La sentence contre le crucifix, du « fondamentalisme laïciste »

Le cardinal Herranz demande le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme

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ROME, Jeudi 24 juin 2010 (ZENIT.org) - La sentence du Tribunal européen des droits de l'homme (TEDH) interdisant le crucifix dans les salles de classe des écoles italiennes représente un cas de « fondamentalisme laïciste », estime le cardinal Julián Herranz Casado.

Le président émérite du Conseil pontifical pour les textes législatifs est intervenu mercredi à une table ronde organisée à Rome sous les auspices de la Présidence du conseil des ministres du gouvernement italien qui a présenté un recours contre cette sentence à la Cour de Strasbourg, laquelle devra se prononcer le 30 juin.

Le « fondamentalisme laïciste », a expliqué le cardinal espagnol, « en s'éloignant du vrai concept de ‘laïcité', voudrait reléguer la foi chrétienne et le fait religieux en général à la seule sphère privée de la conscience personnelle, excluant tout signe, symbole ou manifestation extérieure de la foi dans les lieux publics et dans les institutions civiles (écoles, hôpitaux, etc.. ».

Le cardinal Herranz a passé en revue les motifs qui, derrière cette sentence, révèlent une erreur de vision quant au fait que l'exposition du crucifix dans les écoles constituerait une pression morale sur les élèves en formation, portant par conséquent atteinte à leur liberté d'adhérer à une religion différente de la religion chrétienne ou de n'adhérer à aucune religion.

En premier lieu, a-t-il expliqué durant la rencontre organisée par l'Association « Humanisme chrétien », « cette sentence renvoie sans motif (car la simple exposition du crucifix n'a aucun caractère d'imposition ou discriminatoire) à la liberté religieuse des élèves non chrétiens, alors qu'elle ne respecte pas, vis-à-vis des élèves chrétiens des écoles italiennes et de l'autorité paternelle de leurs parents, l'Art. 18 de la ‘Déclaration Universelle des droits de l'homme' ».

« Cet article, en effet, garantit le droit à la liberté religieuse qui prévoit entre autre ‘la liberté de manifester, individuellement ou en commun, en public et en privé, sa propre religion' », a rappelé le cardinal Herranz.

Deuxièmement, a-t-il indiqué, « la sentence n'a pas suffisamment mesuré le fait que la ‘laïcité' représente, oui, un principe constitutif des Etats démocratiques, mais que c'est à eux de déterminer au cas par cas les formes de son application concrète, selon les circonstances et en tenant compte des traditions locales ».

« Il ne s'agit en effet pas d'un principe idéologique à imposer à la société en violant les traditions, les sentiments et les croyances religieuses des citoyens », a-t-il souligné.

Pour le cardinal Herranz, «  le concept de ‘neutralité' religieuse mis en avant par la Cour de Strasbourg est lui aussi interprété dans le sens idéologique du relativisme agnostique. Car, la neutralité ou la laïcité de l'Etat signifie uniquement qu'aucune religion n'aura un caractère civil, et non que l'Etat doit être ‘anti confessionnel', autrement dit opposé à la présence dans les institutions publiques d'un quelconque signe ou symbole religieux ».

« Une telle attitude de rejet de la religion en soi ferait de l'athéisme une sorte d'idéologie ou de religion d'Etat et, dans notre cas, du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne », a-t-il ajouté.

La Cour, par ailleurs, « semble avoir illégitimement dépassé les limites de sa propre compétence en se prononçant sur une question qui concerne la juste sauvegarde des traditions et de la culture nationales par un Etat, et des engagements qu'il a pris par le biais de concordats ou conventions particulières avec l'Eglise catholique et autres confessions religieuses éventuelles ».

Selon le cardinal, «  l'expérience a montré que l'interdiction de tout signe religieux dans les écoles (comme ce fut le cas en France en 2004, avant l'actuel concept de ‘laïcité positive') ne favorisait pas l'intégration. Pour beaucoup de croyants et non chrétiens, étudier dans une salle où il y a un crucifix, n'est pas gênant, par contre ils trouvent négatif que la religion soit interdite dans l'école au nom de la ‘laïcité' ».

En effet, comme le révèle un reportage documenté de l'International Herald Tribune de 2008, un nombre croissant de familles musulmanes françaises préfère transférer leurs enfants dans des écoles catholiques.

Le cardinal Herranz a enfin conclu en demandant aux institutions de l'Union européenne de protéger ces droits qui forment une partie de la « Déclaration universelle sur les droits de l'homme ».