Le cardinal Gantin brosse un portrait de Benoît XVI

Un homme de culture, qui sait écouter, qui nous apprendra à aller à l’essentiel

| 1193 clics

ROME, vendredi 29 avril 2005 (ZENIT.org) - « C’est un homme de culture qui sait aussi écouter. Il nous apprendra à aller à l’essentiel. Nourri du Concile, il nous aidera à l’approfondir », déclare le cardinal Gantin à propos du nouveau pape Benoît XVI.



Nous publions ci-dessous un entretien que le cardinal Bernardin Gantin, doyen émérite du collège cardinalice, a accordé ce mercredi au quotidien italien « Avvenire », dans lequel il brosse un portrait du nouveau pape.

Le 27 juin 1977, lors de son dernier consistoire, le pape Paul VI créait quatre nouveaux cardinaux. Deux d’entre eux sont encore en vie : le cardinal Gantin et Benoît XVI. Le cardinal Gantin a été reçu par le nouveau pape, hier jeudi, en audience.

Q : Eminence, quand avez-vous connu Benoît XVI ?

Card. Gantin : Je connaissais Joseph Ratzinger comme théologien de grande réputation depuis le temps du Concile. Mais je le connus personnellement seulement quand Paul VI le nomma archevêque de Munich et Freising. Un jeune prêtre de mon pays, le Bénin, obtint sa maîtrise en théologie avec lui, exactement le jour où fut annoncée sa nomination comme archevêque, et j’eus ainsi la chance de participer à la consécration épiscopale qui se déroula dans la capitale bavaroise le 28 mai 1977, jour de la Pentecôte.

Q : Un mois plus tard se tint le Consistoire…

Card. Gantin : Pour moi ce fut un honneur d’être créé cardinal par le grand pape Paul VI avec des figures de premier plan comme Giovanni Benelli, Joseph Ratzinger, Maria Luigi Ciappi et Frantisek Tomasek. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux. Lorsque nous nous rencontrions, le cardinal Ratzinger me répétait toujours « nous sommes les survivants …».
C’est à cette occasion que le cardinal Ratzinger fit la connaissance de ma mère, ma chère maman Anne, qui fut frappée par sa simplicité et sa courtoisie. A ce propos je ne peux oublier ce qui arriva ensuite, en 1992. Nous nous trouvions à Jérusalem à l’occasion d’un pèlerinage en Terre Sainte. Le cardinal Jozef Tomko était également présent. Ma mère retourna à la Maison du Père précisément à ce moment-là. Je me rappelle encore avec quelle tendresse fraternelle le cardinal Ratzinger et le Cardinal Tomko me manifestèrent leur proximité en ce moment douloureux.

Q : Vous avez travaillé pendant près de trente ans à la curie romaine et le pontife actuel est à Rome depuis plus de vingt ans. J’imagine que vous vous êtes souvent rencontrés…

Card. Gantin : Nous nous sommes souvent croisés du fait de notre activité au sein de la curie romaine. J’ai été membre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et lui de la Congrégation pour les Evêques que je présidais. Mais un détail est toujours resté gravé en moi. Lors de l’une des premières réunions ici au Vatican, celui qui était alors le cardinal Ratzinger, qui n’avait pas étudié à Rome, dit : « Mon italien n’est pas encore très bon. Par conséquent, avec votre permission, je souhaiterais prononcer mon discours en latin… ». Il commença à parler couramment dans cette langue, qui est la langue officielle de l’Eglise. Ce fut impressionnant !

Avez-vous d’autres souvenirs particuliers de votre travail ensemble au sein de la curie ?

Card. Gantin : Il a toujours eu beaucoup de respect pour ses confrères. Il les a toujours écoutés avec attention, avant d’exprimer son opinion, qui ne coïncidait pas toujours avec celle de la personne qui l’avait précédé dans la discussion.

Q : Eminence, faites-nous un portrait, vu de près, du nouvel évêque de Rome…

Card. Gantin : Il s’appelle Benoît, mais pour moi il est également un « bien donné » (ndlr : Benedetto en italien dans le texte est transformé par le cardinal Gantin en Bene-dato) à l’Eglise de Jésus. C’est un homme d’un niveau culturel très élevé. Mais surtout c’est un homme d’une grande foi et d’une grande piété. C’est un homme de prière. C’est un homme nourri du Concile Vatican II, et un homme qui connaît la Tradition, qui connaît les Pères de l’Eglise. Beaucoup n’ont pas lu Vatican II et en voudraient un autre. Il faut en revanche étudier et approfondir le Concile.

Q : Comment sera le pontificat de Benoît XVI selon vous ?

Card. Gantin : Humainement parlant, on peut penser que ce ne sera pas un pontificat trop long, même si nous ne nous lasserons pas de prier pour qu’au contraire il le soit. La qualité compte plus que la quantité pour Benoît XVI. Ce sera un pontificat sobre, simple, direct, concentré sur l’essentiel.

Q : Certains affirment qu’il peut sembler pastoralement un peu « froid »…

Card. Gantin : Chaque souverain pontife a son tempérament. Il n’est pas nécessaire que le nouveau pape se mette à serrer toutes les mains. Et peut-être vaut-il mieux qu’il se concentre sur l’essentiel de son mandat. Même si l’autre soir dans la Basilique Saint-Paul, j’ai vu que Benoît XVI a caressé le visage de quelques malades et de quelques enfants.

Q : Vous n’avez pas participé au conclave mais vous avez pris part aux congrégations générales des cardinaux qui l’ont précédé. Des congrégations qui ont été guidées par le doyen…

Card. Gantin : A ce propos, je peux dire seulement que celui qui était alors le cardinal Ratzinger les a guidées de manière magistrale, au point d’avoir mérité à plusieurs reprises les applaudissements de ses confrères.

Q : Selon des indiscrétions journalistiques, au cours de certaines congrégations l’on aurait parlé également de la limite des 80 ans pour les cardinaux électeurs. Pensez-vous que le nouveau pape changera quelque chose à ce propos ?

Card. Gantin : Jean-Paul II a expliqué à plusieurs reprises qu’il se sentait lié sur ce point à ce qui avait été établi par son prédécesseur Paul VI. Je ne sais pas si Benoît XVI se sentira lié de la même manière à la décision prise par le pape Montini. Personnellement j’ai participé aux deux conclaves de 1978 et cela me suffit. Voter pour élire le successeur de Pierre n’est pas un honneur, mais une grave responsabilité. Peut être le souverain pontife actuel pourrait-il augmenter le nombre des cardinaux électeurs à plus de 120, vu que les ecclésiastiques qui mériteraient la pourpre cardinalice sont nombreux. Mais ce sera à lui de décider.

Q : Espérez-vous le rencontrer avant de rentrer au Bénin ?

Card. Gantin : Grâce à Dieu, le pape a eu la bonté de m’accorder une audience demain matin. Je suis en train d’écrire des notes sur ce que je dois lui dire. Je ne veux pas lui dérober un temps précieux. Je crois que je lui parlerai surtout de « mon » Afrique, où je retournerai lundi pour continuer à être le simple missionnaire romain que j’ai décidé d’être quand je suis rentré au Bénin.