La rencontre du Fils avec le Père et avec ses frères

Lectures pour la fête de la Présentation du Seigneur au Temple

Rome, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 430 clics

Présentation du Seigneur au Temple – L’Hypapante[1] - 2 février 2014

Rite Romain: Ml 3,1-4; Ps 23; He 2,14-18; Lc 2,22-40; Jésus offert à son Père

[Rite Ambrosien, à MilanMl 3,1-4a; Ps 23; Rm 15,8-12; Lc 2,22-40; le Seigneur dans son Temple saint]

1) Rencontre de cœurs purs, humbles et obéissants

Cette année, le 2 février est un dimanche. Donc, la liturgie, au lieu de continuer la célébration du « Temps Ordinaire », nous ramène au « Temps de Noël », le « Temps initial » de notre salut, pour faire mémoire du mystère du nouveau-né Fils de Dieu, qui observe toutes les prescriptions formulées dans la loi de Moïse.

Contemplons Marie et Joseph qui vont au Temple de Jérusalem pour offrir Jésus au Seigneur « selon ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes » (Lc 2,24-25). La pauvreté des parents du Christ nous est redite. Ils n’ont pas la possibilité d’offrir l’agneau. Pourtant, le cœur rempli d’émotion, ils offrent tout ce qu’ils ont : deux petits oiseaux, innocents et purs. Ils ne savent pas encore qu’ils ont dans les bras celui que Jean- Baptiste indiquera comme « Agneau de Dieu ».

L’offrande de Jésus au Père, accomplie dans le Temple, annonce son offrande totale sur la croix. Cet acte d’obéissance à un rite légal, à l’accomplissement auquel ni Jésus, ni Marie n’étaient tenus, constitue une grande leçon d’humilité qui nous a été donnée à Noël, lorsque nous avons contemplé le Fils de Dieu et sa Mère dans la crèche touchante, humble et pauvre.

Dieu se manifeste dans la faiblesse, dans la pauvreté, dans l’innocence de l’enfance, dans la pureté et seulement les purs de cœurs voient Dieu, c'est-à-dire ceux ont les yeux clairs car ils ont changé leur esprit. En effet, ceux qui se sont repentis et purifiés, les personnes priantes qui ont renoncé à la façon de voir et de penser selon la manière humaine peuvent voir Dieu qui se manifeste dans la vie des hommes et comprendre ce que Dieu réalise.

Parmi ces purs de cœur, se trouvent Siméon[2] et Anne[3], fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.

            Le cœur et les yeux purs permettent à Siméon de reconnaître en cet enfant, porté par un humble couple, le Messie promis, l’Oint  du Seigneur annoncé par les prophètes et attendu pendant des siècles. Mu par l’Esprit Saint,  le vieux Siméon, homme juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël (cf Lc 2,25) se rend au Temple, accueille l’enfant dans ses bras, et, l’esprit ému, il bénit Dieu parce que le salut est arrivé pour lui, pour son peuple et pour tous les gens du monde entier. De son cœur et de ses yeux purifiés par l’attente, le vieux prophète reconnaît le Sauveur en cet enfant. Mais, il prophétise aussi que cette lumière tant attendue et réclamée sera pour beaucoup de personnes un signe de contradiction et non pas de résurrection parce qu’ils ne réussiront pas à accueillir la lumière de sa parole qui dévoile les pensées de chaque cœur humain.
            L’autre personne humble qui accueille Dieu en visite dans Son Temple est Anne. Par la grâce de Dieu, cette femme a le bonheur, la chance de voir le Visage de Dieu en l’Enfant Jésus. Je pense qu’il est légitime de regarder cette femme comme représentante de toute l’humanité dont le destin est de voir le Visage de Dieu et d’être le reflet de ce même visage. Cette veuve représente toute l’humanité, qui est veuve parce qu’elle n‘a pas d’époux, « son autre partie». L’autre partie de l’homme est Dieu. Cette femme a la grâce de pouvoir Le voir face à face et de jouir de la présence de l’époux, comme l’époux jouit de la présence de l’épouse. Anne célèbre Dieu, tandis qu’auparavant, elle jeûnait nuit  et jour dans le Temple ; elle célèbre Dieu en parlant de cet enfant, qui est la libération de tous. Donc cette femme représente les noces finales de la Jérusalem céleste quand l’humanité rencontrera l’époux. Substantiellement, nous sommes tous « veuves » en attente de noces, de la rencontre avec le Dieu-Amour.

2) Deux personnes qui portent l’Enfant pour l’offrir.

Nous avons présenté deux personnes qui ont accueilli le Fils de Dieu qui « visitait » sa maison et qui ont su Le reconnaître en ce petit enfant porté par deux pauvres et humbles personnes : Joseph et Marie qui offraient « leur » Fils à Dieu. Maintenant tournons notre regard vers Saint Joseph mais surtout Marie qui est la Vierge, Mère offrante : « L’Eglise a pressenti dans le cœur de la Vierge qui porte le Fils à Jérusalem pour le présenter au Seigneur une volonté oblative qui dépasse le sens ordinaire du rite » (Jean-Paul II, Marialis Cultus, n. 20). C’est cette dimension oblative que nous devons retenir comme message de la fête d’aujourd’hui, pour développer en nous celle que nous pouvons appeler la spiritualité de l’offrande, qui pousse chacun de nous à vivre la vie dans le don total de soi à Dieu comme le Tout de notre propre vie.

En fait, Marie et son époux Joseph apportent dans le Temple Jésus qui est offert. Comme l’Evangile le rappelle, la Madonne a certainement fait tout ceci pour respecter l’ancienne prescription mosaïque, selon laquelle tout premier-né appartenait au Seigneur. Mais dans l’offrande du Christ, cette prescription n’est pas seulement observée, mais elle est aussi parfaitement accomplie. A cause de sa participation à notre humanité, le Verbe de Dieu est devenu le « premier-né de beaucoup de frères » et il s’offre lui-même pour leur salut. « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. » (He 10, 5-7).

Plongeons nous aujourd’hui dans la contemplation de cet acte de volonté avec lequel Jésus, présenté au temple, fait de sa vie et de son humanité un « sacrifice qui plait à Dieu ».

Enfin, aujourd’hui, nous fêtons les mystères divins surtout parce que nous voulons remercier le Père pour un don particulier, précieux fruit de l’offrande du Christ : la vie consacrée.

Le fait que des hommes et des femmes suivent le Christ, en l’aimant avec un cœur non partagé, pleinement libérés grâce à la pratique des conseils évangéliques, trouve racine dans le don que le Christ a fait de Lui-même sur la croix.

En regardant les vierges consacrées, nous sommes profondément assurés que le Christ est mort et ressuscité pour nous: elles le disent non seulement avec les paroles mais à travers leur existence consacrée. En effet quel est le « noyau essentiel » de la décision existentielle de ces personnes? Avoir décidé d’appartenir exclusivement et totalement à la personne du Christ a cette conséquence : leur vie est une vie consacrée et l’est pour toujours. Cette qualification  de leur existence exprime la radicalité d’avoir été prises par le Christ et de s’être laissées prendre, sans aucune résistance : librement. Ces personnes consacrées veulent reposer seulement dans le Christ et adhérer totalement à lui (cfr RCV, n24), en suivant leur modèle par excellence Marie qui a dit : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,38).

Enracinées en cette appartenance radicale au Christ, ces personnes consacrées deviennent l’expression parfaite de toute vie chrétienne qui consiste à se conformer pleinement au Seigneur Jésus. Il faut leur souhaiter d’être fidèles à leur vocation, parce qu’en elles, tous les fidèles, les époux et les pasteurs de l’Eglise voient la profonde nature de la vie chrétienne dévoilée en tant que telle.

En tout cas, à mon avis, aujourd’hui on célèbre la fête de la première rencontre de Jésus avec le Père, auquel il est offert, et immédiatement racheté comme tous les premier-nés. Demandons-nous si nous sommes réellement prêts à offrir, avec Lui, le meilleur de nous à Dieu, notre Père. Ensuite, « redonnés à nous-mêmes », nous pourrons passer dans le monde comme bénédiction qui illumine le chemin des hommes à la recherche de Dieu et qui donne la paix et la joie. « Joie qui ne consiste pas dans l’avoir tant de choses mais dans le se sentir aimé par le Seigneur, dans le se faire un don pour les autres et dans le bien s’aimer » ( Benoît XVI, Angelus du 13.12.2009). Bénédiction à demander à Dieu et à partager avec les frères comme le Pape François le fit au moment de la première rencontre avec l 'Eglise et le monde immédiatement après son élection comme Evêque de Rome.

Lecture Patristique: Saint Sophrone

Discours 3, sur l’«Hypapante» 6, 7 [PG 87, 3, 3291-3293]

La Lumière est venue dans le monde

Allons à la rencontre du Christ, nous tous qui honorons et vénérons son mystère avec tant de ferveur, avançons vers lui dans l'enthousiasme. Que tous sans exception participent à cette rencontre, que tous sans exception y portent leurs lumières.


Si nos cierges procurent un tel éclat, c'est d'abord pour montrer la splendeur divine de celui qui vient, qui fait resplendir l'univers et l'inonde de lumière éternelle en repoussant les ténèbres mauvaises ; c'est aussi et surtout pour manifester avec quelle splendeur de notre âme, nous-mêmes devons aller à la rencontre du Christ.

De même, en effet, que la Mère de Dieu, la Vierge très pure, a porté dans ses bras la véritable lumière à la rencontre de ceux qui gisaient dans les ténèbres ; de même nous, illuminés par ses rayons et tenant en mains une lumière visible pour tous, hâtons-nous vers celui qui est vraiment la lumière.

C'est évident : puisque la lumière est venue dans le monde et l'a illuminé alors qu'il baignait dans les ténèbres, puisque le Soleil levant qui vient d'en haut nous a visités, ce mystère est le nôtre. C'est pour cela que nous avançons en tenant des cierges, que nous accourons en portant des lumières, afin de signifier la lumière qui a brillé pour nous, mais aussi afin d'évoquer la splendeur que cette lumière nous donnera.


Courons donc ensemble, allons tous à la rencontre de Dieu. Cette lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde, voici qu'elle vient. Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants.

Que nul d'entre nous ne demeure, comme un étranger, à l'écart de cette lumière; que nul, alors qu'il en est inondé, ne s'obstine à rester plongé dans la nuit. Avançons tous dans la lumière, tous ensemble, illuminés, marchons à sa rencontre, avec le vieillard Siméon, accueillons cette lumière glorieuse et éternelle.


Avec lui, exultons de tout notre cœur et chantons un hymne d'action de grâce à Dieu, Père de la lumière, qui nous a envoyé la clarté véritable pour chasser les ténèbres et nous rendre resplendissants.

Le salut que Dieu a préparé à la face de tous les peuples et qu'il a manifesté pour la gloire du nouvel Israël que nous sommes, voilà que nous l'avons vu à notre tour, grâce au Christ ; nous avons été aussitôt délivrés de la nuit de l'antique péché, comme Siméon le fut des liens de la vie présente, en voyant le Christ.

Nous aussi, en embrassant par la Foi Le Christ venu de Bethléem à notre rencontre, nous qui venions des nations païennes, nous sommes devenus le peuple de Dieu, car c'est le Christ qui est le salut de Dieu le Père. Nous avons vu de nos yeux Dieu qui s'est fait chair. Maintenant que la présence de Dieu s'est montrée et que nous l'avons accueillie dans notre âme, nous sommes appelés le nouvel Israël ; et nous célébrons sa venue par une fête annuelle pour ne jamais risque de l'oublier.


Saint Sophrone de Jérusalem


[1] La Fête de la Présentation du Seigneur est appelée par les Chrétiens d’Orient Hypapante c'est-à-dire rencontre,car 40 jours après sa Naissance, Jésus fut conduit par Marie et Joseph, certes pour accomplir la loi mosaïque mais surtout pour rencontrer son peuple croyant et exultant, lumière pour illuminer les gens et gloire du peuple d’Israël. Avec le titre de “rencontre” (hypapànte), l’Eglise byzantine veut surtout, lors de cette fête, souligner la rencontre de Jésus avec le vieux Siméon, de l’Homme nouveau avec l’homme vieux, qui est la fête de la rencontre de Dieu, au moyen de l’incarnation du Fils, avec l’humanité, avec chaque homme. Cette rencontre a lieu dans le Temple c'est-à-dire dans la vie ecclésiale de chaque chrétien, de chacun d’entre nous. En Siméon et en Anne est représentée l’attente de tout le peuple d’Israël, qui trouve finalement dans cette rencontre son achèvement.

Elle est également appelée fête des Lumières (cfr Lc 2,30-32) et trouve ses origines dans l’Orient chrétien. Au VIème siècle, elle s’étend en Occident suivant des développements originaux : à Rome, avec un caractère plus pénitentiel et en France avec une bénédiction solennelle et une procession aux flambeaux appelée populairement la « chandeleur ». Ce rite de la bénédiction des chandelles, dont il est déjà fait témoignage au Xe siècle, s’inspire des paroles de Siméon : « Mes yeux ont vu ton salut, préparé par toi, devant tout le peuple, lumière pour illuminer les nations » (Id).

Les festivités d’aujourd’hui était appelées jusqu’à la fin de la réforme du calendrier liturgique, fête de la Purification de la Sainte Vierge Marie, en rappel du passage sur l’histoire de la Sainte Famille, décrit au chapitre 2 de l’Evangile de Luc, dans lequel Marie, observant la Loi, se rend au Temple de Jérusalem, quarante jours après la naissance de Jésus, pour offrir son premier-né accomplir le rite légal de la purification. La réforme liturgique de 1960 a redonné à la célébration le nom de « Présentation du Seigneur », nom qu’il avait à l’origine.

[2] Siméon signifie « Dieu a écouté », c'est-à-dire que son attente est achevée.

[3] Anne signifie « Grâce de Dieu », Phanuel signifie « Visage de Dieu », Aser signifie « bonheur, chance ».