La réforme du pape François: explications du cardinal Maradiaga

Elle commence par le synode

Rome, (Zenit.org) | 1365 clics

Dans une interview au quotidien italien « L’Unità », le cardinal hondurien, salésien, coordinateur du Conseil des cardinaux récemment institué, annonce les « gentilles » révolutions que vivra l’Église sous le pontificat du pape François.

« Le pape changera l’Église comme cela »: le titre de la longue interview que le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, qui est aussi président de Caritas internationalis, a accordée ces jours derniers au quotidien italien « L’Unità », ne laisse aucun doute : avec le pape François, l’orgnisation de l'Église vivra une révolution en profondeur mais en douceur.

Le pape François a choisi le cardinal hondurien, dont la passion pour le saxophone est bien connue, pour coordonner le Conseil des cardinaux, le nouvel organisme composé de 8 cardinaux des cinq continents, avec pour tâche de conseiller le pape dans son gouvernement, en vue de la réforme de la Curie romaine. Le « G8 » a aussi accompagné celui-ci, lors de sa visite à Assise, vendredi dernier, après trois jours de travail au Vatican. Ils ont notamment examiné quelque 80 documents fournis apr la curie et les épiscopats du monde en vue de cette réforme. Le secrétaire du Conseil, Mgr Semeraro ,en a présenté une synthèse.

Le cardinal Maradiaga a rappelé que « la priorité indiquée par le Saint-Père était la réforme du Synode des évêques, l’organisme ecclésiastique qui l’aide dans ses décisions. Le pape François, a dit le cardinal, « veut que tous ceux qui sont appelés à en faire partie, continuent d’apporter leur contribution, même quand ils sont dans leur pays, en travaillant de manière interactive et en utilisant Internet ».

Un aspect « intéressant », selon le chef du G8, parce que « la synodalité, la relation de collaboration des évêques avec le pape, indiquée par le concile Vatican II, n’a pas été très développée ». Bergoglio « veut que l’on continue dans cette direction », mais, précise le cardinal Maradiaga, « dès la semaine prochaine, le secrétariat du Synode se réunira, présidé par son nouveau responsable, Mgr Baldisseri, pour organiser le prochain Synode ».

Les autres problèmes que l’équipe des cardinaux devra affronter sont ensuite la réforme de la Secrétairerie d’État et la restructuration de la Curie romaine et de ses dicastères. Au cours des réunions, on a aussi évalué la possibilité d’introduire la figure d’un « modérateur de la Curie », une idée déjà émise lors des réunions qui ont précédé le Conclave et pensée pour faciliter le travail du secrétaire d’État. « Nous ne savons pas encore quelles seront ses compétences. Nous n’en avons pas encore discuté. Il y a des propositions », a expliqué le cardinal, ajoutant que ses « collègues » de la commission « ont fait des sondages sur leurs continents et ont recueilli un matériel très précieux et intéressant » à ce sujet. En particulier le cardinal Bertello, préfet du Gouvernorat du Saint-Siège, « a réalisé un très beau travail en recueillant les suggestions faites par la Curie romaine elle-même ».

Le Conseil des cardinaux est donc occupé maintenant à traiter tout ce matériel. Ce ne sont pas des « retouches » de la Curie qui seront proposées, mais une véritable réforme ». Il faudra du temps. Ne vous attendez pas à ce que ce soit fait l’année prochaine », avertit Maradiaga. Les cardinaux, en effet, veulent « que le projet soit discuté avec ceux qui vivent ces situations, qui ont de l’expérience, pour qu’ils apportent leur contribution ».

Mais il y aura des changements au fur et à mesure du travail, à commencer par le regroupement de dicastères de la Curie. « C’est une nécessité évidente », a déclaré le cardinal hondurien, parce que, comme l’ont fait observer les cardinaux pendant les réunions qui ont précédé le Conclave, « la Curie a trop grandi » et « il lui est difficile de travailler avec agilité ». En dépit des diverses hypothèses avancées par les journalistes, on ne peut pas encore prévoir les regroupements possibles, puisque le G8 a « à peine commencé à examiner les situations des différents dicastères ».

Toutefois, une des hypothèses les plus vraisemblables, mais aussi les plus proches de la réalisation, est le regroupement des dicastères « économiques » du Saint-Siège. À ce sujet, il y a toute une étude du cardinal Nicola en attente du feu vert, après la conclusion des travaux des deux commissions instituées par le pape sur les dicastères et sur les instituts de contrôle des activités économiques. « Certes, observe le cardinal Maradiaga, on ne comprend pas pourquoi le Vatican, comme les autres États, ne pourrait pas avoir son « ministère » des finances qui regrouperait tous les dicastères actuels qui s’occupent de questions économiques, selon l’hypothèse de travail avancée par le cardinal Nicora ».

Sur les changements de l’Institut financier du Vatican, l’IOR, en revanche, le cardinal reste général : « Beaucoup, dans l’Église, s’attendent à ce qu’il soit transformé en une banque éthique » et, ajoute-t-il, certainement « il faut dépasser l’ambigüité actuelle d’une fondation qui n’est pas une banque ». Actuellement, deux commissions s’en occupent avant de transmettre leur travail au Conseil. Quoi qu’il en soit, la ligne est celle de la « transparence », la « meilleure réponse aussi pour décider de son avenir ».

Dans l’interview, le cardinal Maradiaga parcourt le « travail » réalisé par les trois derniers papes. « Les voies de la Providence sont celles qui guident vraiment l’Église, affirme-t-il. Personne n’avait imaginé qu’avec Jean-Paul II, venu de Pologne, le mur de fer serait tombé. Puis le pape Benoît a donné des fondements théologiques solides à des points essentiels comme l’amour, l’espérance et la foi ». Maintenant, avec François, c’est le moment « de s’approcher davantage du peuple de Dieu par les sentiments et à travers des choses simples, mais essentielles pour la vie chrétienne, qui concernent les problèmes de tous les jours, et surtout qui touchent les cœurs ».

C’est pour cela que l’Église et la société d’aujourd’hui vivent une nouvelle « étape de la Providence » qui, selon le cardinal, « rapproche des enseignements du concile Vatican II ». C’est dans ce contexte que se situe la réforme de la Curie : « non pas un organisme hors du monde ou au-dessus du monde, mais dans le monde et qui cherche à le servir ».

Soulignant combien le pape est proche des drames de l’homme, le cardinal Maradiaga affirme ensuite que la journée de prière et de jeûne pour la paix en Syrie « a été quasiment un miracle ». « Ces sanctions que les États-Unis voulaient appliquer à la Syrie auraient conduit à la guerre et les missiles auraient provoqué encore davantage de destruction et de souffrance », a-t-il dit. En revanche, l’appel du pape François et sa lettre à Poutine « ont eu un effet extraordinaire ». Pour le cardinal hondurien, cela a été « un passage extrêmement important dans l’histoire du monde », tout en causant « un choc salutaire pour toutes les consciences ».

Enfin, une dernière pensée sur les paroles fortes du pape Bergoglio pour dénoncer l’immigration. « Pour éviter ces tragédies, fait remarquer le chef du G8, il faut une plus grande vigilance contre les trafiquants qui profitent de ce drame. Il faut ensuite stimuler les gouvernants pour qu’ils s’occupent de la jeunesse ». « On ne s’intéresse pas au destin de tous ces jeunes, conclut-il. Ils ont un horizon bouché. C’est douloureux. C’est l’un des effets d’une globalisation qui a fini par renforcer les monopoles et atteindre les petits entrepreneurs. L’économie ne doit pas se baser uniquement sur le profit », mais « il faut davantage de solidarité ».

Traduction d'Océane Le Gall