Le cardinal Lustiger recommande la pratique du Chemin de Croix

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CITE DU VATICAN, Jeudi 26 février 2004 (ZENIT.org) – Le cardinal Lustiger affirme préférer l’icône" à la "photographie" représentant un sujet religieux et à l’icône le "sacrement", le chemin de Croix que les fidèles "font" à sa représentation : le chrétien, rappelle-t-il, vit dans la dimension du "sacrement".



Lors de la rencontre de vendredi dernier 20 février avec les journalistes, lors de la visite ad limina des évêques de la région d’Île de France, le cardinal Lustiger s’est refusé à donner un point de vue sur le film de Mel Gibson "La Passion". Il précisait qu’il avait un point de vue "très personnel" sur le rapport entre les récits évangéliques et ses représentations.

Il expliquait : "Je suis très réservé sur toute théâtralisation de la Passion, même si je comprends que cela puisse se faire, et encore plus sur son expression par l’image électronique ou chimique".

"Comme Chrétiens, soulignait l’archevêque de Paris, nous vivons dans le domaine du sacrement. A chaque Eucharistie c’est tout le mystère de la Passion et de la Résurrection qui nous est donné: il ne nous est pas donné sous la forme d’un spectacle que l’on regarde, mais sous la forme d’un acte de la puissance divine qui se communique. La figuration peut-être une régression absolue. Cela touche beaucoup l’affectivité, l’imagination, mais c’est très ambigu. Je ne dis pas que cela est "mal". Je laisse la liberté à chacun, mais je préfère une icône à la photographie d’un acteur qui joue le Christ, et je préfère encore le sacrement à l’icône. Cela m’est plus utile pour la prière et je pense que c’est plus utile pour le peuple chrétien aussi".

Le cardinal évoquait l’exemple du film de Pasolini sur l’Evangile selon saint Matthieu, où il voit une "subtilité double". D’une part, expliquait le cardinal Lustiger, Pasolini a choisi de prendre "un Evangile complet, et pas une recomposition du récit". D’autre part, il utilise un "double filtre" : "Il lit la Passion à travers le regard de sa mère" et "il l’a exprimée du point de vue stylistique à travers l’iconographie picturale italienne".

Le cardinal disait reconnaître dans la "subtilité des deux filtres", le signe d’un "homme de culture catholique fine, même si on ne sait pas s’il était croyant". Le film présente "une double distance, grâce aux yeux de sa mère qui dans le film, représentait Marie au pied de la Croix, et à travers les tableaux qu’il avait contemplés dans son enfance". Il résumait : "le film était déjà supporté par toute une mémoire".

L’archevêque proposait un autre exemple dans la liturgie : "Quand j’entends des prêtres ou des diacres qui "mettent le ton" comme des acteurs, cela me gêne", avoue-t-il : "je préfère la vieille tradition liturgique catholique qui consiste au contraire à chanter sur un air codifié, comme le font les Byzantins de leur côté, et non pas à chanter comme à l’Opéra ; nous aussi nous avons une tradition, il y a un hiératisme réel du texte, il n’est pas irréel, il est réel, ce n’est pas un spectacle".

"Quand nous faisons un Chemin de Croix, que faisons-nous ? quelle est la piété du Chemin de Croix, interrogeait le cardinal, c’est que les fidèles "font" le Chemin. Ils ne s’assoient pas dans un fauteuil pour regarder quelqu’un faire le Chemin de Croix. Ils marchent. Certains même portent une croix, ce qui est tout à fait différent".

"Les arts plastiques, continuait l’archevêque, ont le mérite d’être des transpositions évidentes. Tout art plastique est une interprétation. Et donc, à ce titre, on peut aimer, ne pas aimer, y être sensible, ne pas y être sensible. Je pense que nous n’avons pas réfléchi à ce que représente notre septième art. Ce sont des problèmes terribles pour notre civilisation, indépendamment de ce film".

Il citait le festival chrétien du cinéma qui a lieu chaque année à Paris : des spécialistes sélectionnent des films pour voir comment s’exprime "une certaine profondeur humaine et spirituelle à partir de tel ou tel thème".

Le cardinal insistait sur l’importance de l’interprétation, des clefs "herméneutiques" en faisant remarquer : "Faute d’une éducation du regard, et de l’intelligence, la télévision risque d’abrutir les gens plus que de les éduquer. Il faudrait que l’outil télévisuel fasse lui-même une herméneutique, une interprétation de ce qu’il donne".