La véritable interview du cardinal Castrillón sur l´affaire Williamson

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ROME, Vendredi 2 octobre 2009 (ZENIT.org) - La traduction et l'adaptation d'un entretien accordé à un journal allemand par le cardinal Darío Castrillón Hoyos sur l'évêque négationniste Richard Williamson, membre de la Fraternité Saint-Pie X, ont donné lieu à des interprétations contradictoires dans les médias à travers le monde.

Le cardinal Castrillón, ancien président de la Commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée de l'accueil dans l'Eglise catholique des membres de la Fraternité Saint-Pie X, et ancien président de la Congrégation pour le clergé, a fait savoir à ZENIT qu'il n'a jamais fait certaines des déclarations qui lui ont été attribuées après la publication, le 25 septembre, de son entretien au Süddeutsche Zeitung.

Certains médias ont par exemple affirmé que le cardinal Castrillón contredisait l'évêque catholique de Stockholm, Mgr Anders Arborelius, O.C.D., qui avait révélé dans un entretien et un communiqué qu'il avait informé le Saint-Siège sur les positions négationnistes de Richard Williamson. Le cardinal Castrillón ne nie à aucun moment ces faits. Il explique simplement que l'information ne lui avait pas été transmise.

Le cardinal Castrillón a remis à ZENIT le texte original, en espagnol, de son entretien avec le Süddeutsche Zeitung (cf. Zenit du 29 septembre). Il explique notamment que la levée de l'excommunication par le pape Benoît XVI avait uniquement pour objectif de renforcer la communion dans l'Eglise.

« Monseigneur Marcel Lefebvre a commis un acte de rébellion quand, en 1988, il a ordonné quatre évêques sans mandat pontifical. C'est un acte schismatique. Et donc, pour avoir agi contre la loi de l'Eglise, l'évêque qui a procédé aux ordinations sacerdotales, Mgr Lefebvre, et les quatre évêques ordonnés par lui, ont été excommuniés. C'est la cause et le problème que l'on veut résoudre dans ce processus », a-t-il expliqué.

« C'est ce qu'ont voulu faire les deux derniers papes pour restaurer l'unité de l'Eglise », a-t-il ajouté.

« Je le répète, a-t-il insisté, le seul et unique motif de l'excommunication a été les ordinations sacerdotales conférées sans mandat pontifical. L'évêque qui a célébré les ordinations était mort, et ceux qui étaient ordonnés par lui demandaient, en faisant grand bruit, comme ils l'ont fait à Lourdes, la levée de l'excommunication. Le pape, qui cherchait à mettre fin à un schisme, a accepté après de longues consultations. Et nous, tous les évêques catholiques, nous devons soutenir le pape, surtout quand il s'agit d'une question aussi fondamentale que l'unité de l'Eglise », a-t-il poursuivi.

« En 2001, au cours d'un consistoire présidé par le Saint-Père, tous les cardinaux présents se sont prononcés en faveur du processus pour l'entrée des lefebvristes dans la communion de l'Eglise. Dans la présentation du consistoire, en se fondant sur une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a souligné les difficultés relatives au texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile. Les difficultés majeures portaient sur la liberté religieuse et l'oecuménisme », a expliqué le cardinal Castrillón.

« Lever l'excommunication de quatre évêques, excommuniés pour avoir été ordonnés sans mandat pontifical, n'est pas un acte politique du Saint-Père, mais un exercice de son autorité religieuse suprême, un acte de miséricorde, au sein de l'Eglise », a-t-il déclaré.

« Avec l'avis favorable des cardinaux réunis en consistoire, le Pape a décidé de lever l'excommunication qui frappait ces évêques pour une seule et unique raison essentielle: un acte de charité pour renforcer l'unité de l'Eglise », a-t-il précisé.

Concernant les déclarations négationnistes de Richard Williamson, le cardinal Castrillón a précisé : « Mon travail n'est pas de juger un frère évêque ; cette mission incombe à la Congrégation pour les Evêques et à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C'est à cette dernière de décider si quelqu'un affirme des choses qui ne correspondent pas à la foi catholique telle qu'elle est interprétée par l'Eglise ».

Le cardinal Castrillón a toutefois rappelé que « le rejet par l'Eglise de la violence profondément injuste à laquelle fut soumis le peuple juif est on ne peut plus clair. Et ce rejet se situe sans nul doute sur un plan moral. Un génocide raciste est un crime immoral contre l'humanité ».

Jesús Colina