Le dernier jour de Jean-Paul II

Le témoignage de l’infirmière qui a assisté le pape jusqu’à la mort

| 2984 clics

ROME, Dimanche 1er mai 2011 (ZENIT.org) - « Ils m'ont appelée en fin de matinée. J'ai couru, j'avais peur de ne pas arriver à temps. Mais au contraire, lui m'a attendu. ‘Bonjour Sainteté, aujourd'hui il y a du soleil', lui dis-je immédiatement. C'était une nouvelle qui le réjouissait à l'hôpital ».

C'est ainsi que Rita Megliorin, ancienne chef de salle du service de réanimation à la Polyclinique Gemelli de Rome se souvient de la matinée du 2 avril, quand elle fut appelée dans l'appartement pontifical au chevet de Jean-Paul II, le pape mourant.

« Je ne pensais pas qu'il me reconnaîtrait. Il m'a regardée. Non pas de son regard inquisiteur qu'il avait pour comprendre tout de suite son état de santé. C'était un regard doux qui m'a effleuré », ajoute Rita Megliorin.

« J'ai senti le besoin d'appuyer ma tête sur sa main, je me suis permis le luxe de recevoir sa dernière caresse en mettant sa main privée de force sur mon visage tandis qu'il fixait le cadre du Christ souffrant qui était suspendu au mur face à son lit ».

En entendant les chants sur la place, les prières, les acclamations des jeunes qui se faisaient toujours plus forts, l'infirmière demanda au cardinal Dziwisz si ces voix n'importunaient pas le pape. « Mais lui, m'emmenant vers la fenêtre me dit : ‘Rita, voici des enfants venus saluer leur père' ».

En janvier 2005, quand les conditions de santé de Jean-Paul II se sont aggravées, Rita Megliorin raconte qu'un jour, en arrivant à l'hôpital pour prendre son service, tout en ignorant que le pape avait été hospitalisé, il lui fut demandé de se dépêcher et de rejoindre le 10e étage parce qu'il y avait là un ‘hôte de marque'.

« Pensez à un lieu où l'espace et le temps n'existent pas, et pensez seulement à beaucoup de lumière ». C'est cette même lumière qui a accompagné les journées du Souverain Pontife. « Durant ces mois-là, j'entrais chaque matin dans sa chambre et je le trouvais déjà réveillé : il priait depuis trois heures du matin. J'ouvrais les stores et en m'adressant à lui je lui disais : « Bonjour Sainteté. Aujourd'hui il y a du soleil ». Je m'approchais et il me bénissait. Je m'agenouillais, il me caressait le visage ».

C'était un rituel qui commençait les journées de Jean-Paul II. « Pour le reste, j'étais une infirmière inflexible et lui, un malade inflexible. Il voulait être mis au courant de tout, de la maladie, de sa gravité. S'il ne comprenait pas, il me regardait comme pour demander de lui expliquer mieux ».

« Il n'a jamais cessé d'étudier les problèmes de l'homme. Je me souviens des livres de génétique, par exemple, qu'il consultait et étudiait avec attention, même dans ces conditions ».

Il ne pas voulait pas se laisser abattre, il voulait vivre la grâce de la vie reçue : « Chaque jour nous nous disions que ‘tout problème a sa solution' ». Et le pape le disait aussi, et surtout aux personnes qu'il rencontrait, pour lesquelles il éprouvait un amour paternel. « Et comme tous les pères, il avait une prédilection pour les plus faibles. Par exemple aux JMJ de Rome, à Tor Vergata, il salua les jeunes qui étaient placés au fond, considérant qu'ils n'auraient pas vu grand-chose. A l'hôpital aussi, il s'entretenait avec les plus humbles, et non pas avec les grands professeurs, il demandait des nouvelles de leurs familles, s'ils avaient des enfants à la maison ».

En rappelant les dernières hospitalisations, l'ancienne chef de salle ajouta : « Le pape a vécu des moments peut-être plus difficiles à la polyclinique », mais « assister les malades est un don, au moins pour celui qui croit en Dieu. Et donc, pour ceux qui n'ont pas la foi, c'est une expérience unique ».

Pour ceux qui comprennent pleinement le sens des propos de Rita Megliorin, les questions des nombreux journalistes venus écouter le témoignage de l'infirmière lors d'une conférence à l'université pontificale de la Santa Croce, vendredi 29 avril, sont choquantes.

Il y a ceux qui demandent si tel film sur la vie de Jean-Paul II est fidèle, notamment là où le film raconte les spasmes que le pape aurait eus avant de mourir. Des questions frappantes, oui, et même inopportunes, voire même d'un goût douteux.

Et en effet, l'infirmière demande combien de personnes dans la salle ont assisté à la perte d'un proche dans leurs bras : « Je ne peux pas répondre, explique-t-elle avec réticence. Ceux qui n'ont pas vécu ne peuvent pas comprendre ». Alors, « la mort a été un soulagement ? », insiste un autre. « La mort n'est jamais un soulagement - réplique-t-elle. Comme infirmière, je sais seulement qu'il y a une limite aux soins, au-delà desquels cela devient de l'acharnement thérapeutique ».

Il est morbide de savoir si Jean-Paul II a suffoqué ou dégluti, s'il avait la force de manger, de boire ou de respirer. Tout cela, c'est violer l'intimité d'un corps, la sacralité d'une vie qui n'est plus. Cela ramène aux paroles du pape qui, au contraire, a « redonné sa dignité au malade », rappelle Rita Megliorin. 



Dans la lettre apostolique « Salvifici doloris » de 1984, Jean-Paul II écrit que la douleur « est un thème universel qui accompagne l'homme sous toutes les longitudes et toutes les latitudes : en un sens, il est présent avec lui dans le monde ». Et pourtant, écrit encore le pape, « la souffrance semble appartenir à la transcendance de l'homme ; c'est un des points sur lesquels l'homme est en un sens ‘destiné' à se dépasser lui-même, et il y est appelé d'une façon mystérieuse ».



Jean-Paul II, « durant les derniers moments de sa vie terrestre - conclut Rita Megliorin - a porté sa croix, et non seulement la sienne mais aussi celle de toutes les personnes souffrantes. Il l'a fait avec la joie qui naît de l'espérance de croire à un avenir meilleur. C'était même pour lui, je pense, l'espérance d'un aujourd'hui meilleur ».

Mariaelena Finessi