Le cardinal Dalla Costa déclaré "Juste parmi les nations" à titre posthume

"Une leçon de plus grande humanité pour le monde", par le card. Betori

Rome, (Zenit.org) Antonio Gaspari | 546 clics

La Médaille du « Juste parmi les nations » a été décernée à la mémoire du cardinal Elia Angelo Dalla Costa, archevêque de Florence de 1933 à 1961, qui s'est opposé au nazisme et a sauvé des centaines de juifs de la persécution.

Le cardinal Dalla Costa a été reconnu le 26 novembre 2012 comme « Juste parmi les Nations » par le musée de l’holocauste Yad Vashem de Jérusalem (cf. Zenit du 27 novembre 2012).

La cérémonie de remise de la médaille a eu lieu le 26 février 2014, au Palazzo vecchio de Florence, dans le « salon des cinq-cents », où l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Zion Evrony a remis la plus haute distinction civile décernée par l’État hébreu, au neveu de l'archevêque, qui porte son nom, Elia Dalla Costa.

Sara Cividalli, présidente de la communauté juive de Florence, Rav Yosef Levi, rabbin de Florence, Riccardo Pacifici, président de la communauté juive de Rome, Cristina Giachi, adjointe à l'éducation de la ville de Florence et le cardinal Giuseppe Betori, archevêque de Florence, étaient présents à cet événement.

En 1938, quand Adolf Hitler vint à Florence, le cardinal Dalla Costa fit fermer les fenêtres du palais épiscopal et s'abstint de participer aux célébrations officielles.

En 1943 il organisa un réseau clandestin de sauvetage pour les persécutés. Sur son ordre, 21 couvents et instituts religieux, en plus de diverses paroisses, devinrent refuge pour les juifs et opposants au régime.

L'archevêque mis sur pied un comité secret composé de juifs et de catholiques, pour gérer les opérations de secours. Parmi les membres de ce comité : le docteur Nathan Cassuto, rabbin de Florence et brillant oculiste, don Leto Casini, curé et responsable du monastère du Saint-Esprit à Varlungo, Matilde Cassin qui avait déjà travaillé avec le réseau “Delasem”, d’assistance pour les juifs discriminés par les lois raciales et le champion de cyclisme Gino Bartali, qui faisait le relais entre Florence et Assise, où une imprimerie tirait de faux papiers qu'il cachait dans les tubes de son vélo.

Pour le cardinal Giuseppe Betori « la grandeur du cardinal Elia Dalla Costa est un donné acquis pour la conscience de l’Église catholique florentine, qui en a proposé la béatification, ainsi que pour la conscience de la cité de Florence, qui sait combien elle lui doit pour son opposition au fascisme et au nazisme et pour la reconstruction civile après la guerre ».

« Le choix du cardinal Dalla Costa, qui a impliqué de nombreux collaborateurs, n'était pas simplement le fruit de sentiments compatissants, mais le résultat d'une vision précise de l'homme et de l'histoire, qui émerge dans ses lettres pastorales de 1938, 1943, 1944 : nous y trouvons la condamnation du racisme et la recommandation de la charité envers tous sans distinction », a poursuivi le cardinal Betori.

L’archevêque de Florence a précisé que le cardinal Dalla Costa nourrissait une compréhension profonde « du lien religieux privilégié entre les chrétiens et le peuple d’Israël ».

Selon le cardinal Betori, « c'est la compréhension de ce fondement spirituel qui est à la base du choix courageux de se mettre en danger lui-même et de mettre en danger la communauté catholique florentine afin de sauver les frères aînés ».

Une attitude qui pour l'archevêque de Florence est une anticipation du dialogue que « le Concile Vatican II ouvrira au niveau de l’Église universelle entre catholiques et juifs et qu'aujourd'hui nous vivons ici à Florence ».

« Cette vision claire de la dignité de toute personne humaine au-delà des diversités ethniques et religieuses, ainsi que cette perspective spirituelle qui s'alimente à la source des paroles divines faisant des juifs et des chrétiens des frères, sont une leçon aussi pour notre époque, pour construire ensemble un avenir de paix, de justice, de plus grande humanité pour le monde », a conclu le cardinal.

Cristina Giachi a déclaré quant à elle : « Je suis honorée et reconnaissante que Florence soit protagoniste d'une histoire comme celle d'Elia Dalla Costa, une histoire lumineuse dans l'obscurité des valeurs qui, en ces années, a traversé tout notre continent. Grâce aux hommes comme lui, à leur courage et à leur générosité, il a été possible de ne pas laisser au mal le dernier mot. Son exemple nous montre une route claire à suivre. »

Riccardo Pacifici était particulièrement concerné : c'est en effet à Florence que son père Emanuele et son oncle Raffaele furent sauvés à l’Institut Sainte-Marthe à Settignano, et ce fut à Florence que sa grand mère Wanda Abenaim fut emmenée à Auschwitz.

Traduction d'Anne Kurian