Le card. Danneels commente Messiaen et le P. Kim

A Bourges, festival de la lumière et de la musique

| 1358 clics

Séverine Jahan

ROME, mardi 8 mai 2012 (ZENIT.org) – A l'occasion du 20ème anniversaire du décès d’Olivier Messiaen, compositeur, organiste et pianiste (1908 – 1992), le diocèse et la ville de Bourges organisent le "festival de la lumière et de la musique" (9 juin - 30 septembre 2012). La spiritualité de la musique de Messiaen et l'oeuvre du P. Kim En Joong, dominicain, artiste peintre d’origine coréenne, encadrent ce festival.

Mgr Maillard, archevêque de Bourges, a invité le cardinal Godfried Danneels, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, à mettre en lumière ce festival grâce à ses compétences artistiques. Ce festival sera inauguré dans la cathédrale de Bourges le samedi 9 Juin à 17h par un vernissage des œuvres du P. Kim, suivi d'un concert de Messiaen à 20h30. Le cardinal Danneels célèbrera une messe le dimanche 10 juin à 11 heures avec une prédication particulière sur la Beauté, "œuvre de Dieu pour guérir notre monde blessé". Le festival prendra fin le 30 septembre 2012.

Le cardinal Danneels commente ci-dessous les oeuvres du P. Kim et d'Olivier Messiaen, livrant son regard sur l’Art. Pour lui, Olivier Messiaen et le P. Kim sont deux "âmes soeurs" qui "contemplent un au-delà des couleurs et des sons" et qui expriment "l'inexprimable", c'est-à-dire "la beauté de Dieu dans un langage humain" :

"Voir l’invisible et exprimer l’inexprimable. Voici la vocation et la puissance de toutes les formes d’art. Car l’art élève et humanise l’homme. Souvent dans le sens moral mais toujours dans le sens mystique. « Il y a plus » nous disent les formes, les couleurs et les sons. L’art du P. Kim approche à certains moments de « cet art pur ». Il exprime et nous fait voir ce qui ne se voit pas. Il nous emmène au-delà de toute forme ou couleur, vers ce qui est la Source même de toute pensée et de toute sensation : le Transcendant dans son mystère et sa tendresse.

La musique de Messiaen fait de même, en intégrant dans l’expression la dimension du temps. Car la musique capte le temps pour le rendre serviable à l’émotion. Elle donne forme et vie à la durée, ce mystérieux flux de l’existence humaine.

Le P. Kim En Joong et le compositeur Olivier Messiaen sont comme deux âmes sœurs sans le savoir sans doute. Mais ils contemplent tous les deux un au-delà des couleurs et des sons. Ils disent la beauté de Dieu, pour autant que ce soit possible, dans un langage humain. Sans s’être rencontrés, ils se sont trouvés dans une même adoration du même mystère : Dieu qui se mire dans le miroir de sa création pour y voir son image, l’Eternel qui se réjouit dans les formes, les couleurs et les sons. Dieu qui met sa fierté dans ceux et celles de ses enfants, qui participent à sa force d’exprimer du divin dans la matière.

Dans les tableaux du P. Kim, que d’oiseaux montant et descendant dans l’air pur ! Ce sont les mêmes oiseaux qui chantent dans la musique de Messiaen. N’est-ce pas Messiaen qui au lever du jour allait cueillir dans les bois, carnet et crayon en main, le chant des oiseaux. Il puisait dans la partition de Dieu, l’inspiration pour les siennes. Le P. Kim et Messiaen, des âmes sœurs, comme le disait un jour Messiaen : « Je vois des couleurs quand j’entends les sons, quand je lis de la musique ». Aucun doute que le P. Kim entend de la musique quand il peint. Car les oiseaux pratiquent les deux langues : celle des couleurs de leurs robes et celle de la musique de leur gorge.

Rendons grâce à celui qui est créateur de tout l’univers et qui a fait l’homme co-créateur avec Lui. Rendons grâce surtout à ceux et celles qui ont reçu de Dieu cette acuité du regard, pour découvrir et exprimer dans leur art, quelque chose du visage de Dieu.

Rendons grâce pour le P. Kim et Olivier Messiaen, qui nous permettent de ressembler à ce grand voyant que fut Moïse, qui possédait la grâce de vivre sur cette terre : « comme s’ils voyaient l’invisible «  (He 11,27)"