Le « Choix de la famille » et le « Destin de l'homme », par Mgr Laffitte

Rencontre avec le secrétaire du Conseil pontifical pour la Famille

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Propos recueillis par Anita Bourdin

ROME, mercredi 23 mai 2012 (ZENIT.org) – Du « Choix de la famille », à la VIIe Rencontre des Familles de Milan, en passant par son livre « Le Christ destin de l’homme », Mgr Jean Laffitte, secrétaire du Conseil pontifical pour la Famille, évoque pour les lecteurs de Zenit les enjeux de cette réflexion sur la famille et sur l’homme, qu’il poursuit depuis une vingtaine d’années.

Zenit - Mgr Laffitte, vous avez publié l’an dernier « Le choix de la famille » (Echelle de Jacob) : il est en passe d’être publié dans une 7ème langue, vous attendiez-vous à un tel succès ?

Mgr Jean Laffitte - Non, bien sûr, j’avais seulement remarqué que le livre interpellait beaucoup de couples et aussi de jeunes. Dans cette diffusion en plusieurs langues, je vois une confirmation de la justesse des intuitions du Bienheureux Jean-Paul II qui recommandait de partir des expériences fondamentales de l’homme, en particulier le désir d’aimer et d’être aimé, la souffrance, la liberté personnelle, la joie… Or, ainsi qu’il l’observait, ces expériences essentielles sont transversales à toutes les cultures.

Vous publiez maintenant une « somme » sur la morale catholique qui rassemble un travail intellectuel et pastoral de quelque 20 ans : comment est né ce projet ?

Avant d’être une somme sur la morale, il s’agit d’une réflexion anthropologique qui vise justement à poser les questions morales dans leur véritable perspective : devenir davantage des fils, d’où l’expression « anthropologie filiale ». Le titre de l’ouvrage : Le Christ destin de l’homme ne focalise pas l’attention d’abord sur l’agir humain mais sur la personne du Sauveur, le Fils par excellence. Il nous apprend à vivre en fils et donc à faire le bien pour complaire à notre Père des cieux.

Le projet est né de l’intention de ne pas laisser se perdre des textes qui avaient été souvent écrits ou prononcés en différentes langues et de les offrir aux lecteurs français selon un ordre cohérent. J’ajoute que l’idée de faciliter la tâche de mes propres étudiants n’a pas été non plus étrangère à cette entreprise.

Ces articles ou conférences ont été écrits ou prononcés dans des cultures bien différentes ?

Oui, à la fin de l’ouvrage figure d’ailleurs tout le détail des circonstances et des lieux où ces textes ont été produits. Cela représente une bonne vingtaine de pays dans les cinq continents.

Comment avez-vous organisé la matière ?

L’ensemble est structuré en deux grandes parties : la première s’intitule « la famille, la vie, la société », la seconde « l’agir chrétien, le pardon, le Cœur du Christ ». Chacune des parties comprend trois chapitres au sein desquels les articles sont choisis dans un ordre cohérent. Le tout est précédé d’une introduction qui essaie de montrer l’unité qui relie chacun de ces textes entre eux.

On vous connaît comme un théologien de la famille, mais le livre couvre bien d’autres situations de la vie du chrétien, par exemple la question de la liberté de conscience : pourquoi cette question spécialement ?

Il me semble impossible de procéder de façon complète à une étude de la personne humaine en passant sous silence ce qui est en l’homme le lieu de sa plus grande dignité : la liberté de choisir le bien, de faire des jugements de conscience, et de répondre aux aspirations les plus profondes de son cœur, tant au plan spirituel qu’au plan moral. J’ajoute qu’aujourd’hui la conscience des chrétiens et des hommes de bonne volonté est particulièrement sollicitée par des défis inédits liés à l’oubli du bien commun dans les expressions sociales et législatives du débat public sur les questions les plus fondamentales..

Vous abordez la question du pardon qui vous habite depuis longtemps. C’est aussi le sujet de votre thèse de doctorat à l’Institut Jean-Paul II : on peut tout pardonner ? On oublie souvent la dimension de la réparation dans la demande de pardon. C’est peut-être cela qui fait dire à beaucoup « c’est trop facile de demander pardon » ?

La question du pardon est soumise aujourd’hui à deux tendances paradoxales. La première est d’en nier la possibilité, idée que l’on rencontre chez de nombreux penseurs. Je pense par exemple aux conférences que prononça il y a une quinzaine d’années le philosophe Derrida en Chine. L’autre terme du paradoxe est l’attitude inverse qui confond le pardon avec l’oubli de la réalité de l’offense. Elle provient de trois facteurs principaux : d’une confusion entre le bien et le mal, de l’identification abusive du bien avec telle ou telle revendication d’un droit des individus et enfin, d’une méconnaissance totale de l’importance symbolique de certaines décisions et actions aux plans privé et public. Dans cette optique, prenez l’exemple de l’avortement. On a tout dit déjà sur les aspects éthiques et spirituels des législations qui le libéralisent. Toute cette question, à mon sens, devrait être reprise du point de vue de la philosophie du droit. Cela mettrait cruellement en relief l’idée qu’un pays a de la vie humaine, de l’enfance, du handicap, de l’infirmité, de la filiation et de tant d’autres éléments. On se rendrait compte que ces législations recèlent une incroyable déformation, ou même une négation des symboles fondamentaux qui ont concrètement structuré la vie des hommes jusqu’à nos jours. Comment de tels actes seraient-ils pardonnables s’ils ne sont pas identifiés pour ce qu’ils sont : le mépris et la destruction de la vie humaine ? Une société qui tue les enfants dans le sein de leur mère a perdu toute espérance dans le futur et dans la vie.

La présentation de votre livre, aux Bernardins, est devenue en quelque sorte un hommage à l’œuvre et à l’action de Jean-Paul II avec une relecture de l’histoire de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille : comment résumer ce riche parcours ?

Jean-Paul II a offert une réflexion unique par son ampleur sur toutes les questions relatives à l’amour humain et à ses expressions. L’Institut qui porte son nom est depuis 30 ans le lieu où cette pensée a été enseignée, interprétée, approfondie et transmise dans toutes les grandes cultures : des étudiants originaires de 70 pays, des sections présentes dans les cinq continents, une approche interdisciplinaire des questions anthropologiques et morales, un approfondissement chrétien du mystère de l’amour mûri dans le contexte ecclésial précieux que représente Rome. L’Institut a été contemporain des apports magistériels inoubliables que sont, entre autre, les encycliques Evangelium Vitae et Veritatis splendor, l’exhortation apostolique Familiaris consortio, l’ensemble des Catéchèses sur l’amour humain prononcées entre 1979 et 1984, l’instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi Donum vitae, la Lettre aux familles, la lettre apostolique Mulieris Dignitatem, sans oublier toute la partie morale du Catéchisme pour l’éducation catholique. Voilà le contexte concret où s’est effectué le travail de ces milliers de prêtres et de laïcs.

Pour la première fois, ce Vendredi Saint, le Chemin de Croix du Colisée a eu pour thème la famille et c’est un couple catholique, responsable du mouvement « Familles nouvelles » auquel Benoît XVI a confié les méditations : c’est significatif de l’engagement de Benoît XVI pour la famille ?

Oui, bien sûr, le pontificat actuel s’inscrit tout à fait dans la continuité du précédent. Les deux encycliques Deus caritas est et Caritas in veritate sont très importants pour les thèmes qui nous intéressent ici : le premier en raison de sa réflexion très ample sur le rapport entre eros et agapé, objet du premier chapitre, le second par le lien entre famille et société qui a été approfondi. Il conviendrait d’ajouter l’exhortation Sacramentum caritatis qui a mis en lumière le rapport entre mariage et eucharistie, ainsi que de nombreuses interventions comme les discours au Tribunal de la Rote, l’allocution prononcée à l’occasion du 25ème anniversaire de l’Institut Jean-Paul II, ou encore quelques homélies qui feront date comme celle de Zagreb en juin 2011.

Vous participerez à la VIIe Rencontre mondiale des Familles de Milan ?

Naturellement ! Je vous rappelle que le Conseil pontifical pour la Famille en est le coorganisateur et qu’il travaille depuis trois ans déjà à cette rencontre. Vous y êtes cordialement invitée comme toutes les familles qui répondent à l’invitation du Successeur de Pierre qui a décidé de demeurer avec elles pendant trois jours (1, 2 et 3 juin). Plus de 140 pays seront représentés, la Rencontre mondiale des Familles commence le 30 mai par le grand congrès théologique et pastoral sur le thème la famille : le travail et la fête. Toutes les familles présentes, parents et enfants, auront l’occasion unique de vivre un grand moment de prière, de resourcement spirituel, de rencontres avec d’autres familles en provenance du monde entier, en clair un vrai moment de fête.