« Le Christ, destin de l'homme », aux Bernardins

Le P. Bonnewijn présente le livre de Mgr Laffitte

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ROME, jeudi 22 mars 2012 (ZENIT.org) – « Le Christ, destin de l’homme. Itinéraires d’anthropologie filiale » : ce livre du secrétaire du Conseil pontifical pour la Famille, Mgr Jean Laffitte, dont nous avons parlé le 16 mars, a été présenté à Paris, au Collège des Bernardins, le mercredi 14 mars, entre autres, par le P. Olivier Bonnewijn, professeur à l’I.E.T. de Bruxelles. Voici le texte intégral de sa présentation, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Bernardins, le 14 mars 2012

Olivier Bonnewijn

Présentation du livre de Mgr Jean LAFFITTE

Le Christ, destin de l’homme

Itinéraires d’anthropologie filiale[1]

Introduction

Dans sa constitution Gaudium et spes, le concile Vatican II expose « comment il envisage la présence et l’action de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui. »[2] A cette question pastorale, il répond en développant comme « axe principal »[3] l’anthropologie en lien avec une série de questions concrètes : l’athéisme, le mariage et la famille, la culture, la vie économique et sociale, la vie de la communauté politique, la sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des nations.

L’ouvrage qui nous est donné de présenter ce soir s’inscrit immédiatement dans ce vaste chantier lancé il y a cinquante ans. Au fil des pages, l’auteur, Mgr Jean Laffitte nous révèle une véritable passion pour la personne humaine, en prise directe avec des sujets brûlants d’actualité. Il nous offre un recueil de 27 chapitres, traversé d’un bout à l’autre par le célèbre appel de saint Léon le Grand : « Réveille-toi, ô homme, et reconnais la dignité de ta nature ! »[4]

Ce soir, nous allons parcourir ces pages selon cette perspective anthropologique. Un épisode  de l’Evangile selon saint  Marc va nous y aider, selon 5 moments. « Et il advint qu’en ces jours là, Jésus vint de Nazareth de Galilée (1°), et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer (2°) et l’Esprit comme une colombe descendre sur lui, et une voix vint des cieux : « Tu es mon Fils (3°) bien-aimé (4°), tu as toute ma faveur. » Et aussitôt, l’Esprit le pousse au désert (5°). » (Mc 1,9-12)

1/ « Et il advint qu’en ces jours là, Jésus vint de Nazareth de Galilée. »

Une Anthropologie de l’expérience intégralement humaine

L’Evangile selon saint Marc témoigne d’une expérience. Il advint qu’en ces jours là. De même, l’anthropologie de Mgr Laffitte jaillit de l’expérience[5] qu’il tente patiemment de déchiffrer.[6] D’où une étonnante connaturalité avec la « méthode Jean-Paul II » qui « pour s’adresser à tout homme de bonne volonté, partait systématiquement de ce qu’il décrivait comme les expériences humaines fondamentales au cœur de l’homme, expériences communes à tous. »[7]

L’anthropologie de Jean Laffitte s’enracine dans une herméneutique de l’expérience humaine, et de l’expérience intégralement humaine. Ses paramètres essentiels résident dans le Christ,  « mesure de tout ce qui est humain », « lui qui réalise cette parfaite humanité voulue par Dieu. »[8] Et il advient en ces jours là, Jésus vint de Nazareth de Galilée. Et il fut baptisé dans le Jourdain. Jean Laffitte considère l’existence humaine à l’intérieur de l’existence pascale de Jésus de Nazareth, descendant dans les eaux du Jourdain et en remontant bien vite. Il  interroge le cœur de l’homme[9] à partir du Cœur du Christ.

Les concepts, en eux-mêmes, ne l’intéressent pour ainsi dire pas vraiment. Ou, plus précisément, ils l’intéressent dans la mesure où ils l’aident - et aident son interlocuteur - à approcher les mystères de la personne humaine, ses joies et ses peines, sa nostalgie[10], son cor inquietum, ses désirs. L’acte théologique qu’il met inlassablement en œuvre apparaît ainsi comme une intelligentia per cor[11], comme un partage amical, comme un regard théologal aimant, fraternel et paternel. Il ne consiste pas d’abord dans la transmission de convictions strictement intellectuelles ou dans une communication exclusivement noétique. Non, il s’agit « d’un acte d’amour qui n’élimine pas, ni n’élude l’argumentation rationnelle, mais l’intègre dans une démarche plus ample, celle d’une recherche aimante et cordiale. »[12]Avec Mgr Laffitte, nous voyageons loin des systèmes d’idées ou des jeux de concepts.  La cohérence rigoureuse et l’unité profonde de sa pensée viennent d’ailleurs. Elle se découvre au détour des divers « itinéraires » de rencontres auxquelles il nous convie.

Bref, notre théologien ne parle pas, il nousparle, et ce dans un style remarquable, clair, délicat et agréable à entendre. Il s’adresse dans leurs langues à des personnes concrètes rencontrées au cours de ses 20 dernières années d’enseignement[13] à Rome, à Buenos Aires, à Dar-es-Salaam en Tanzanie, Paray-le-Monial, Assise, Bruxelles, Tokyo, Madrid, Lugano et ailleurs.

2/ « Il vit les cieux se déchirer. »

Anthropologie de l’ouverture

Notre auteur possède une vive perception du drame de notre temps : la fermeture à Dieu comme l’a spécialement analysé Gaudium et spes dans ses numéros sur l’athéisme[14], le rétrécissement individualiste de l’être humain et de la société. La gender theory en présente un symbole actuel particulièrement éloquent.Pourtant, « l’homme ne se limite jamais à l’horizon de ce monde. »[15] « Il est incapable de se suffire à lui-même. (…) Il a une constitution que de nombreux auteurs (…) ont parfois qualifiée de structure dialogique. D’autres, comme Bruaire, sont allés encore plus loin en parlant de l’homme comme être-de-don. »[16]

D’où la question de fond qui traverse tous les chapitres : Comment échapper à cet emprisonnement ? Comment tracer des pistes - des « itinéraires » - pour parvenir à cette « anthropologie adéquate » dont parle Jean-Paul II ? Notre théologien pasteur part de très loin. Il commence par considérer l’embryon souvent prisonnier d’un regard très matérialiste[17] et aboutit 560 pages plus loin au côté transpercé du Christ. « Il y a une contemporanéité du Cœur transpercé du Christ à l’homme de tous les temps »[18], y compris à l’homme en son stade embryonnaire.Entre les deux, quel parcours ! La santé, le sida, la mort, le mariage, la famille, le corps, l’Eucharistie, la société, la paix entre nations, la démographie en Europe, l’objection de conscience et « la tolérance idéologique »[19], la révolution sexuelle, l’inviolabilité de la conscience, la connaissance de Dieu et de la vérité, l’agir rationnel du croyant, le pardon. Toutes ces problématiques sont en réalité intrinsèquement reliées entre elles grâce aux rayons de cette anthropologie de l’ouverture.

3/ « Il vit l’Esprit comme une colombe descendre sur lui et une voix vint des cieux : « Tu es mon Fils ». »

Une anthropologie filiale

Cette ouverture constitutive de la personne humaine est réfléchie en termes de filiation et exprimée principalement dans un langage personnaliste : « Tu es mon Fils. » « La première expérience par l’homme de sa socialité concerne la découverte de son être filial. »[20] Sa dernière aussi, comme en témoignent certaines personnes âgées. Etonnamment, le passé immédiat tend à s’effacer - ou du moins à se conserver plus difficilement -  pour faire place à la mémoire du passé lointain, c’est-à-dire des parents et de la maison familiale.

Cette expérience humaine fondatrice de la filiation est « le lieu où l’homme acquiert une certaine intuition d’une autre filiation, encore plus originelle. »[21] Elle lui fait comprendre quelque chose du lien filial qui le relie à Dieu, y compris dans sa dimension corporelle. Elle lui permet d’entendre avec le Christ cette parole venue du Ciel : « Tu es mon Fils ». Jésus est - sans confusion ni séparation - Fils éternel du Père et fils de Marie. « L’une et l’autre relations (de filiation) ne s’inscrivent pas sur le même plan, mais si, dans la foi, l’une est naturellement subordonnée à l’autre, il n’en demeure pas moins qu’elles connotent, chacune à son rang, une anthropologie chrétienne de la filiation. »[22]

Dans le mystère de l’Incarnation, les créatures humaines se découvrent - oh merveille - dans un rapport particulier de fils par rapport à Dieu. Ils sont infiniment plus que de simples « images », comme l’enseigne traditionnellement l’anthropologie théologique. Ils sont fils dans le Fils. Ils sont comme saisis de l’intérieur par un « processus de configuration filiale ».[23] Sur eux repose l’Esprit du Christ qui « structure profondément leur être filial »[24] au cœur de l’Eglise et leur fait crier ensemble « Abbà, Père ».

Très logiquement, l’individualisme enfermant que nous avons évoqué dans le point précédent est pensé en termes de « rupture du lien filial »[25]. Dans ce comportement, « l’homme devient en quelque manière son propre père et refuse de recevoir son humanité d’un Père. Dans la transgression et les conséquences qu’elle suscite dans la nature humaine, est toujours présent le refus de la dépendance filiale : cette dernière cesse d’être perçue comme une dépendance d’amour et devient une dépendance contraignante qui gêne l’assouvissement du désir prométhéen d’autosuffisance. A cette lumière, il convient de voir dans le chrétien pécheur un fils, mais un fils incapable d’exercer sa filiation. »[26]

4/ « Tu es mon Fils bien-aimé. »[27]

Anthropologie de la charité

a) Amour et don

L’anthropologie de l’ouverture est donc une anthropologie de la filiation. Celle-ci possède comme forme spécifique la charité. « La charité du Christ est filialement structurée et, comme telle, apte à configurer filialement le cœur de l’homme. »[28] « Le Cœur du Christ donne au cœur de l’homme : d’une part de pouvoir accueillir l’amour du Père ; d’autre part de donner au Père le culte d’amour de fils. Dans le Cœur du Christ, il découvre qu’il est au point de rencontre entre ces deux amours. »[29]

Avec une sensibilité augustinienne et bonaventurienne qui ne se dément jamais au fil des chapitres, Jean Laffitte scrute sans relâche les dynamismes secrets de la charité, de l’amour vrai et du désir, dans leur dimension de réceptivité et d’oblativité. Ceux-ci offrent le principe fondateur, unificateur et intégrateur de la personne et de son « itinéraire ».[30]

A la suite de Jean-Paul II et de Benoît XVI, ces dynamismes sont approfondis à partir de la catégorie personnaliste de « don ». « L’amour dans la vérité place l’homme devant l’étonnante expérience du don »[31], le don reçu et le don offert. Cette loi est gravée non seulement dans le cœur de toute personne, mais aussi, d’une certaine manière, dans son corps. Ce dernier est profondément orienté « à exprimer et incarner le don de soi dans l’amour. »[32] Il possède une « signification sponsale »[33] pour reprendre le vocabulaire de Jean-Paul II. Il « parle un langage dont il n’est pas l’auteur »[34]. Il parle et est appelé à parler le langage du don. Voilà pourquoi, dans le don d’un organe par exemple, « on ne donne pas simplement quelque chose qui nous appartient en propre, on donne quelque chose de soi, du moment qu’en vertu de son union substantielle avec une âme spirituelle, le corps humain ne peut être considéré seulement comme un ensemble de tissus, d’organes et de fonctions (…) mais il est une partie constitutive de la personne qui se manifeste et s’exprime par lui. »[35]

b) Amour et pardon

Une « vision réaliste de l’amour » fait découvrir que celui-ci, en cet état de vie marqué par le péché[36], est bien souvent par-don, c’est-à-dire don qui traverse victorieusement l’offense. Telle est la réalité finale qui permet d’échapper à l’individualisme de monades qui se rêvent autosuffisantes ainsi qu’à une société qui étouffe dans des idéaux utilitaristes. Nous ne pouvons pas ici reprendre les belles analyses de l’auteur, véritable maître en la matière.[37] Signalons simplement l’étude du baptême comme don de la filiation divine, du pardon et de l’entrée dans la société ecclésiale.[38]

c) Amour, pardon et communion

L’amour comme don et comme pardon est racine et fruit de la communio personarum[39]chère à Jean-Paul II.

1° Jean Laffitte explore le mariage et la famille dans cette lumière anthropologique, situant ce type primordial de communion dans sa relation avec la société[40], l’Eglise et l’Eucharistie.

2° Il explore également la dimension sociale plus large de l’existence humaine, et la Doctrine de l’Eglise qui en émane. Il « trace les contours d’une anthropologie chrétienne pensée à partir de l’insertion originaire de l’homme dans un tissu humain. »[41] Il ébauche ainsi une conception de la société comme communauté de personnes. Celle-ci est appelée à être régie par la logique de l’amour-justice, du pardon et de la communion, non par l’individualisme ou le collectivisme utilitariste. L’analyse de l’hiver démographique en Europe ou celle des commissions Vérité et Réconciliation dans les pays qui sortent de guerre civile s’en trouvent puissamment éclairées. « L’écologie humaine », pour reprendre l’expression de Jean-Paul II dans Centesimus Annus, relève essentiellement d’une dynamique personnaliste et communautaire.

3° Enfin, la réalité de la communion est explorée à l’intérieur de l’Eglise et des sacrements, spécialement ceux de l’Eucharistie et de la Réconciliation. « C’est dans l’Eglise que tout homme découvre sa véritable origine dans la paternité radicale de Dieu. Il ne faut pas craindre de dire que le lien de tout baptisé à l’Eglise prend immédiatement la consistance d’un rapport filial. »[42]

d) Amour, pardon, communion et vie

L’amour, le pardon, la communion donnent vie. Ainsi, par exemple, dans la famille. « Selon l’intention du Créateur, c’est bien un acte d’amour qui est fécond. (…) Ici se rejoignent deux mystères : celui de l’amour et de la vie. »[43] De même, dans le martyre chrétien, considéré par notre auteur comme « sommet de l’obéissance filiale »[44]. « Ce n’est pas la mort elle-même que le martyre recherche dans la mort[45], c’est le Christ »[46]. Il est essentiellement « orienté par la charité »[47] envers le Christ et envers les hommes. Il est source de vie éternelle, c’est-à-dire de communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.[48]

5/ « Et aussitôt, l’Esprit le pousse au désert. »

Une anthropologie de « l’amour qui agit »[49]

a) Une éthique de la filiation

Le Fils bien-aimé est poussé au désert par l’Esprit. Il y exerce avec persévérance sa filiation humano-divine, à travers de redoutables tentations, accomplissant avec succès la longue marche de son peuple dans le désert. Dans ses pas, l’agir moral de tout chrétien consiste dans « l’exercice de sa filiation »[50]. « L’agir bon est toujours un agir filial. »[51] « Par ses actions bonnes accomplies dans l’ordre de la charité, l’homme donne une réponse de fils. »[52] « Ses actes vertueux sont porteurs du même dynamisme filial que les actes du Christ, et ils orientent son amour vers le Père. »[53]

b) Une éthique « gracieuse »

Aucun pélagianisme dans cette réponse. L’économie dans laquelle tout être humain est plongé dès le sein maternel est celle de la grâce.[54] Pas non plus de spiritualisme ! Cette « conformation au Christ naît d’un don de l’Esprit Saint qui vient habiter l’intériorité de la personne, en d’autres termes, demeurer en ce lieu intime où elle l’accueille et l’honore : le cœur. »[55] D’où l’importance essentielle de la vie sacramentelle - de l’Eucharistie en particulier - à laquelle Jean Laffitte accorde une large attention. Fils dans le Fils, dans le souffle de l’Esprit. La multitude des saints en offre le plus beau témoignage.

c) Une éthique de la charité

Cette éthique gracieuse de la filiation est une éthique de la charité. Le Fils bien-aimé du Père, « demeure de façon permanente dans l’amour du Père »[56]. L’imiter, le suivre dans son mouvement filial, c’est entrer dans son mouvement de charité par un « échange des cœurs »[57]. Cette bienheureuse entrée, mue par l’Esprit Saint, est libre et inventive. Elle implique la collaboration de l’intelligence et de la volonté. Chez un sujet mature, « le processus rationnel n’est pas éliminé ou réduit, mais intégré, dans une attitude cordiale de  recherche. »[58] « Amour et vérité se rencontrent » (Ps 84,11). Au fil de ces chapitres[59] se dessine ainsi les traits de ce que saint Thomas d’Aquin, à la suite d’Aristote, appelle la raison pratique, c’est-à-dire la raison qui discerne « amoureusement »[60] le bien à faire dans telle situation - et donc le mal à éviter -, la raison morale « formée et engendrée » par la charité.

d) Une éthique opérante

Cette raison qui aime ou cet amour qui raisonne[61], Mgr Laffitte le met en œuvre concrètement à propos de sujets souvent délicats et complexes : destination des embryons, légitime défense, peine de mort, démographie européenne, avortement, euthanasie, santé et maladie, don d’organes, « l’acte personnel de mourir »[62], le suicide, la question délicate des couples séro-discordants dans différents contextes géographiques, l’acte contraceptif, le travail, les crimes contre l’humanité, la réconciliation sociale[63]. Bien informé, attentif aux circonstances et au contexte historique, notre anthropologue offre au lecteur une série impressionnante de discernements très ajustés. L’ouvrage que nous présentons ce soir est aussi celui d’un moraliste. Ses nombreuses considérations éthiques ne sont pas étrangères, mais en cohérences vivantes avec l’anthropologie de l’expérience, de l’ouverture, de la filiation et de la charité. Dans un ethos christologique, elles mettent l’homme face à sa responsabilité filiale, évitant les pièges du légalisme, du subjectivisme ou d’une morale déductiviste.

Conclusion

En révélant la filiation de Jésus, le texte de saint Marc nous révèle également notre propre filiation. Cette dernière est un don totalement gratuit. Elle appartient à l’ordre de la surabondance, du surcroît, de la miséricorde infinie[64]. Elle « passe la mesure de ce qui est dû à l’homme »[65]. Elle brise le cercle infernal de l’individualisme pécheur.  Elle conforme le cœur humain au Cœur du Christ, au Cœur transpercé. « Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » chante le psalmiste. En accueillant cette filiation dans « l’émerveillement », la « gratitude » et la « louange ».[66] En l’exerçant dans la « confiance »[67], jusqu’au bout, en compagnie de Jésus sauveur[68], le Fils bien-aimé du Père, « contemporain des hommes de tous les temps. »[69] « Réveille-toi, ô homme, et reconnais la dignité de ta nature ! »[70] « Le Christ est ton bienheureux destin ! »

[1] Mame, Paris, 2012.

[2] Gaudium et spes, §1.

[3] Gaudium et spes, §3.

[4] Saint LÉON LE GRAND, Homélie pour Noël, VI, §2, 3,5, in Sources Chrétiennes, 22bis.

[5] Pour une description de ce que l’auteur entend par « expérience », cf. par exemple p.191ss.

[6] Ainsi, par exemple, « l’amour, le don de soi, le don de la vie, la souffrance, la mort des êtres chers et la perspective de sa propre disparition, les désirs profonds, la joie intense qu’il (l’homme) éprouve parfois, sa relation aux autres, ses choix existentiels, ses décisions morales, ses capacités d’empathie et de compassion, sa participation au bien de tous ; (…) sa relation à Dieu, implicite et explicite, sa vie théologale, son appartenance ecclésiale, sa conscience de salut que le Christ opère, son souci des âmes, sa charité surnaturelle. » (p.8-9)

[7] p.13.

[8] p.30.

[9] Le cœur est le symbole de la personne. Comme tout symbole, il « s’appuie sur tout un faisceau d’expériences primordiales qui précèdent notre intelligence et la structurent. » (p.596)

[10] Cf. p.420 et p.440ss.

[11] Selon l’expression de saint Bonaventure (p.587). Le secret de la méthode théologique de Jean Laffitte nous est en quelque  sorte donné à la fin de l’ouvrage, dans son article sur le mystère du cœur chez saint Bonaventure.

[12] A propos de saint Austin, p.581.

[13] Parmi une soixantaine d’articles publiés ces 20 dernières années.

[14] « De l’éclipse du sens de Dieu et du sens de l’homme découlent plusieurs conséquences (…) : l’ignorance du caractère transcendant de l’existence humaine (Evangelium vitae, §11) ; l’oubli de la spécificité de l’homme dans le monde créé. » (p.68)

[15] p.8. « C’est le péché qui ferme l’accès à Dieu, depuis Adam (Gn 3,24). Depuis lors, le ciel fermé aux pluies fécondantes est l’un des grands symboles du malheur qu’entraîne l’infidélité à l’Alliance (Dt 11,27 ; 1 R 8,35 ; Si 48,3 ; Lc 4,25). A l’inverse, « Dieu ouvre les portes du ciel, trésor excellent », pour en faire pleuvoir l’eau ou la manne (Dt 28,12 ; Ps 78,23). Mais par-delà ce symbole, ce qui est en question, c’est le rétablissement de la communication entre Dieu et les hommes. » (Bible chrétienne, vol II. Commentaires, Ed. Anne Sigier, 1990, p.137)

[16] p.367.

[17] Au niveau philosophique, il s’agit de « reconnaître » le statut de l’embryon humain (p.24) comme « une question personnelle » dans « une démarche voisine de la foi » (p.25). Au niveau théologique, ce statut « trouve à s’éclairer à la lumière du projet salvifique de Dieu sur l’homme, et donc nécessairement à la lumière du Christ qui révèle et accomplit ce projet. » (p.27) La « condition théologique » de l’embryon humain (p.28) est caractérisée par sa prédestination éternelle dans le Christ.

[18] p.613.

[19] p.324 ss. « On peut se poser la question de savoir comment la mise à mort du philosophe (Socrate) a bien pu être l’œuvre du premier gouvernement démocratique de l’histoire. (…) Sa mort fut votée par une majorité de 280 voix contre 221 » (p.333-334).

[20] p.366.  « L’étude récente par l’anthropologie des liens originaires et structurants de la filiation (…) est très utile pour comprendre à quelles profondeur se situe l’expérience sociale de l’homme. » (p.365)

[21] p.390.

[22] p.404.

[23] p.408.

[24] p.193.

[25] p.408.

[26] p.408-409.

[27] Parmi les multiples textes de l’Ancien testament auxquels renvoie plus ou moins directement cette expression (Gn 1,2 ; Gn 8,8-12, ; 1 Sam 10,1-8 ; Is 42,1 ; Ps 2,7), signalons celui de Gn 22,2.16, selon la traduction de la Septante. A trois reprises, la voix de YHWH demande à Abraham de lui sacrifier son « fils bien-aimé », son « fils chéri ». Au creuset de l’épreuve, nous assistons à l’avènement d’un nouveau type de filiation.   

[28] p.609.

[29] p.610.

[30] « L’amour personnalise tous les dynamismes humains et les unifie. » (p.199)

[31] Lettre encyclique Caritas in Veritate, §34

[32] p.205.

[33] Le Christ manifeste cette signification sponsale de manière éminente. « Dans l’offrande de sa vie que Jésus accomplit sur la Croix pour le salut du monde, se trouve en son corps, rendue visible et réalisé aux yeux des hommes, la pleine signification oblative dans la nature corporelle qu’il a assumée. » (p.234)

[34] p.203. Ce langage est peu écouté dans nos sociétés occidentales actuelles. Celles-ci tendent à réduire le corps humain à un pur donné matériel, coupé de son origine créatrice bienveillante et de sa destinée : la résurrection pour la communion trinitaire.

[35] JEAN-PAUL II, cité dans le chapitre sur la « santé comme enjeu éthique, le don d’organes » (p.8).

[36] « L’amour est un don, porteur d’une finalité unitive. Le pardon est un don parfait (per-donum), porteur d’une finalité rédemptrice. » (p.491)

[37] Jean LAFFITTE, Le pardon transfiguré, Editions de l’Emmanuel, Paris, 1995 ; ID., L’offense désarmée. Essai sur le pardon chrétien, Ed. Du Moustier, Paris, 1991.

[38] p.497.

[39] p.14.

[40] cf. p.281-290.

[41] p.360.

[42] p.404-405.

[43] p.271.

[44] p.159. Dans le texte de notre auteur, cette expression concerne le Christ, mais nous la prolongeons à tous les martyrs.

[45] « L’acte de se donner la mort peut être considéré comme l’exact antithétique de l’acte qui consiste à offrir sa vie, le martyre. » (p.139)

[46] p.159. « Le martyr s’unit à l’humanité du Christ, anticipant en quelque manière par l’offrande de sa vie l’union de tout chrétien au Corps et au Sang du Seigneur dans le mystère eucharistique. » (p.158)

[47] p.154.

[48] cf. à ce sujet le chapitre sur  Evangelium vitae qui étudie la relation vie et communion

[49] Féodor DOSTOÏEVSKI, Les Frères Karamazov, Livre III, chapitre 4.

[50] p.390.

[51] p.409.

[52] p.435. « Les actes bons sont comme une participation créée au don éternel du Fils à son Père. » (p.435)

[53] p.467. L’auteur parle également  de cette relation avec Dieu dans le Christ en termes d’amitié  (p.467 et 469).

[54] cf. la « théologie des Saint Innocents » (p.55).

[55] p.484.

[56] p.471.

[57]  « Lorsqu’il (un homme) accomplit un acte de charité authentiquement humain, il y a en lui une réciprocité intérieure entre son agir et l’agir du Christ. Les auteurs mystiques expriment cette réalité de façon symbolique par la notion « d’échange des cœurs ». » (p.435)

[58] p.465.

[59] cf. spécialement le chapitre intitulé « l’agir rationnel du croyant » (p.437ss).

[60] « La découverte de la vérité, si elle advient, prendra nécessairement les traits d’une expérience amoureuse, et une telle expérience ne pourra exister sans une causalité personnelle et bienveillante. » (p.442)

[61] Selon nous, l’auteur préfèrerait cette seconde formule. Il s’inscrit en effet dans la ligne de saint Augustin dont « la charité est le mouvement profond de la pensée » (p.565). Il est également en profonde consonance avec saint Bonaventure selon lequel l’affection, au sens le plus fort du terme, est le mode le plus « profond » de connaissance : Ibi non intrat intellectus, sed affectus (…) quia affectus vadit usque ad profondum Christi (In Hex.Coll., 2,32).

[62] p.100.

[63] Ainsi, par exemple, la réconciliation entre l’Allemagne et la France (p.375ss) ou les commissions Vérité et Réconciliation  (p.379).

[64] p.485. « L’expérience que tout homme fait de l’amour de Dieu est inséparable de l’expérience de son pardon. » (p.489)

[65] p.569.

[66] cf. le beau chapitre intitulé « Gratitude et Grâce », p.569-578.

[67] « L’attitude confiante est certainement le plus fondamental dans l’expérience de la filiation vécue dans les premières années de l’enfance et de l’adolescence. » (p.397)

[68] « Tout ce processus de configuration filiale est structurellement rédempteur : Jésus ne conduit pas des fils à son Père par une autre voie que celle du Golgotha. »  (p.408)

[69] p.413.

[70] Saint LÉON LE GRAND, op.cit.