Le destin de l'homme en musique

Benoît XVI commente Verdi et Beethoven

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 807 clics

Benoît XVI évoque « le drame de l’existence humaine marquée par un destin tragique et par la nostalgie de Dieu, de sa miséricorde et de son amour, qui offrent lumière, sens et espérance même dans l’obscurité » en commentant des œuvres de Verdi et Beethoven.

Benoît XVI a assisté hier soir, 4 février, à un concert offert par l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège, en l’honneur du pape et du président de la République italienne, Giorgio Napolitano, en la  Salle Paul VI du Vatican (cf. Zenit du 4 février 2013).  

Les recettes du concert étaient destinées à la « Flying angels Foundation », une ONG présidée par l'ambassadeur d'Italie près le Saint Siège, qui fournit des billets d'avion gratuits pour les enfants défavorisés qui ont besoin de soins spécialisés.

Ce concert, donné par le maestro Zubin Mehta et l’Orchestre du Mai musical florentin, marquait le 84e anniversaire de la signature des Accords du Latran, (11 février 1929). L’orchestre a interprété l’ouverture de "La force du destin", de Giuseppe Verdi, dont c’est le bicentenaire de la naissance, et la troisième Symphonie « héroïque » de Ludwig van Beethoven.

Un dialogue enrichissant

M. Napolitani a introduit la soirée, évoquant avec émotion les rendez-vous musicaux réguliers qui l’ont réuni à Benoît, durant son septennat de président de la République, qui touche à sa fin : « vous ne vous étonnerez donc pas des accents d’émotion qui filtreront dans mes paroles ».

Le président a confié qu’il garderait le souvenir de ses échanges avec Benoît XVI, de leur « écoute réciproque », en de multiples occasions, « au cours de ces sept années difficiles pour le pays ». Leur dialogue, a-t-il ajouté, l’a « beaucoup enrichi », en particulier sur des questions liées à « l’Italie, l’Europe, la paix et la politique comprise comme dimension essentielle de l’agir humain ».

« Je continuerai, Sainteté, comme les italiens, quelle que soit ma position, à prêter attention à vos messages, à en tirer motif de réflexion et de confiance », a-t-il conclu. Pour le président, cette soirée était aussi « une façon symbolique de prendre congé publiquement ».

Au terme du concert, Benoît XVI a remercié M. Giorgio Napolitano, pour les « paroles intenses » qu’il lui a adressées, ainsi que les organisateurs de la soirée, en particulier l’Orchestre du Mai musical florentin et Zubin Metha, qui « occupent une place importante dans le panorama musical international » et qui l’ont « démontré ce soir en nous donnant un moment de profonde élévation de l’esprit avec leur remarquable interprétation », a-t-il estimé.

Le destin tragique de l’homme

Le pape s’est arrêté sur l’œuvre de Giuseppe Verdi, « La force du destin » : il a rendu hommage à la façon dont le compositeur « a su saisir et décrire musicalement les situations de la vie, surtout les drames de l’âme humaine, de façon si immédiate, incisive et essentielle, comme on trouve rarement dans le panorama musical ».

« Les personnages de Verdi subissent toujours un destin tragique », a-t-il fait remarquer, y compris dans « La force du destin » qui fait ressentir ce destin « dès les premières mesures ».

« Mais en abordant le thème du destin, Verdi affronte directement le thème religieux », a analysé Benoît XVI, qui y voit un lien « avec Dieu, avec la foi, avec l’Eglise », que laisse émerger « l’âme de ce musicien, son inquiétude, sa recherche religieuse ».

Dans « La force du destin », a poursuivi le pape, « on trouve deux histoires de conversion et de rapprochement envers Dieu: celle de Leonora, qui reconnaît dramatiquement ses fautes et décide de se retirer dans une vie érémitique, et celle de don Alvaro, qui lutte entre le monde et une vie dans la solitude avec Dieu ».

La perspective du chrétien

Le pape a évoqué cependant les différentes finales des deux versions de l’oeuvre, celle de 1862 pour Saint-Pétersbourg et celle de 1869 pour "La Scala" de Milan : dans la première, don Alvaro termine sa vie par le suicide, refusant l’habit religieux et invoquant l’enfer; dans la seconde, il accepte de se confier au pardon de Dieu et l’oeuvre se termine avec les mots "Montée vers Dieu".

Pour Benoît XVI, cette dernière fin dessine « le drame de l’existence humaine marquée par un destin tragique et par la nostalgie de Dieu, sa miséricorde et son amour, qui offrent lumière, sens et espérance même dans l’obscurité ».

Cette perspective offerte par la foi « n’est pas illusoire, mais réelle », a insisté le pape, selon les mots de saint Paul «ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8,38-39).

« C’est la force du chrétien, qui nait de la mort et de la résurrection du Christ, de l’acte suprême d’un Dieu qui est entré dans l’histoire de l’homme non seulement par ses paroles, mais en s’incarnant », a-t-il ajouté.

La recherche de sens

Dans la troisième symphonie de Beethoven, une « œuvre complexe qui marque de façon claire la séparation avec les symphonies classiques de Haydn et Mozart », le compositeur « exprime musicalement l’idéal du héros porteur de liberté et d’égalité, qui est devant le choix de la résignation ou de la lutte, de la mort ou de la vie, de la reddition ou de la victoire » : « la Symphonie décrit ces états d’âme avec une richesse de couleur et de thème jusqu’alors inconnue », a commenté Benoît XVI.

Le deuxième temps de cette symphonie, la « Marche funèbre », est « une méditation affligée sur la mort, qui commence avec une première section de tons dramatiques et désolé, mais qui contient, dans sa partie centrale, un épisode serein entonné par le hautbois et puis la double fugue et les sonneries de trompette », a fait observer le pape : en ce sens, « la pensée sur la mort invite à réfléchir sur l’au-delà, sur l’infini ».

« La recherche de sens qui ouvre à une espérance solide pour l’avenir fait partie du chemin de l’humanité », a conclu Benoît XVI.