La progression des catholiques africains, par le P. Chabanon

Entretien avec Mark Riedemann

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ROME, lundi 12 décembre 2011 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI a fait son deuxième voyage en Afrique au Bénin du 18 au 20 novembre 2011. Mark Riedemann de « Là où Dieu pleure » en coopération avec l’A.E.D. (Aide à l’Eglise en Détresse, www.aed-france.org) a interviewé le P. Gérard Chabanon, supérieur général des Missionnaires d'Afrique (M.Afr., Père Blanc).

Le nombre de catholiques Africains est en constante progression : ils étaient 2 millions en 1900, ils sont désormais 140 millions depuis l’an 2000.

Mark Riedemann - Quelles sont les communautés religieuses qui existent en Afrique et quelles sont celles qui prédominent ?

P. Gérard Chabanon - Les chrétiens représentent la plus grande communauté religieuse dans la plupart des pays d’Afrique, si vous mettez à part la partie Nord de l’Afrique qui est 100 % musulmane. L’Islam est la communauté qui arrive juste après. Ensuite, il y a la religion traditionnelle Africaine à laquelle nous n’avons pas assez prêté attention. En effet, cette religion a beaucoup d’adeptes et est de plus en plus influente dans la vie quotidienne des Africains qu’ils soient chrétiens, musulmans ou sans religion.

Le nombre de catholiques africains a augmenté de 6-7 %, à quoi attribuez-vous cette hausse ?

Il y a différentes raisons. L’éducation est sans doute la plus évidente. Les premiers missionnaires ont très rapidement créé des écoles dans lesquelles était enseignée la foi catholique. Par ailleurs, ils ont aussi joué un rôle social, dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du développement de l’agriculture et beaucoup d’autres projets. Cela a, bien entendu, aidé les Africains. Ils ont vu que ce n’était pas juste une conquête coloniale. On a souvent dit sur les missionnaires : « Ils viennent, ils donnent la bible et ils retournent dans leur pays ». Or, dans la plupart des pays d’Afrique, les autochtones ont bien compris la bienveillance et l’aide apportée par les missionnaires.

D’ici à 2050, trois pays d’Afrique vont faire partie des dix plus grands pays catholiques du monde, le Congo, l’Ouganda et le Niger. L’Eglise catholique a-t-elle fait attention à cette montée du catholicisme en Afrique ?

L’Afrique est très appréciée par le pape Benoît XVI. Il aime y séjourner, visiter, parler et rester avec les Africains. Il est très aimé pour cela et je pense que cela a permis aux Africains de comprendre qu’ils font vraiment partie de l’Eglise catholique et qu’ils y tiennent une grande place.

Et le reste de l’Eglise prête-t-elle attention à l’Afrique ?

Il y a quelques problèmes quand les Africains s’installent en Europe. Des confrontations, des malentendus et des différents politiques avec les émigrés Africains donnent une mauvaise image de l’avenir. Le second problème est médiatique. La majorité des médias parlent de l’Afrique négativement : sida, violence raciste, conflit religieux, pauvreté, etc. Nous avons désormais la responsabilité en tant que missionnaires aujourd’hui de donner une belle image de l’Afrique. C’est ce qui arrive ici et la solidarité existe. Le souhait des Africains n’est pas de vivre dans la violence.

L’islam est un défi pour l’Eglise catholique. Un Africain sur trois se considère comme musulman. Comment l’Eglise catholique répond-t-elle à cette question de l’Islam ?

C’est un grand défi. L’islam ne grandit certainement pas aussi vite que ne le disent les médias, mais il grandit ! Il est soutenue par les pays riches du Moyen-Orient comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes qui l’aident dans sa croissance et soutiennent financièrement ses projets religieux. Le point de vue des missionnaires, notamment des missionnaires nés en Algérie, pays musulman, est que le dialogue est la clé pour aider les chrétiens et les musulmans à vivre ensemble paisiblement. J’ai vu par exemple à Dar Es Salaam, en Tanzanie, trois ou quatre familles dont une ou deux était musulmane et l’autre chrétienne, vivre ensemble dans la même maison. Ils partageaient la même cuisine, la même salle de bain. C’est quelque chose qui doit se développer : la cohabitation pacifique.

Comment votre travail missionnaire a-t-il évolué ces dernières années ?

Si l’on analyse notre travail depuis le début, le contexte a changé de façon dramatique. Je dirai qu’à partir de 1868 jusqu’à la fin du 19e siècle à nos jours, nous avons vécu une transition entre le temps des colonies et le temps de l’indépendance de l’Afrique sur une période très courte. Ces changements sont dramatiques surtout chez les jeunes Africains. Pour nous, missionnaires, nous avons également à nous adapter à ce changement radical. L’indépendance leur a offert de nombreuses possibilités mais en même temps, des effets très négatifs sont apparus liés au transfert de notre culture dans leur histoire sans explication, ni discernement. Notre culture occidentale est simplement imposée par les médias.

Comment votre communauté des Pères Blancs s’est-elle développée en Afrique ?

80 à 85 % de nos postulants sont Africains. Nous avons maintenant plus ou moins, 200 frères Africains. La plupart de nos écoles de formation sont en Afrique. Il me semble que c’est un développement très important pour notre propre communauté qui était essentiellement européenne et canadienne et qui devient désormais Africaine. Nous constatons que petit à petit, les jeunes Africains prennent de plus en plus de responsabilités et deviennent des leaders dans notre communauté. C’est grâce à notre formation car c’est un des plus grand défi pour notre Eglise aujourd’hui : proposer des formations solides à nos prêtres. Vous avez dit que les séminaires sont complets mais j’entend beaucoup d’évêques qui espèrent des personnes formées pour accompagner spirituellement ces jeunes séminaristes. De notre côté, nous voulons garder de petits séminaires car nous pensons qu’il est important de connaître nos séminaristes pour les aider à discerner sur leur vocation. Par ailleurs, nous souhaitons leur donner la meilleure formation afin que, de retour en Afrique où ils seront nommés, ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.

Traduction de Séverine Jahan