La responsabilité des médias, par Giovanni Maria Vian

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ROME, Jeudi 18 août 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous l’éditorial du directeur de L’Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, en première page de l’édition hebdomadaire en langue française du journal du 4 août dernier. A l’occasion de la visite de Benoît XVI dans les locaux du quotidien du Vatican pour son 150e anniversaire, son directeur s’est interrogé sur la responsabilité des médias à « une époque de transformations radicales ».

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Le cent cinquantième anniversaire, date importante pour tout journal, l'est d’autant plus pour un quotidien aussi singulier que « L'Osservatore Romano », comme le définit il y a exactement un demi-siècle, pour son centenaire, Giovanni Battista Montini, qui deux ans plus tard, allait devenir le Pape Paul VI. Et cela en particulier parce que le quotidien est lié au Saint-Siège d'un point de vue à la fois historique et institutionnel. Un lien que Benoît XVI a voulu à nouveau souligner à travers un message et, plus encore, une visite tout à fait personnelle et en soi très éloquente au siège du journal.

Comme en d'autres circonstances depuis que, immédiatement après les Accords du Latran, «L'Osservatore Romano» est entré au Vatican, le geste du Pape – une véritable rencontre de l'éditeur avec son journal, un don qui demeure dans le cœur et dans l'esprit de tous ceux qui ont l'honneur d'y travailler – a offert l’occasion de réfléchir sur la responsabilité du journal, mais plus en général des médias, à une époque de transformations radicales et à un moment de crise, surtout des médias traditionnels: non seulement parce qu'ils sont mis à l’épreuve face à la concurrence de la télévision et à la croissance exponentielle de l'information diffusée sur le réseau mondial, mais aussi en raison de la multiplication d'épisodes qui en soulignent une dégénérescence préoccupante.

Le scandale qui, au Royaume Uni, a emporté «News of the World» et en a causé la fermeture après presque cent soixante-dix ans est emblématique de cette tendance, mais c’est plus généralement encore l'émergence dans différents pays du visage le plus dépourvu de scrupules du pouvoir de la presse, représenté de façon mémorable dans Citizen Kane, le film d'Orson Welles, qui peut en partie expliquer la désaffection d'un nombre toujours plus grand de lecteurs, dégoûtés ou déçus. Comme toujours, dans un tableau d’ensemble, les lumières s’alternent aux ombres: la culture est aujourd'hui plus diffusée, même si cela s'accompagne aussi d'une baisse du niveau des médias, la multiplication des informations, effrénée et sans précédents dans l'histoire, compromet les capacités critiques, tandis que souvent, le sensationnalisme et le désir de nombreux journaux de se mettre en avant ne sont pas contrebalancés par les mécanismes de contrôle d'une politique souvent trop faible.

Dans ce contexte, l'information sur l'Eglise catholique elle aussi, réduite à la portion congrue jusqu'au Concile Vatican II et depuis lors devenue un phénomène d'importance, n'échappe pas au clair-obscur. La croissance a été indéniable, même si ces dernières années semble s'être beaucoup atténuée la volonté de comprendre une réalité qui n'est pas facile à représenter dans un univers mondialisé vaste et varié, qui est à la fois avide et dépourvu d'instruments d’interprétation adaptés face aux religions.

Aux incompréhensions se sont ajoutées des raz de marées d'informations – par exemple, à propos des abus sexuels commis sur des mineurs par des prêtres – qui, bien que dépourvus de bienveillance et ayant parfois dégénéré dans des campagnes de presse injustes ou sommaires, ont de fait aidé le processus de purification et de renouveau de l'Eglise, toujours nécessaire, comme l'a rappelé Benoît XVI avec un courage exemplaire. D'autres fois, le sensationnalisme s'accompagne du goût pour de présumés éclairages sur les coulisses du gouvernement de l'Eglise assaisonnés d'indiscrétions plus ou moins innocentes, et ainsi, l'information, souvent loin d'être désintéressée, oublie la simple logique, et surtout la réalité.

Mais c'est pourtant précisément la réalité que l'information en général et par conséquent les médias, anciens et nouveaux, doivent regarder, en tentant de représenter un monde complexe et un panorama international dont les grandes questions – notamment celles qui sont étrangères aux sociétés occidentales – restent souvent négligées, voire ignorées. La responsabilité de tous est donc énorme, et il faut l'affronter, dans un effort d'information qui doit non seulement s'intensifier et s'étendre, mais surtout aider à comprendre ce qui est véritablement important.