« La violence n’est jamais acceptable », déplore le cardinal Sarah

Le président de Cor Unum évoque la situation dans les pays du Maghreb

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ROME, Lundi 28 février 2011 (ZENIT.org) - Le cardinal Robert Sarah, président du Conseil pontifical Cor Unum, a déploré la violence qui s'abat actuellement sur certains pays du Maghreb comme la Libye, dénonçant la « logique de l'égoïsme » qui engendre tant de mal dans le monde entier.

Dans une interview accordée à L'Osservatore Romano, le cardinal africain a rappelé l'importance de diffuser le message évangélique, le seul capable « de changer le cœur de l'homme et donc la société ».

Évoquant la situation au Maghreb, le cardinal Sarah s'est dit surpris : « Je n'aurais jamais imaginé que dans des pays où la religion majoritaire est l'islam et les gens habitués à la soumission, on constate des révoltes d'une telle gravité. Evidemment la pression a été forte, peut-être trop. L'homme supporte, mais il y a des limites », a-t-il affirmé.

« Je veux espérer que les violences cesseront bientôt », a-t-il ajouté. « La violence n'est jamais acceptable, à aucune condition. Encore moins quand pour sauver un seul homme on en tue autant, comme c'est actuellement le cas en Libye », a insisté le cardinal Sarah avant de « relancer l'appel du pape afin que la logique de l'égoïsme qui engendre tant de mal s'arrête dans le monde entier ».

Pour le président de Cor Unum, « il est clair que le peuple africain se rebelle en voyant que ses chefs s'enrichissent alors qu'ils ressentent les morsures de la faim et sont contraints à supporter de plus en plus de sacrifices ».

Et d'expliquer : « Si l'Afrique apprenait à se découvrir continent, à comprendre l'importance d'être ensemble, d'être unis, cela ferait sa chance. L'Europe a compris cela et s'est unie : elle cherche à collaborer pour atteindre des objectifs communs. Sans organisation, il n'y a pas d'avenir ».

Quant à l'union africaine, « elle n'existe que sur la carte », a estimé le cardinal africain. « En réalité, chaque pays suit les indications qui lui viennent de l'étranger, des pays qui, de manière occulte ou non, les contrôlent ».

« Je ne veux pas absoudre les Africains de leur responsabilité », a ajouté le cardinal Sarah qui a néanmoins déploré que le continent soit « écrasé » par des « nations puissantes ».

Comment faire pour arrêter ce cercle de l'égoïsme ?

« Il faut donner une plus grande diffusion au message évangélique », a affirmé le cardinal. « En plus de la Parole du Seigneur, je porte avec moi une grande expérience mûrie sur cette terre merveilleuse qu'est l'Afrique. Le peuple africain a besoin de connaître l'Evangile de l'amour. L'Evangile est amour. Il est la source de la fraternité humaine », a-t-il insisté.

« Sans la présence de Dieu dans le monde, il y aura toujours un espace croissant pour l'égoïsme. L'Eglise a un rôle très important à jouer », a ajouté le cardinal africain. « Même si son message est refusé, elle doit continuer avec courage et avec patience à évangéliser. Seul l'Evangile pourra changer le cœur de l'homme et donc la société ».

Il y a beaucoup de bien au sein de l'Eglise

Dans cette interview, le cardinal a souhaité que le bien fasse aussi la « Une » des journaux. « Je ne crois pas être loin de la vérité si j'affirme qu'en allumant la radio, la télévision ou en feuilletant les journaux, on n'entend et on ne lit que des mauvaises nouvelles ». « Pourquoi les bonnes choses ne font-elles jamais de nouvelle ? Peut-être parce que cela pourrait réellement contribuer à faire grandir humainement et spirituellement l'homme et la société », a-t-il observé.

« Il y a du bon dans le monde », a-t-il insisté. « Il y a beaucoup de bien au sein de l'Eglise. Il y a beaucoup d'hommes d'Eglise qui font vraiment du bien. Mais on ne parle que des erreurs de certains d'entre eux, de ce qui fait scandale. Il est juste que l'on sache, pour pouvoir réparer », a expliqué le cardinal. « Mais il n'est pas juste que seule cette image fausse de l'Eglise se répande ».

Le cardinal Sarah a invité les institutions internationales à « soutenir la promulgation de lois économiques et commerciales qui ne favorisent pas que la politique des plus riches, des plus puissants ». « L'interdépendance d'aujourd'hui demande la collaboration de tous pour mettre fin à ces structures d'injustice. Ce qui se passe aujourd'hui dans tant de parties du monde est le fruit de l'injustice qui règne », a-t-il affirmé.

Il a enfin souhaité « une révolution - pacifique, j'entends bien - au sein de l'Onu elle-même ». « Les petits pays, ceux qui comptent le moins parce que plus pauvres, mais qui sont la majorité, devraient chercher à se faire respecter plus, à imposer leur présence, à imposer leur dignité. Ils devraient faire comprendre qu'il est temps de mettre un terme à toutes les formes d'injustice internationale qui, malheureusement, se manifestent aussi au sein de l'Onu », a-t-il conclu.

Marine Soreau