La route comme moyen pour chercher Dieu

La famille Cortès en marche vers Rome (3/3)

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Propos recueillis par Anita Bourdin

ROME, mercredi 22 août 2012 (ZENIT.org) – Durant leurs quatre mois de pèlerinage à pied vers Rome, la famille Cortès a vécu de belles émotions, des difficultés, des rencontres inoubliables, – notamment avec Benoît XVI – et au final ont vécu la route comme « moyen pour chercher Dieu ».

Voici le troisième et dernier volet de l’entretien de Mathilde et Edouard Cortès avec Zenit (cf. Zenit du 20 août et Zenit du 21 août 2012 pour la première et deuxième partie).

Zenit - Après la folie du voyage de noces, vos proches n'ont-ils pas été effrayés de vous voir entraîner les enfants en pèlerinage à Rome?

Mathilde et Edouard Cortès - Nous ne pensons pas qu’ils aient été effrayés dans la mesure où nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour la sécurité, le bien-être et la santé des enfants. Nous n’avons pas voyagé dans des pays bien « risqués » en termes sanitaires par exemple. Les risques que nous avons pris sont mesurés et acceptés. Même si nous n’avons jamais été à l’abri d’un accident de voiture par exemple. Nous aimons cette phrase de Rudyard Kipling : « Il faut prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions ». Nos parents et amis ont compris que prendre la route est le moyen qui nous est propre pour tordre le cou à la routine et chercher Dieu. Cela reste un moyen parmi d’autres.  

Y a-t-il un beau moment, qui vous a plus marqués?

Il est difficile de répondre.

L’arrivée et la félicité des filles qui chantaient à tue-tête au Monte Mario à 7h du matin avec la vision sur Rome. Superbe.

Don Marino, curé à Avenza : au petit matin, après nous avoir bénis, il a filé en vitesse. Un peu décontenancés, nous avons fini par partir en lui ayant à peine dit au revoir. Et soudain, nous avons entendu les cloches sonner à toute volée. Il était monté dans son campanile pour saluer le départ des pèlerins. Nous en étions émus aux larmes.

L’anniversaire de Marie à Radicofani début juillet dans un hospice pour pèlerins tenu par la Confraternité de St Jacques de Compostelle : 19 pèlerins de diverses nationalités lui ont chanté bon anniversaire en français, allemand, anglais, italien autour d’un gâteau à 3 bougies.

Un moment difficile?

Le renversement de la carriole à seulement 300 km de Rome sur un chemin étroit et rendu glissant à cause de l’herbe sèche. Grande peur pour les parents : nous avons vu disparaître la carriole avec les enfants. Pendant quelques secondes qui nous ont paru interminables, la carriole a glissé et s’est renversée sur le toit, entrainant l’âne les 4 fers en l’air. La Vierge Noire du Puy juchée sur le dos de l’âne, écrasée par ses 350 kg et plantée dans la rocaille n’a pas eu - comme nos filles - une seule égratignure.

Autre difficulté : gérer sa vie de couple malgré l’emprise de la logistique et des enfants. On avait la même à la maison !

Vous nous aviez partagé votre rencontre avec Djuro de Croatie (cf. Zenit du 5 novembre 2007) et Sami, du Kosovo (cf. Zenit du 7 novembre 2007) : vous avez rencontré des Djuro et des Sami?

Beaucoup de personnes généreuses qui sans qu’on leur ait rien demandé ont apporté du foin ou du grain pour notre âne : un couple à Briançon ou encore Andrea dans le Val de Susa.

Nous ne pouvons oublier Patrick et Marie-Andrée qui dès la première nuit nous ont ouvert leur maison, trouvé une pâture pour Octave et préparé un bon dîner.

Graziella et Piero juste après Turin nous ont apporté un dîner complet dans notre tente et ont organisé pour nous les 5 prochaines étapes en nous attendant à l’arrivée avec de l’eau fraiche et des glaces. Le dernier jour, ils sont venus marcher toute l’étape avec nous.  

Pour ce pèlerinage, nous avions invité famille et amis à venir partager quelques jours sur la route. C’est pour pouvoir accueillir en chemin que nous avions emporté une plus grande tente (8 places). Nombreux sont ceux qui ont répondu à l’appel. Parents, frères et sœurs, cousins et amis chers. Une fois, nous avons même dormi à 11 sous la tente.

Et de Djuro et Sami, avez-vous eu des nouvelles?

 
Nous leur avons écrit à notre arrivée à Jérusalem, comme à tous ceux qui nous avaient reçus. 250 cartes postales en tout. Certains ont répondu, en particulier Sami avec qui nous avons échangé plusieurs lettres et colis, annoncé les naissances de nos enfants. 

Qu'est-ce que le pèlerinage de Rome vous a apporté, fondamentalement?

Il est trop tôt pour le dire.

Quand je (Edouard) suis allé seul à Saint-Jacques-de-Compostelle à 19 ans, je pensais que le monde était à portée de pied et les gens bien intentionnés. Je me sentais capable d’aimer Dieu.

Notre marche vers Jérusalem nous a défaits de notre espoir en l’Homme pour nous forger une Espérance en Dieu.

A Rome, nous avons découvert que le véritable amour du prochain ne peut se comprendre et se vivre que par grâce, que la charité est une vertu presque « héroïque », inatteignable par nos propres forces : « Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12,9).

Peut-être est-ce cela que le chemin de Rome nous a appris : à nous donner sans compter dans une offrande qui nous a parfois parue trop lourde pour nous. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28-30). Oraison qui a souvent jailli de nos cœurs de pierre au bord du chemin blanc quand nous pestions de nous être engagés dans une équipée démesurée qui nous a fait égrener les pas et les jurons davantage que le chapelet. Alors nous regardions Octave notre âne qui lui ne rechignait jamais à porter enfants et bagages. Et qui mettait sa joie en toute chose, à tirer quand il fallait tirer, à brouter quand il fallait brouter.


Vous avez pu aller à l'angélus à Castelgandolfo? Qui est le pape pour vos enfants et pour vous?

Nous avons eu l’immense joie de pouvoir saluer brièvement en privé le Saint-Père à l’issue de la prière de l’angélus à Castelgandolfo, le dimanche 5 août. Il arrive toujours des choses extraordinaires aux pèlerins. Quelle bénédiction pour notre famille !

Nous sommes très attachés au Siège de Pierre donc au Saint-Père.

Les enfants ont été sages et un peu impressionnés. Nous revoyons encore le regard de Jeanne qui ne quitte pas Benoît XVI des yeux durant toute l’entrevue, comme happée par le charisme respirant la bonté et l’humilité de cet homme en blanc. Emmanuelle dans les bras de sa mère n’arrêtait pas de tirer sur la grande croix en or autour de son cou. Quant à Marie, fatiguée, elle n’a pas cessé de sucer son pouce et s’est laissée bien volontiers embrasser par le Saint-Père. Nous avons offert au Saint-Père notre marche, nos fatigues et nos sacrifices pour lui et pour l’Eglise.

Projets?

Nous avons le projet d’écrire un livre pour témoigner de notre aventure. A plus long terme, nous avons différents projets de vie, moins nomades. Parmi eux, un gite pour pèlerins. Nous sommes donc ouverts à toutes les propositions sur les voies de pèlerinages.

Quelle question d’enfant avez-vous retenue ?

Celle que nous a un jour posé un élève de 6èmelors d’un témoignage sur notre marche à Jérusalem : « Avez-vous trouvé ce que vous étiez partis chercher ? »

Non, nous cherchons encore, nous sommes en chemin : « Mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi », dit saint Augustin.