La technique du clonage n’est plus d’actualité, par le Prof. Ian Wilmut

Le premier à avoir cloné avec succès un mammifère : la brebis Dolly

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ROME, Mardi 19 mai 2009 (ZENIT.org) - « Les recherches sur l'embryon et le clonage sont-elles encore nécessaires après la découverte des cellules iPS ? », a demandé « Gènéthique » , la synthèse de presse de la Fondation Jérôme Lejeune, au Prof. Ian Wilmut, pionnier du clonage.

Président du Conseil de recherche médicale en biologie reproductive du Centre de médecine régénérative à l'université d'Edimbourg (Ecosse), Ian Wilmut est le premier à avoir cloné avec succès un mammifère - la brebis Dolly.

Gènéthique - Après la découverte des professeurs Yamanaka et Thomson en novembre 2007 (1), vous avez déclaré à la BBC que vous abandonniez le clonage et que, d'ici 5 ans, cette découverte "pourrait procurer une meilleure alternative, éthiquement plus acceptable que le clonage d'embryons humains pour la recherche médicale"2. Deux ans après ce tournant dans la recherche, quels sont les avantages des cellules iPS par rapport aux attentes et objectifs que vous aviez en clonant Dolly ?

Ian Wilmut - Avant la découverte des cellules iPS, nous essayions de dériver des cellules souches d'embryons produits par le transfert d'un noyau cellulaire du patient souffrant d'une maladie héréditaire. A ce stade, personne n'a réussi. Mais maintenant, la dé-différentiation de cellules somatiques murines (méthode du Pr. Yamanaka) a démontré que le même objectif pouvait être atteint en utilisant directement les cellules somatiques des malades.

Il y a un avantage thérapeutique majeur avec les cellules iPS : elles sont génétiquement identiques au patient, permettent de modéliser des pathologies et de rechercher rapidement des médicaments pour traiter en amont les symptômes de la maladie. Il existe déjà une centaine de ces lignées cellulaires sur lesquelles on peut travailler sans attendre pour nous aider à comprendre les maladies d'ici 5 ans.

La technique du clonage n'est donc plus une technique d'actualité. Comme je l'ai expérimenté avec la brebis Dolly, cloner demande un temps considérable pour obtenir des cellules souches. De plus, cette technique implique forcément l'hyperstimulation ovarienne chez la femme : celle-ci doit subir un traitement hormonal intensif et pénible pour produire un grand nombre d'ovocytes et pour finalement n'obtenir que quelques embryons clonés.

Si la science offre des pistes plus rapides, intéressantes et efficaces, je suis d'avis de les suivre.

Gènéthique - Quels sont les espoirs thérapeutiques et scientifiques des cellules iPS ? Quels défis reste-t-il à relever ?

Ian Wilmut - Les chercheurs qui travaillent sur les cellules iPS tentent d'améliorer la qualité de ces cellules. La disponibilité et la performance de ces cellules est indiscutable, mais le défi est de réussir techniquement à les reprogrammer sans dommages collatéraux. Il faudra peu de temps pour dépasser ces obstacles : des publications scientifiques récentes ont montré que l'on réussit déjà à reprogrammer des cellules différenciées sans utiliser ni vecteur viral, ni plasmide.

Pour une raison économique, je pense qu'il n'est pas encore possible d'envisager de créer des réserves de cellules iPS de chaque patient dans lesquelles puiser pour rechercher des traitements à leurs maladies. Ce qui serait plus réalisable, de mon point de vue, ce serait de dresser une sorte de registre ou de biobanque où seraient recensées les lignées de cellules correspondant à divers types de maladies à caractère immunologique. Il serait ainsi possible de modifier et travailler sur ces lignées cellulaires en fonction du besoin de chaque patient.

Gènéthique - En France, il a été dit que les cellules iPS n'auraient pu être obtenues sans les recherches effectuées sur l'embryon humain. Cependant, la publication sur les cellules iPS humaines qui a rendu célèbre le Pr Yamanaka en 2007 était précédée de résultats avec des cellules de souris3.

Est-ce que les cellules iPS auraient pu être découvertes grâce aux recherches avec ces cellules animales uniquement, sans avoir recours aux cellules embryonnaires humaines ?

Ian Wilmut - La dé-différenciation de cellules somatiques n'a pas requis l'utilisation d'embryon humain car, au niveau technique, cela n'était pas nécessaire. Les premières cellules iPS ont été produites et identifiées à partir d'études sur des embryons de souris.

Les gens ne réalisent pas encore qu'étudier des maladies héréditaires sur les cellules obtenues par reprogrammation cellulaire est bien plus simple et plus rapide que d'obtenir des cellules embryonnaires humaines par clonage. La technique d'obtention des cellules iPS est la plus efficace actuellement pour les chercheurs et en particulier bien sûr, pour des recherches sur les pathologies héréditaires.

Il existe aussi des recherches sur les cellules embryonnaires humaines pour tenter de mieux comprendre comment elles prolifèrent et comment les cultiver car les cellules iPS ont la caractéristique d'avoir des propriétés semblables aux lignées embryonnaires humaines.

Gènéthique - La recherche sur les iPS aux Etats-Unis et en Asie se développe de plus en plus. Qu'en est-il en Europe ? Cette recherche reçoit-elle un soutien significatif ?

Ian Wilmut - La recherche sur les iPS est soutenue dans plusieurs pays européens : des agences britanniques, comme, par exemple, la Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC), financent des programmes de recherche à l'université d'Edimbourg où je travaille actuellement. En France aussi des projets intéressants sont menés sur les iPS.

Gènéthique - Y a-t-il plus d'intérêt scientifique à utiliser des cellules iPS que des cellules souches embryonnaires humaines pour la recherche de médicaments, la modélisation et le criblage pharmacologique de molécules ?

Ian Wilmut - Oui. Les cellules iPS sont plus utiles que les cellules embryonnaires dans ces recherches car, si vous prenez les cellules reprogrammées d'un patient atteint d'une maladie héréditaire que vous souhaitez étudier, l'avantage est que ces cellules portent déjà les caractéristiques d'une personne atteinte. Vous n'avez pas besoin d'y introduire une erreur génétique. Il y a plusieurs maladies héréditaires pour lesquelles on ne connaît pas encore la cause moléculaire de la maladie.

1 - En novembre 2007, les professeur S. Yamanaka et J. Thomson ont réussi, chez l'homme, à obtenir des cellules souches pluripotentes à partir de cellules déjà différenciées (cellules de peau)

2 - BBC, 17 novembre 2007

3 - S. Yamanaka, K. Takahashi and al., Induction of pluripotent stem cells from mouse embryonic and adult fibroblast cultures by defined factors, Cell, 2006, 126 : 663-676