La prière dans l'Apocalypse, catéchèse de Benoît XVI, 5 septembre 2012

Réveiller le sens de la présence du Christ

| 1730 clics

ROME, mercredi 5 septembre 2012 (ZENIT.org) –  « La prière constante réveille en nous le sens de la présence du Seigneur dans notre vie et dans l’histoire », car elle est « avant tout, écoute de Dieu qui nous parle », explique Benoît XVI.

Le pape a en effet poursuivi sa catéchèse hebdomadaire sur la prière, en commentant la première partie du livre de l’Apocalypse, un livre « difficile » mais d’une « grande richesse », a-t-il expliqué.

Après la pause de l’été, c’est au Vatican que se déroulent à nouveau les audiences du mercredi. Benoît XVI est venu spécialement de Castelgandolfo en hélicoptère, ce mercredi 5 septembre 2012, pour rencontrer les quelque 8000 visiteurs qui l’attendaient dans la salle Paul VI.

Catéchèse de Benoît XVI sur la prière dans l’Apocalypse :

Chers frères et sœurs,

Après l’interruption des vacances, nous reprenons aujourd’hui les audiences au Vatican, en poursuivant cette « école de prière » que nous vivons ensemble dans les catéchèses du mercredi.

Je voudrais parler, aujourd’hui, de la prière dans le Livre de l’Apocalypse qui, comme vous le savez, est le dernier livre du Nouveau Testament. C’est un livre difficile, mais il contient une grande richesse. Il nous met en contact avec la prière vivante et palpitante de l’assemblée chrétienne, rassemblée « le jour du Seigneur » (Ap 1, 10) : c’est là, en effet, la toile de fond sur laquelle se développe le texte.

Un lecteur présente à l’assemblée un message confié par le Seigneur à l’évangéliste Jean. Le lecteur et l’assemblée constituent, pour ainsi dire, les deux protagonistes du développement de ce livre. Dès le début, il leur est adressé un souhait joyeux : « Heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques » (1, 3). De ce dialogue constant entre eux jaillit une symphonie de prière qui se développe sous une grande variété de formes jusqu’à la conclusion. Si nous écoutons le lecteur qui présente le message, si nous écoutons et observons les réactions de l’assemblée, leur prière tend à devenir la nôtre.

La première partie de l’Apocalypse (1, 4-3, 22) présente, dans l’attitude de l’assemblée en train de prier, trois phases successives. La première (1, 4-8) est constituée d’un dialogue qui, cas unique dans le Nouveau Testament, se déroule entre l’assemblée à peine réunie et le lecteur, qui adresse à celle-ci des vœux de bénédiction : « Grâce et paix vous soient données » (1, 4). Le lecteur poursuit en soulignant la provenance de ces vœux : ils viennent de la Trinité, du Père, de l’Esprit-Saint et de Jésus Christ, engagés ensemble à faire avancer le projet créateur et salvifique pour l’humanité.

L’assemblée écoute et, quand elle entend le nom de Jésus-Christ, elle a comme un sursaut de joie et elle répond avec enthousiasme, en élevant vers le ciel cette prière de louange : « Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang,il a fait de nous une royauté de prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (1, 5b-6). L’assemblée, enveloppée de l’amour de Dieu, se sent libérée des liens du péché et se proclame « royaume » de Jésus-Christ, lui appartenant totalement. Elle reconnaît la grande mission qui lui a été confiée par le baptême d’apporter au monde la présence de Dieu. Elle conclut ainsi sa  célébration de louange en regardant de nouveau directement vers Jésus et, avec un enthousiasme croissant, elle reconnaît sa « gloire et sa puissance » pour sauver l’humanité. L’« amen » final conclut l’hymne de louange adressé au Christ. Ces quatre premiers versets contiennent déjà une grande richesse d’indications pour nous ; ils nous disent que notre prière doit être avant tout écoute de Dieu qui nous parle.

Submergés par beaucoup de paroles, nous sommes peu habitués à écouter, et surtout à nous mettre dans une attitude de silence intérieur et extérieur pour être attentifs à ce que Dieu veut nous dire. Ces versets nous enseignent, en outre, que notre prière, souvent faite uniquement de demandes, doit au contraire, être faite avant tout de louange rendue à Dieu pour son amour, pour le don de Jésus-Christ qui nous a apporté force, espérance et salut.

Une autre intervention du lecteur rappelle ensuite à l’assemblée, saisie par l’amour du Christ, son engagement à accueillir sa présence dans sa vie. Il dit en effet : « Voici, il vient sur les nuées ; chacun le verra, même ceux qui l'ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre » (1, 7a). Après être monté au ciel dans une « nuée », symbole de la transcendance (cf. Ac 1, 9), Jésus-Christ reviendra de la même manière qu’il est monté au ciel (cf. Ac 1, 11b). Alors, tous les peuples le reconnaîtront, et, comme y exhorte saint Jean dans le quatrième évangile, « ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » (19, 37). Ils penseront à leurs péchés, cause de sa crucifixion et, comme ceux qui y avaient assisté directement sur le Calvaire, ils se frapperont la poitrine (cf. Lc 23, 48) en lui demandant pardon, pour le suivre dans leur vie et se préparer ainsi à la pleine communion avec lui, lors de son retour final.

L’assemblée réfléchit à ce message et dit : « Oui, Amen ! » (Ap 1, 7b). Par son « oui » elle exprime qu’elle accueille pleinement ce qui lui a été transmis et elle demande que cela puisse devenir réalité. C’est la prière de l’assemblée qui médite sur l’amour de Dieu manifesté de manière suprême sur la  Croix et qui demande de vivre en cohérence en disciples du Christ. Et il y a la réponse de Dieu : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, "Il est, il était et il vient", le Maître-de-tout » (1, 8).

Dieu, qui se révèle comme le commencement et la fin de l’histoire, accueille et prend à cœur la demande de l’assemblée. Il a été, il est et il sera présent et actif par son amour dans les histoires humaines, dans le présent, dans l’avenir comme dans le passé, jusqu’au terme final. C’est la promesse de Dieu. Et nous trouvons ici un autre élément important : la prière constante réveille en nous le sens de la présence du Seigneur dans notre vie et dans l’histoire ; c’est une présence qui nous soutient, nous guide et nous donne une grande espérance même au cœur des ténèbres de certaines histoires humaines ; en outre, toute prière, même dans la solitude la plus radicale, n’est jamais ni un isolement ni stérile, mais c’est la sève vitale qui alimente une existence chrétienne de plus en plus engagée et cohérente.

La seconde étape de la prière de l’assemblée (1, 9-22) approfondit encore la relation avec Jésus-Christ : le Seigneur se montre, il parle et agit, et la communauté, toujours plus proche de lui, écoute, réagit et accueille. Dans le message présenté par le lecteur, saint Jean raconte une expérience personnelle dans laquelle il a rencontré le Christ : il se trouve sur l’île de Patmos à cause de la « parole de Dieu et du témoignage de Jésus » (1, 9) et c’est le « jour du Seigneur » (1, 10a), le dimanche, jour où l’on célèbre la résurrection. Et saint Jean tombe en extase (cf. 1, 10a). L’Esprit Saint l’envahit et le renouvelle, dilatant sa capacité à accueillir Jésus qui l’invite à écrire. La prière de l’assemblée qui écoute assume peu à peu un comportement contemplatif, rythmé par les verbes « voir » et « regarder », c’est-à-dire qu’elle contemple ce que le lecteur lui propose, pour l’intérioriser et se l’approprier.

Jean entend « une voix clamer, comme une trompette » (1, 10b) : la voix lui impose d’envoyer un message « aux sept Eglises » (1, 11) qui se trouvent en Asie mineure et, par elles, à toutes les Eglises de tous les temps, en union avec leurs pasteurs. L’expression « une voix… comme une trompette », prise dans le livre de l’Exode (cf. 20, 18), rappelle la manifestation de Dieu à Moïse sur le mont Sinaï et indique la voix de Dieu qui parle du haut du Ciel, de toute sa transcendance. Ici, elle est attribuée à Jésus-Christ ressuscité qui, de la gloire du Père, parle à l’assemblée en prière avec la voix de Dieu. S’étant retourné « pour regarder la voix » (1, 12), Jean aperçoit « sept candélabres d'or,et, au milieu des candélabres, comme un Fils d'homme » (1, 12-13), terme particulièrement familier chez Jean, qui indique Jésus lui-même.

Les candélabres d’or, avec leurs bougies allumées, indiquent l’Eglise de tous les temps dans une attitude de prière pendant la liturgie : Jésus ressuscité, le « Fils d’homme », se trouve au milieu d’elle et, revêtu des vêtements du grand prêtre de l’Ancien Testament, il remplit la fonction sacerdotale de médiateur auprès du Père. Dans le message symbolique de Jean, suit une manifestation lumineuse du Christ ressuscité, avec les caractéristiques propres à Dieu, que l’on trouve dans l’Ancien Testament. On parle des « cheveux blancs […] comme de la laine blanche, comme de la neige » (1, 14), symbole de l’éternité de Dieu (cf. Dt 7, 9) et de la résurrection. Un second symbole est celui du feu qui, dans l’Ancien Testament, fait souvent référence à Dieu pour indiquer deux propriétés. La première est l’intensité jalouse de son amour, qui anime son alliance avec l’homme (cf. Dt 4, 24). Et c’est cette même intensité brûlante de l’amour qu’on lit dans le regard de Jésus ressuscité : « ses yeux comme une flamme ardente » (Ap 1, 14a). La seconde est sa capacité irrésistible de vaincre le mal comme « un feu dévorant » (Dt 9, 3). Ainsi, même « les pieds » de Jésus, en marche pour affronter et détruire le mal, ont l’incandescence de « l'airain précieux » (Ap 1, 15). Ensuite, la voix de Jésus-Christ, « comme la voix des grandes eaux » (1, 15c), a le fracas impressionnant « de la gloire du Dieu d’Israël » qui avance vers Jérusalem, dont parle le prophète Ezéchiel (cf. Ez 43, 2). Suivent trois autres éléments symboliques qui montrent ce que fait Jésus ressuscité pour son Eglise : il la tient fermement de la main droite ; c’est une image très importante : Jésus tient l’Eglise par la main, il lui parle avec la force pénétrante d’une épée acérée et lui montre la splendeur de sa divinité : « son visage, c'est comme le soleil qui brille dans tout son éclat » (Ap 1, 16). Jean est tellement pris par cette incroyable expérience du Ressuscité qu’il se sent mal et tombe comme s’il était mort.

Après l’expérience de cette révélation, l’apôtre a voit le Seigneur Jésus qui parle avec lui, le rassure, lui pose la main sur la tête, lui révèle son identité de Crucifié ressuscité et lui confie la charge de transmettre un message aux Eglises (Ap. 1, 17-18). C’est très beau, ce Dieu devant lequel il s’évanouit et tombe comme mort. C’est l’ami de sa vie, qui lui met la main sur la tête.

Et ce sera la même chose pour nous : nous sommes les amis de Jésus. Et la révélation du Dieu ressuscité, du Christ ressuscité, ne sera pas terrifiante, mais ce sera la rencontre avec l’ami. L’assemblée vit aussi avec Jean ce moment particulier de lumière face au Seigneur, mais en lien avec l’expérience d’une rencontre quotidienne avec Jésus, pressentant la richesse de ce contact avec le Seigneur qui remplit tout l’espace de son existence.

Dans la troisième et dernière phase de la première partie de l’Apocalypse (1 P 2-3), le lecteur propose à l’assemblée un message en sept parties, dans lequel Jésus parle à la première personne. Adressé à sept Eglises situées en Asie mineure autour d’Ephèse, le discours de Jésus part de la situation particulière de chacune d’elles, pour ensuite s’étendre aux Eglises de tous les temps. Jésus entre immédiatement dans le vif de la situation de chacune d’elles, mettant en avant leurs ombres et leurs lumières et leur adressant une invitation pressante : « Convertis-toi » (2, 5.16 ; 3, 19c) ; « tiens ferme ce que tu as » (3, 11) ; « reprends ta conduite première » (2, 5) ; « un peu d'ardeur, et repens-toi ! » (3, 19b)… Cette parole de Jésus, si on l’écoute avec foi, devient immédiatement efficace : l’Eglise en prière est transformée en accueillant la Parole du Seigneur. Toutes les Eglises doivent se mettre dans une attitude d’écoute attentive du Seigneur, en s’ouvrant à l’Esprit comme Jésus le demande avec insistance, en répétant ce commandement sept fois : « Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises » (2, 7.11.17.29 ; 3, 6.13.22). En écoutant le message, l’assemblée est stimulée à la repentance, à la conversion, à la persévérance, à grandir dans l’amour ; elle trouve une orientation pour sa route.

Chers amis, l’Apocalypse nous montre une communauté rassemblée en prière, parce que c’est précisément dans la prière que nous percevons toujours plus la présence de Jésus avec nous et en nous. Plus nous prions et mieux nous prions, avec constance et intensité, plus nous nous assimilons à lui et plus il entre vraiment dans notre vie pour la guider, nous donnant la joie et la paix. Et plus nous connaissons, plus nous aimons et plus nous suivons Jésus, plus nous ressentons le besoin de nous arrêter pour le retrouver dans la prière, recevant sérénité, espérance et force pour notre vie. Merci pour votre attention. 

Salutations en français :

Je salue les francophones présents, particulièrement les séminaristes de Luxembourg, accompagnés de l’Archevêque, Mgr Hollerich, et ceux des Missions étrangères de Paris. Puissiez-vous trouver chaque jour un temps de silence pour pouvoir entendre ce que Dieu veut vous dire ! Que Jésus soit lui-même votre guide sur le chemin de la prière ! Bon pèlerinage à tous !

 © Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT, par Hélène Ginabat