Le dernier témoin polonais du concile Vatican II

L'expérience du père Jerzy Tomziński, 94 ans

| 1010 clics

P. Mariusz Frukacz

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, vendredi 14 décembre 2012 (ZENIT.org) –   A 94 ans, le père Jerzy Tomziński est le dernier témoin polonais à avoir participé au Concile Vatican II. Dans un entretien à l’hebdomadaire catholique polonais « Niedziela », il raconte son expérience et les souvenirs personnels de cet événement dont l’Eglise célèbre cette année les 50 ans de l’ouverture.

Durant sa longue vie, le religieux qui est membre de l’Ordre de Saint-Paul Ermite, a eu des contacts avec certains saints, dont Padre Pio. Il a été prieur général du sanctuaire national Jasna Gora dans les années1952-1957 e 1957-1960, et un proche collaborateur du cardinal Stefan Wyszynski, le grand Primat de Pologne, sous le régime communiste.

C’est lui qui a inspiré l’initiative de la prière nationale pour la libération du cardinal durant son emprisonnement, inaugurant ainsi la tradition de célébrer l’Appel de Jasna Gora, tous les soirs, à 21h00, devant l’image de la Vierge noire. Si bien que toute la Pologne l’appelle aujourd’hui « la légende vivante de Góra ».

Dans cet entretien, le père Tomzinski parle des papes qu’il a connus personnellement : Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI. 

« Pie XII, était très intéressé au cardinal Wyszyński et à Jasna Góra », raconte-t-il.  « Je me souviens d’une audience privée où il m’a demandé: Parle-moi du primat Wyszynski et du sanctuaire de Jasna Góra ».

Et à propos de Pie XII, il se souvient en particulier d’une anecdote peu connue des historiens d’aujourd’hui : la grande aide que celui-ci  apporta aux prêtres polonais et aux étudiants de théologie. « Pie XII offrit une énorme quantité de livres de théologie à tous ces prêtres polonais qui n’avaient pas la possibilité d’acheter ou de lire. Il aida matériellement les prêtres polonais par des intentions et les salaires pour la sainte messe, grâce aussi à sœur Pascalina qui joua un rôle fondamentale », rapporte le religieux.

 
« Quand j’étais à Rome, ajoute-t-il, avant même le concile Vatican II, la nécessité d’une réforme de l’Eglise se faisait clairement sentir. Il y avait déjà un fort désir de renouveau liturgique. Et Pie XII, qui était un homme profond et saint, avait perçu depuis longtemps ce besoin de changement ».

Le concile fut ensuite convoqué par Jean XXIII qui, comme évêque puis comme cardinal « avait grandi aux côtés de Pie XII ». En un certain sens, affirme le père Tomziński, « on peut dire que le Bon pape Jean a toujours été très près du cœur de Pie XII ».

Il se souvient encore du jour où a été annoncé le concile : C’était à la basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs, durant une célébration officielle au cours de laquelle le pape a annoncé en même temps, la convocation d’un synode pour le diocèse de Rome et la réforme du Droit canon.

« Des discussions s’élevèrent dans toutes les universités de Rome »,  raconte-t-il, «  la préparation du Concile fut un travail énorme, sans compter le gros travail de logistique. Encore aujourd’hui, j’ai dans les yeux la salle du Concile et la grande procession d’ouverture avec les évêques du monde entier traversant la basilique saint-Pierre. Parmi eux il y avait les grandes figures de l’Eglise polonaise : le cardinal Wyszyński, archevêque de Cracovie et Karol Wojtyła, le futur pape ».

A cette époque-là, le père Tomziński devint prieur général des pères de Saint-Paul ermite.  Il raconte au quotidien « Niedzela » comment ce concile a été vécu et perçu à Jasna Gora : «  Durant ce grand évènement historique de l’Eglise, le sanctuaire de Jasna Góra organisa des veillées de prière à l’intention du Concile. On a même lancé une initiative appelée Le Grand livre des actes de bonté pour les intentions du Concile ». On en a  près de 6.000 dans nos archives aujourd’hui ».

« Toute la Pologne état présente spirituellement au concile. A Jasna Gora nous avons fait une grande procession aux flambeaux pour le Concile. Les enfants de toute la Pologne ont apporté et offert un grain de blé avec lequel nous avons préparé les hosties pour célébrer la messe. Chaque père du concile a reçu ensuite une hostie faite avec tous les grains de blé offerts par les enfants de Pologne, ainsi que des chapelets faits avec du bois de bouleau, typique de notre pays ».

Pour finir, le père Tomziński Jerzy a parlé aussi de l’initiative des évêques polonais de proclamer Marie Mère de l’Eglise, précisant que  « ce geste eu par Paul VI vient de l’épiscopat polonais, en particulier du cardinal Wyszyński ».

« Nous devons souligner que durant le concile, la Pologne s’apprêtait à célébrer son Grand millénaire (1966), conclut-il, et que les pères du concile eurent droit à des images de la Vierge Marie, Reine de Pologne ».

  Au concile Vatican II, en plus du père Tomzinski, les pères provenant de Pologne étaient 66. Pami eux : le cardinal Stefan Wyszynski; Mgr  Karol Wojtyła; Mgr  Bolesław Kominek; Mgr Zdzislas Golinski; Mgr Stefan Barela; Mgr Tadeusz Szwagrzyk; et Mgr Bogdan Bejze.