Le bien fondé du transfert de la compétence des cas de pédophilie à Rome

Un cas français montre l'importance de la décision de Jean-Paul II

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ROME, Jeudi 15 avril 2010 (ZENIT.org) - Un cas français où l'évêque n'a pas « dénoncé » lui-même un prêtre de son diocèse - dénoncé par les victimes -, ré-apparaît dans la presse. Le Vatican réagit en manifestant le bien fondé de la décision de Jean-Paul II en 2001 de transférer ces cas à Rome.

A propos d'une lettre du cardinal Castrillon Hoyos, alors préfet de la Congrégation romaine pour le Clergé, à l'évêque de Bayeux-Lisieux, en date du 8 septembre 2001, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi a fait ce soir la déclaration suivante :

« Ce document prouve combien est opportune l'unification du traitement des cas d'abus sexuels sur des mineurs de la part de membres du clergé, sous la compétence de la congrégation pour la Doctrine de la Foi, pour en garantir une conduite rigoureuse et cohérente, comme il est advenu effectivement avec les documents approuvés par le pape en 2001 ».

La difficulté pour un évêque de dénoncer un prêtre de son « presbyterium » a provoqué la réforme de Jean-Paul II : tous les cas devaient être désormais transférés à la compétence de la Doctrine de la foi, à Rome. C'est ce qu'indique le motu proprio "Sacramentorum sanctitatis tutela" du 30 avril 2001.

Pour que les coupables rendent compte de leurs actes devant les tribunaux, l'Eglise encourage les victimes à les dénoncer et à porter plainte, tout en demandant aux coupables de se remettre eux-mêmes à la justice.

Récemment, la copie d'une lettre adressée par le cardinal Castrillón Hoyos à Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux, a été publiée dans la presse : l'évêque n'avait pas « dénoncé » lui-même un prêtre de son diocèse, tenu par le « secret professionnel ».

Mgr Pican a été pour cela à l'époque mis en examen, et dans une déclaration du 7 septembre 2001, il avait annoncé son choix de ne pas faire appel de sa condamnation pour épargner un nouveau procès aux victimes et au diocèse.

« Après avoir pris le temps de réfléchir, j'ai décidé de ne pas faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Caen, en date du 4 septembre 2001, qui m'a condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs ».

Il souligne que ce qui est en cause est le secret « professionnel » : « Ce procès extrêmement complexe dépassait ma propre personne. Essayant de prendre de la distance par rapport à ce que j'éprouve, je constate qu'ont été réaffirmés des principes de première importance touchant le respect des personnes, à travers l'option de conscience et le secret professionnel des ministres du culte ».

Il regrette cette « restriction du champ du secret professionnel qui ne laisse pas d'inquiéter » et estime qu' « une telle remise en cause -même partielle- de la jurisprudence admise et constamment réaffirmée jusqu'ici » demanderait qu'il fasse appel.

Il songe alors aux victimes et à ses diocésains : « Je ne saurais oublier l'épreuve subie par les victimes de l'abbé Bissey. Même si certains ne l'ont pas perçu, j'ai constamment été habité par l'ampleur de leur drame, et les souffrances qui se sont exprimées lors des procès m'ont marqué en profondeur. Aussi ai-je voulu manifester ma volonté d'apaisement à l'égard des parties civiles et ne pas raviver les blessures, au cours d'un nouveau procès qui se déroulerait devant la cour d'appel de Caen. J'ai aussi beaucoup pensé à mon diocèse, à l'Eglise, à toutes celles et ceux qui, de bien des manières, ont été affectés par cette situation ».

La lettre du cardinal Castrillón Hoyos date du lendemain de cette déclaration, le 8 septembre : ce n'est donc pas un encouragement a priori ou une ligne de conduite avant l'affaire. C'est une réaction au choix de Mgr Pican et à sa déclaration.

L'assemblée plénière des évêques français à Lourdes, en novembre 2000, avait abordé ouvertement le problème de la pédophilie de certains prêtres.

Mgr Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon - devenu ensuite cardinal - et alors président de la Conférence épiscopale, avait publié une déclaration affirmant que « les prêtres qui se sont rendu coupables d'actes à caractère pédophile doivent répondre de ces actes devant la justice ».

La conférence épiscopale a ensuite publié une brochure intitulée « Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs » que l'on peut télécharger en ligne en cliquant sur le lien hypertexte.

Anita S. Bourdin