Le Christ est ressuscité : cherchons-le parmi les vivants

Dimanche de la Résurrection, 20 avril 2014

Rome, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 672 clics

Rite romain : Ac 10,34a 37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Jn 20,1-9

[Rite ambrosien, à Milan :Ac 1,1-8a; Ps 117; 1Co 15,3-10a; Jn 20,11-18]

Préliminaire :

La fête de Pâques que nous célébrons aujourd’hui n’est pas simplement la commémoration d’un fait passé, mais la participation au mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Désormais, ce n’est plus la Tête qui doit s’étendre sur la Croix pour se relever de la tombe ; c’est son corps, l’Église, avec tous ses membres représentés par chacun de nous. La fête de Pâques nous enseigne que le chrétien dans l’Église doit mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Et non seulement elle l’enseigne, mais elle le met en pratique. Pâques, c’est le Christ qui était jadis mort et ressuscité, nous faisant ainsi mourir de sa mort et nous ressuscitant à sa vie.

1 - Jésus est vraiment ressuscité et il est apparu en premier lieu à une femme

Avec la célébration de Pâques, non seulement nous rappelons la Résurrection, mais nous la rendons présente dans la joie qui naît de la rencontre avec le Seigneur ressuscité.

Le récit évangélique proposé par la liturgie de ce jour nous aide à comprendre et à vivre tout cela. Il s’agit d’un récit très linéaire : il y a Marie qui attend les premières lueurs pour courir au sépulcre, elle le trouve vide et elle pense que Jésus a été volé ; et il y a les apôtres Pierre et Jean qui courent au sépulcre pour voir si ce que disent Marie et les autres femmes est vrai. L’amour du Christ, même mort, demeurait en elles et, par amour, elles s’étaient rendues à la tombe dès l’aurore du jour nouveau, du premier jour après le sabbat, du début de la nouvelle création.

En soi, le récit sur Marie continue ensuite au verset 11 et dans les versets suivants, qui ne font pas partie du passage choisi aujourd’hui mais qu’il vaudra la peine d’aller relire parce que la liturgie d’aujourd’hui s’arrête au verset 10. Mais je crois utile de commenter d’abord les versets qui viennent après, et qui me permettent une réflexion pertinente pour aujourd’hui.

Ayant donc vu la tombe vide, cette femme est désemparée, bouleversée. Pour elle, le corps mort du Crucifié était la seule chose qui était restée du Seigneur tant aimé à qui, de son vivant, elle avait lavé les pieds de ses propres larmes et avec un parfum très précieux.

Soudain, il est là, à côté d’elle, avec son corps ressuscité, mais Marie-Madeleine ne le reconnaît pas. Perdue dans ses pensées et dans son projet de retrouver le corps défiguré par la Passion, comment pouvait-elle chercher à bien regarder cet étranger qui, à l’improviste, s’était approché d’elle ? Comment aurait-elle été capable de supposer que ce « jardinier » présumé pouvait être celui qui lui avait pardonné tous ses péchés d’une vie destinée à la mort, en la faisant « ressusciter » à la vie véritable ? Oui, pour celle qui avait fait l’expérience que l’amour de Jésus est plus grand que le péché, il a suffi d’une parole : « Marie ». En entendant son nom prononcé aux premières lueurs de l’aube, par une voix bien connu, elle a reconnu le Maître ressuscité. Alors, dans son cœur, la lumière emprisonnée s’est libérée et en elle a fleuri la foi qui était de reconnaître la présence du Christ ressuscité devant elle, à côté d’elle, en elle. À partir de ce moment, rien ne pourra arracher au cœur de cette femme la certitude qui avait saisi son cœur et son esprit.

En décrivant la rencontre de Marie de Magdala avec Jésus, l’évangéliste Jean met en avant trois aspects fondamentaux de la foi chrétienne : l’initiative, la reconnaissance et la mission. À celle qui cherche une personne morte, le Christ se montre vivant (l’initiative) : une connaissance du Ressuscité qui n’arrive pas, toutefois, à travers une rencontre sensible et c’est pourquoi celui-ci reste encore un inconnu. Tout change lorsque sa présence devient un appel personnel (la reconnaissance) : Jésus l’appelle par son nom et Marie répond comme elle l’avait toujours fait pendant sa vie terrestre : « Rabbouni » (titre familier de Rabbi qui signifie ‘mon maître’). La révélation est suivie de l’investiture (la mission) de l’annonce : alors que Marie veut le toucher, le Messie lui confie le grand message, exprimé dans le langage typiquement johannique, à apporter à ses frères : « Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Ainsi le Christ fait d’elle l’« apôtre des apôtres » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Évangile de Jean, XX, 2519.10). Cette invitation aujourd’hui est confiée de manière particulière aux Vierges consacrées qui manifestent que leur existence est à l’initiative de Dieu, vécu dans la reconnaissance du Christ qui les envoie en mission dans le monde. Elles explicitent cette tâche en suivant le souhait de l’Eglise, comme le recommande les Praenotanda n° 2 « Elles s’adonnent en effet à la prière, à la pénitence, au service de leurs frères et au travail apostolique, suivant leur état.... ». Ceci montre que la prière est l’âme de chaque apostolat. Ceci est également confirmé dans le renvoi n° 36 quand l’Evêque invoque l’Esprit Saint sur la consacrée : « Que l’Esprit Saint qui fut donné à la Vierge Marie et qui a consacré aujourd’hui vos cœurs, vous anime de sa force pour le service de Dieu et de l’Eglise ».

Ici, l’Évangile de ce jour nous révèle le secret qui permet à la foi de naître en chacun de nous. La foi nous est donnée par Jésus lui-même qui vient à côté de nous de manière presque cachée, sans se faire reconnaître immédiatement par nous.

Jésus vient nous tenir compagnie, allumer un feu en nous, jusqu’au moment où nous découvrons que c’est justement lui qui est là, qui nous appelle par notre nom et que nous lui disions oui avec notre esprit et notre cœur.

À notre acte de foi humble et confiant, il répond en ressuscitant aussi dans notre cœur.

Comme la plante exposée et orientée vers la lumière vive, ainsi nous nous orientons vers la lumière du Christ, par la prière et la charité. Alors, le Christ entrera chez nous et nous donnera joie et paix, vie et espérance, des dons qui nous sont nécessaires pour notre renaissance humaine et spirituelle.

2 - Pierre et Jean : témoins d’un fait, et non d’une théorie

Revenons maintenant au début du passage évangélique d’aujourd’hui, qui interrompt le récit sur Marie-Madeleine et, avant de raconter la rencontre entre elle et le Christ, il nous parle de Pierre et Jean qui courent vérifier ce que les pieuses femmes leur ont rapporté, à eux et aux autres apôtres.

Dans le récit de ce jour, Pierre ne fait « qu’une » chose : il constate que le tombeau est vide. Ce n’est pas rien, parce que de cette façon, le Premier des apôtres atteste la donnée objective de la foi, en constatant que la tombe du Christ est vide de manière inexplicable. En effet, si le corps de Jésus avait été volé, le linge serait en désordre et non pas étendu, et le suaire ne serait pas roulé et mis en un lieu déterminé. Pierre constate donc une donnée objective : le tombeau est vide et il ne s’agit pas d’un vol. L’autre disciple, lui, ami de Jésus, celui que Jésus aimait, en voyant les mêmes choses, croit que Jésus est ressuscité. Ce qui est souligné ici, c’est qu’il ne suffit pas d’un élément objectif, il ne suffit pas que le tombeau soit vide et que l’on soit certain qu’il n’a pas été volé. Il faut une explication et il faut l’amour et l’intelligence du cœur en plus de celle de la tête, pour croire à la résurrection. Si tu aimes une personne, tu la comprends, tu expérimentes qui elle est, tu crois en elle et tu connais la vérité sur elle. Saint Augustin écrit : « On n’entre dans la vérité que par la charité ».

La résurrection n’étant pas une théorie, mais une rencontre avec le Christ ressuscité, on pourra toujours donner mille preuves que le Christ est ressuscité, mais cela ne suffira pas parce que le problème est autre. Ce ne sont pas les preuves ou les signes qui manquent ; la seule explication, et la plus raisonnable, est qu’il est ressuscité, mais ce n’est pas la question ; le problème est de le rencontrer et celui qui aime le rencontre toujours. Il n’a pas besoin de grand-chose, un signe lui suffit pour comprendre.

La nuit de la mort est passée, le « soleil » est ressuscité pour ne plus se coucher, le bien a vaincu le mal. Là où le crime avait abondé, la grâce a surabondé, la joie du Christ apaise toute douleur et nous pouvons redire avec une certitude sereine le psaume 56 (57) : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ; je veux chanter, je veux jouer pour toi ! éveille-toi, ma gloire ; éveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore » (vv. 8-9).

Marie-Madeleine a connu aussi le manque de foi initial et l’incompréhension qui ont touché Pierre et Jean. Pour reconnaître le Ressuscité, en effet, la connaissance physique et rationnelle simple et pure ne suffit pas ; il faut ce parcours dans la foi qui ne se fait chez Marie que lorsqu’elle est appelée par son nom dans un dialogue d’une intimité profonde, rapporté par Jean de manière vraiment émouvante. L’apparition est précédée d’une vision des anges, presque incrédules face à la tristesse de la femme (« pourquoi pleures-tu ? »), à qui Marie, en larmes, explique qu’on a enlevé son Seigneur. La façon dont Jean « dépeint » la position des deux anges est significative : « assis là où avait reposé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds » : une image qui rappelle l’Arche d’alliance, comme pour affirmer que toutes les prophéties de l’Ancien Testament se sont désormais réalisées dans cette tombe vide, témoin du Christ ressuscité.

La résurrection de Jésus est le « oui » de Dieu au Christ et à nous, puisqu’en ressuscitant l’homme Jésus, Dieu a ressuscité toute l’humanité et a recréé des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Celui qui est à nouveau vivant n’est pas une idée du Christ mais le Christ en chair et en os, corps immortel et transfiguré.

Tout en louant la foi de Jean éclairée par l’amour, suivie bien sûr de celle de Pierre, l’évangéliste semble toutefois déplorer ce « retard » à comprendre la grande vérité (« Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts »). La véritable foi, en effet, est celle qui se confie totalement à la parole de Dieu et qui ne cherche pas des témoignages ou des indices crédibles comme le tombeau vide ; tout cela est dû à cet état pérenne de l’homme charnel qui n’est pas préparé face au mystère de Dieu. À la lumière de tout cela, le « il vit », de Jean devient un témoignage et un engagement de foi et de vie pour tout véritable chrétien qui veut entreprendre le difficile chemin vers le salut éternel parce que, comme l’affirmait le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer, Pâques est une intervention de Dieu, de l’éternité, c’est le prélude des choses ultimes, celles qui se vérifieront lorsqu’adviendra la volonté de l’accomplissement final, et dont il n’est possible de parler que par des images ou par des paraboles. Pâques révèle toute la gloire et la puissance de Dieu. Il est le maître de la mort, non seulement de celle de son Fils, mais aussi de celle de tous les êtres humains et, de même qu’il a ressuscité Jésus, ainsi il fera passer son peuple saint de la mort à la vie.

Lecture patristique

Saint Grégoire de Nazianze

Méditons ces paroles de saint Grégoire de Nazianze :

« Nous voulons attester, à vous, Fils et Frères, et à tous ceux qui, dans le monde, sont revêtus de la gloire et de l’espérance du nom chrétien, que le Christ, encore aujourd’hui est, dans l’histoire du monde, aujourd’hui plus encore que jamais, le Christ est vivant, le Christ est réel. Vivant et réel, non pas dans la pénombre du doute et de l’incertitude… Le Christ est présent. Le temps ne le contient ni ne le consume. L’histoire évolue et peut modifier beaucoup la face du monde. Mais sa présence l’éclaire… Il est la joie de la terre ; il est le médecin de toutes les infirmités humaines. Il est personnifié en tout homme qui souffre ; tant qu’il y aura de la douleur sur la terre, il s’en fera lui-même l’image pour susciter l’énergie de la compassion et de l’amour généreux. Jésus est donc toujours et partout présent… Il est le maître, le frère, le pasteur, l’ami de tous les siens, le sauveur de chacune des créatures humaines qui a la chance d’être par lui associée comme cellule du corps mystique dont il est la tête. Tous sont autorisés à l’appeler par son nom, non pas comme un personnage étranger, loin et inaccessible, mais comme le « TU » du suprême et unique amour, comme l’Époux de son propre bonheur qui, mystérieusement, est plus proche de ce que peuvent imaginer ceux qui le cherchent, comme il a été dit : « console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

Ces paroles sont la prière émue que nous pouvons faire nôtre aujourd’hui, dans la joie.