homme, il est né de la Vierge Marie, dans un temps et un lieu déterminés, à Bethléem, pendant le règne de l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur (cf. Lc 2, 1-2) ; il a grandi dans une famille, il a eu des amis, il a formé un groupe de disciples, il a instruit les apôtres pour qu’ils continuent sa mission, il a terminé le cours de sa vie terrestre sur la croix. Cette manière d’agir de Dieu est un stimulant fort qui nous pousse à nous interroger sur le réalisme de notre foi, qui ne doit pas se limiter à la sphère des sentiments et des émotions, mais qui doit entrer dans le concret de notre existence, c’est-à-dire toucher notre vie de chaque jour et l’orienter aussi de façon pratique. Dieu ne s’est pas arrêté aux paroles, mais il nous a indiqué comment vivre en partageant notre expérience, excepté le péché. Le catéchisme de saint Pie X, que certains d’entre nous ont étudié dans leur enfance, va à l’essentiel lorsque, à la question : « Pour vivre selon Dieu, que devons-nous faire ? », il donne cette réponse : « Pour vivre selon Dieu, nous devons croire aux vérités qu’il a révélées et observer ses commandements avec l’aide de sa grâce, que l’on obtient par les sacrements et l’oraison ». La foi a un aspect fondamental qui intéresse non seulement l’esprit et le cœur, mais toute notre vie.

Je propose un dernier élément à votre réflexion. Saint Jean affirme que le Verbe, le Logos, était avec Dieu dès le début, et que tout a été créé par le Verbe et que rien de ce qui existe n’a été fait sans lui (cf. Jn 1, 1-3). L’évangéliste fait clairement allusion au récit de la création qui se trouve dans les premiers chapitres du livre de la Genèse, et il le relit à la lumière du Christ. Ceci est un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible : l’Ancien et le Nouveau Testament doivent toujours être lus ensemble et le sens profond de l’Ancien Testament se dévoile à partir du Nouveau. Ce même Verbe, qui existe depuis toujours auprès de Dieu, qui est Dieu lui-même, et par qui et pour qui tout a été créé (cf. Col 1, 16-17), s’est fait homme : le Dieu éternel et infini s’est immergé dans la finitude humaine, dans sa créature, pour ramener à lui l’homme et la création entière. Le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme : « La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première » (n° 349).

Les Pères de l’Eglise ont rapproché Jésus d’Adam, au point de le définir comme « le second Adam » ou l’Adam définitif, l’image parfaite de Dieu. Avec l’incarnation du Fils de Dieu, une nouvelle création advient, qui donne la réponse complète à la question : « Qui est l’homme ? ». C’est seulement en Jésus que se manifeste dans sa perfection le projet de Dieu sur l’être humain : Il est l’homme définitif selon Dieu. Le concile Vatican II le redit avec force : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Const. Gaudium et spes, 22 ; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 359). Dans ce petit enfant, le Fils de Dieu contemplé à Noël, nous pouvons reconnaître le vrai visage non seulement de Dieu mais le vrai visage de l’être humain ; et c’est seulement en nous ouvrant à l’action de sa grâce et en cherchant à le suivre chaque jour, que nous réalisons le projet de Dieu sur nous, sur chacun de nous.

Chers amis, en cette période, méditons la grande et merveilleuse richesse du mystère de l’Incarnation, pour laisser le Seigneur nous éclairer et nous transformer de plus en plus à l’image de son Fils fait homme pour nous.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, Hélène Ginabat