La politique comme vocation du chrétien

50e anniversaire de l'encyclique Pacem in terris

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 906 clics

« L’engagement politique est une expression qualifiée et exigeante de l’engagement chrétien au service des autres, il est engagement pour le bien commun », souligne le cardinal Turkson.

Le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, Mgr Mario Toso, S.D.B., Secrétaire du dicastère et M. Vittorio Alberti, official, ont présenté les célébrations du 50e anniversaire de la publication de l’encyclique du bienheureux Jean XXIII, Pacem in terris (2-4 octobre 2013), ce matin, 26 septembre 2013, au Vatican.

Ces journées seront l'occasion du lancement d'un livre intitulé "Le concept de paix", publié par la Librairie éditrice du Vatican.

Selon le cardinal Turkson, ces trois journées seront à la fois « une commémoration » de Pacem in terris, et l'occasion d'une réflexion sur son actualité. Quelques 250 personnes du monde entier sont attendues et seront reçues par le pape François.

La politique comme vocation du chrétien

Le 2 octobre, quelque 60 professeurs d’universités pontificales et catholiques des cinq continents, réfléchiront sur « la formation de nouvelles générations de catholiques engagés en politique », en particulier sur le rôle des Universités pontificales à ce sujet.

Le résultat des échanges sera repris dans un document qui traitera de la politique comme vocation pour les catholiques : « l’engagement politique, a expliqué le cardinal ghanéen, est une expression qualifiée et exigeante de l’engagement chrétien au service des autres, il est engagement pour le bien commun ».

Ces journées aborderont aussi la question de la participation des institutions politiques et des politiques globales au bien commun, à commencer par la réforme de l’Organisation des Nations-Unies, avec les interventions du Prof. Joseph Deiss, qui a été président de la session 2010 de l’Assemblée générale, et de Mme Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO.

Les questions du travail, du chômage et de la protection des droits de l’homme, seront également au cœur des débats, avec l’intervention d’académiciens de niveau international.

Des experts expliqueront la collaboration internationale à l’intérieur des grandes institutions politiques régionales : le Conseil de l’Europe, l’Union Africaine, la Ligue des Etats Arabes, etc.

Le dernier jour, 4 octobre, les participants se pencheront sur « les nouvelles frontières de la paix » par rapport au temps de l’encyclique, marqué par la Guerre froide : aujourd’hui, a fait observer le cardinal Turkson, les défis semblent être entre autres « la liberté religieuse et la question de la persécution des chrétiens, la crise économique, morale, l’utilisation des sciences ».

Enfin, l’aspect éducatif sera étudié, une des missions de l’Eglise étant « la formation des consciences », a rappelé le cardinal. Des religieux et laïcs de diverses parties du monde témoigneront de bonnes pratiques mises en oeuvres sur le terrain.

L’actualité de Pacem in terris

Mgr Toso a pour sa part détaillé l’actualité de Pacem in terris, « matrice » d’une « vision optimiste de l’homme, vision prophétique sur la paix entre toutes les personnes dans la vérité, dans la justice, dans l’amour, dans la liberté ».

L’encyclique a offert « une structure de pensée et de planification politique » qui a aidé les croyants à « s’engager dans les questions sociales », avec une « capacité de propositions universelles », fondées sur « la centralité et le développement intégral de la personne », dotée « d’intelligence et de volonté libre », et donc « sujet de droit et de devoirs universels, inviolables, inaliénables et indivisibles », a-t-il estimé.

Pour Mgr Toso, Pacem in terris est toujours actuelle parce qu’elle « aide à défendre efficacement l’Etat de droit », parce qu’elle « soutient les droits de l’homme dans leur unité et indivisibilité », parce qu’elle enseigne à « réaliser la paix surtout au moyen de l’éducation », parce qu’elle « met en lumière la nécessité d’une réforme des Nations Unies » pour mieux protéger les droits de l’homme et parce qu’elle « donne la vision d’un bien commun mondial », pour l’unique famille humaine.

Pacem in terris également d'actualité parce qu’elle a « cultivé la saine utopie d’une grande famille de peuple unifiée par une communion incessante, en termes de liberté, vérité, justice et amour fraternel », et parce qu’elle « fait comprendre comment la démocratie ne peut se réaliser pleinement sans la justice sociale »

L’encyclique, a-t-il poursuivi, « peut aider à vaincre les nouveaux colonialismes » qui passent par « l’asservissement financier et spéculatif, les délocalisations nuisibles, l’exploitation de terre ou de ressources de la part de pays étrangers, en polluant l’environnement des populations locales ».

Le concept de paix

M. Vittorio Alberti a présenté « Le concept de paix », un volume de plus de 600 pages, préparé par le dicastère sous le pontificat de Benoît XVI.

"La paix est un nouveau nom de la laïcité car pour atteindre la paix il faut avant tout fixer le primat de l’homme et de la dignité libre de sa conscience", a-t-il notamment souligné.

L’ouvrage regroupe 29 interventions en italien, anglais, français, espagnol et allemand, qui s’articulent selon divers registres thématiques : la réception de Pacem in terris, la théologie, l’anthropologie, la politique, l’éducation à la paix, l’environnement.

En introduction, le cardinal Turkson fait observer notamment que Jean XIII s’est placé « en-dehors de l’histoire » en écrivant Pacem in terris : « hors de la description des faits historiques spécifiques, pour se fonder sur une dimension anthropologique qui marque l’idée de guerre et de paix dans l’homme, dans la nature de l’homme, non pas un homme spécifique ou dans un contexte déterminé, mais dans l’homme en soi ».

Parmi les rédacteurs : le cardinal Etchegaray, président émérite de Justice et Paix, Mgr Mario Toso, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa (Honduras), le cardinal Reinhard Marx (Allemagne), Enzo Bianchi (Italie), Stefano Zamagni (Italie), Martin Rhonheimer (Suisse), Johan Verstraeten (Belgique), Jean-Dominique Durand (France), Romano Penna (Italie), Joseph Joblin s.j. (France), et Mme Flaminia Giovanelli (Italie), sous-secrétaire du dicastère ("numéro 3").