« La Russie a besoin, plus que jamais, de soutien spirituel et de prières »

Interview du père Erich Fink

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 ROME, Dimanche 27 mars 2011 (ZENIT.org) - Pour le père Erich Fink, la conversion de la Russie est le rêve de sa vie. Un rêve qui a commencé quand il travaillait dans les champs en Allemagne, alors qu'il n'avait que 10 ans.

Maintenant, comme prêtre, il exerce un travail pastoral à Berezniki, dans le centre-ouest de la Russie. Interviewé à l'émission de télévision « Là où Dieu pleure », le père Fink explique que, pour lui, l'appel de la Vierge de Fatima - de prier pour la conversion de la Russie - est encore valable aujourd'hui.

Q : Père, la Russie a été pour vous un rêve d'enfance. Pourquoi ?

Père Fink : Je pense que c'est l'appel de la Vierge de Fatima. Je connaissais un peu la Russie à travers mon père. Jeune, il est resté sept ans en Russie pendant la guerre ; trois ans comme soldat, et quatre ans comme prisonnier de guerre. Il parlait toujours avec beaucoup d'affection des Russes. Il parlait des femmes russes qui leur jetaient du pain par-dessus les murs de la prison, tout en sachant que c'était interdit et punissable de mort. Plus tard, il retourna en Allemagne et épousa ma mère.

Nous avons beaucoup souffert ces premières années. Nous les enfants, nous cherchions comment aider notre famille dans ces difficultés et avons découvert la prière de Fatima. Notre-Dame de Fatima a promis d'atténuer principalement les problèmes de famille, alors nous avons commencé à prier le rosaire. C'est durant cette période que le message est devenu clair pour moi : la paix dans le monde dépendait de la conversion de la Russie. J'ai alors décidé que je voulais travailler dans ce pays.

Quel âge aviez-vous ?

J'avais dix ans. Dans les cinq ans qui suivirent, j'ai compris clairement que je voulais être prêtre. Et déjà à cette époque, j'avais le désir de me rendre en Russie pour aider à cette conversion.

Y a-t-il une personne en particulier qui vous a inspiré ?

Non, personne ne m'a inspiré. Je me souviens que j'étais dans les champs ; nous étions fermiers, et j'ai eu cette inspiration, j'ai su alors qu'un jour je serais prêtre, et mon désir d'aller en Russie était très fort. J'ai mis tout en œuvre pour y parvenir. J'ai entendu dire que Tatiana Goracheva venait en Allemagne. J'ai cherché à la rencontrer...

Tatiana Goricheva était une dissidente lituanienne, emprisonnée pendant de nombreuses années, qui a raconté son histoire de conversion...

Oui, elle était une philosophe athée et s'est convertie. Elle a alors commencé à prêcher et témoigner de sa foi de fraîche date. C'est pourquoi, elle a été arrêtée et exilée. Je l'ai rencontrée et lui ai fait part de mon désir de travailler comme prêtre en Russie. Elle m'a répondu : « Ce n'est pas réaliste et, de votre vivant, la Russie ne changera pas ».

Quelle a été la principale difficulté que vous avez rencontrée à votre arrivée à Berezniki ?

Mon plus gros problème à ce moment-là a été la langue. Je ne connaissais que l'alphabet et je ne pouvais même pas dire une phrase.

Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés dans votre travail en Russie ?

Du matin au soir, les gens viennent me demander une aide spirituelle et matérielle. A tout moment, je dois décider comment aider telle personne et je m'interroge : « son désir d'aide spirituelle est-il sincère ? Quelle est la façon juste d'offrir une assistance ». Je dois aussi aider et guider les personnes à savoir prendre des décisions en toute indépendance et trouver leurs propres solutions pour améliorer leurs vies. Ce sont les grands défis.

Quel est, selon vous, le défi principal auquel doit faire face l'Eglise catholique en Russie ?

Nous devons donner un témoignage de la dignité divine de toute personne humaine. C'est la plus grande nécessité en Russie. Nous avons tant de problèmes : alcoolisme, drogue, enfants de la rue. Chaque personne possède une dignité divine. Cette dignité peut être nourrie avec une approche holistique qui n'englobe pas seulement les œuvres sociales, mais doit impliquer aussi une nourriture spirituelle. L'Eglise catholique a les moyens de le faire. L'Eglise orthodoxe possède moins d'expérience de l'action sociale tandis que, nous catholiques, pouvons aider. Nous devons, toutefois, comprendre la mentalité russe afin de pouvoir fournir l'aide appropriée et, en même temps, comprendre et aimer l'Eglise orthodoxe. Comprendre que nous sommes des hôtes, et que la conversion et le renouveau de la foi ne peuvent se faire qu'à travers et au sein de l'Eglise orthodoxe. Pour aider l'Eglise orthodoxe, nous devons comprendre l'Eglise.

Père, si vous deviez lancer un appel maintenant aux catholiques, quel serait-il ?

Mon appel est qu'ils comprennent la Russie. Je vois, particulièrement en Europe et en Occident, qu'il y a bien des doutes : ce n'est pas un régime démocratique etc. Ceci n'aide pas. La Russie doit être un pays fort pour pouvoir régler tous ses problèmes, et elle est sur la bonne voie.

La Russie a besoin du soutien moral de tous les fidèles et qu'ils se réjouissent de toute évolution positive. Cependant, nous n'avons pas besoin seulement de compréhension, mais de prières. A Fatima, quand Notre Dame a demandé que tous les catholiques prient pour la conversion de la Russie, nous savions que le communisme était fini. Beaucoup pensent aujourd'hui qu'il est inutile de continuer à prier pour la Russie. Maintenant plus que jamais, nous avons besoin de prières et de soutien spirituel, parce que la Russie commence, seulement maintenant, sa conversion ; elle ne s'est pas encore convertie.

Propos recueillis par Mark Riedermann pour l'émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l'association Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

Sur le Net :

- Aide à l'Eglise en détresse France


www.aed-france.org

- Aide à l'Eglise en détresse Belgique

www.kerkinnood.be

- Aide à l'Eglise en détresse Canada
www.acn-aed-ca.org

- Aide à l'Eglise en détresse Suisse
www.aide-eglise-en-detresse.ch

Traduit de l'anglais par E. de Lavigne