Le dialogue interreligieux dans l'enseignement de l'Eglise (1963-2013)

L'importance de la contribution de Benoît XVI

Rome, (Zenit.org) Cardinal Jean-Louis Tauran | 908 clics

"Le dialogue interreligieux dans l’enseignement officiel de l’Église catholique (1963-2013)": le cardinal Jean-Louis-Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a présenté ce livre à la presse, mardi matin, 12 novembre, à Rome. Il souligne l'importance de la contribution du pape Benoît XVI à ce dialogue.

Voici notre traduction intégrale de cet entretien publié en italien par le Saint-Siège.

Entretien avec le card. Tauran

Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux est heureux de publier la troisième édition de l’ouvrage sur le Magistère pontifical dans le domaine du dialogue interreligieux du début du concile Vatican II jusqu’à Benoît XVI.

Il existe une idée répandue selon laquelle Benoît XVI ne s’intéressait pas beaucoup au dialogue interreligieux. Cette affirmation est-elle vraie ?

La véritable nouveauté de cet ouvrage consiste justement en ce qu’il rassemble de manière logique des textes de Benoît XVI sur lesquels il est bon de s’arrêter un instant parce que, en se basant uniquement sur certaines données statistiques, on peut comprendre à quel point cette idée est injuste.
En sept ans de pontificat, on trouve au moins 188 interventions de Benoît XVI sur le dialogue religieux, en comparaison à 591de la part de Jean-Paul II en plus d’un quart de siècle. L’attention à ce sujet a été constante, et même croissante, dans un pontificat comme dans l’autre. Benoît XVI a proposé le « dialogue de la charité dans la vérité ».

Le choc de Ratisbonne a-t-il changé quelque chose dans la relation avec le monde musulman ?

Un an après Ratisbonne, 39 sages musulmans, devenus par la suite 138, ont écrit au pape, dans un document connu sous le titre « A common word between us and you », (Une parole commune entre nous et vous), exposant les principes de l’islam et souhaitant une compréhension mutuelle, et un rapport entre l’islam et le christianisme fondé sur l’amour de Dieu et du prochain, selon l’enseignement de Jésus. La création d’un Forum islamo-chrétien, qui existe encore aujourd’hui, fut le fruit de cette initiative louable.

En ce qui concerne la liberté religieuse, quelle a été la contribution de Benoît XVI ?

Comme ses prédécesseurs, Benoît XVI a affirmé que la liberté religieuse est un droit sacré et inaliénable, et il n’a laissé passer aucune occasion de soutenir ce principe.

Convaincu que nier ou limiter de manière arbitraire la liberté religieuse signifie cultiver une vision réductrice de la personne humaine et rend impossible l’affirmation d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine (Message pour la Journée mondiale pour la paix, 1er janvier 2011, n.1.4.), Benoît XVI a perçu dans le processus de globalisation mondiale actuellement en cours une occasion propice à promouvoir des relations de fraternité universelle entre les hommes.

Pour revenir à l’ouvrage que vous avez publié, que contient-il encore de particulier ?

Comme nous l’avons dit, il s’agit, fondamentalement, du recueil de passages conciliaires, d’encycliques, d’exhortations apostoliques et de discours des papes, de Jean XXIII à Benoît XVI. Il y a aussi d’autres documents de dicastères de la curie romaine sur le dialogue interreligieux. Ce sont au total 909 documents, dont 7 textes conciliaires, 2 textes de Jean XXIII, 97 de Paul VI, 2 de Jean-Paul I, 591 de Jean-Paul II, 188 de Benoît XVI, 15 de la curie romaine, 3 textes législatifs et 4 de la Commission théologique internationale.

Qui a dirigé l’édition ?

S.E. Mgr Francesco Gioia, OFM Cap., qui a dirigé aussi les éditions précédentes. Il l’a fait, cette fois encore, avec une patience de chartreux et l’aide efficace des membres du Dicastère.

Quel est le but de ce travail ? Était-ce vraiment nécessaire aujourd’hui, quand on peut accéder en ligne à toutes sortes d’informations ?

 L’avantage d’un ouvrage sur papier, même s’il est de taille, parce qu’il compte 2100 pages, est d’offrir un accès pratique à la méthode et aux fondements théologiques du dialogue interreligieux enseigné et pratiqué dans le Magistère de l’Église catholique.

Les trois index, analytique, géographique et général, permettent de repérer rapidement les contenus les plus intéressants et ensuite, peut-être, d’aller chercher les textes en format informatique sur internet. Je pense en particulier précisément à vous, les journalistes, mais aussi aux étudiants et aux enseignants  de facultés de théologie, aux responsables diocésains pour le dialogue interreligieux et aux personnes qui travaillent dans le domaine de la formation théologique et pastorale à tous les niveaux.

Avez-vous déjà envisagé une édition numérique ?

Il ne faut pas oublier que le décalage numérique n’est pas du tout encore surmonté. Par ailleurs, beaucoup préfèrent le papier imprimé à l’ordinateur, même s’ils possèdent les équipements informatiques adéquats. On se fatigue moins et on mémorise peut-être plus facilement. Nous verrons cela dans les prochaines années parce que le phénomène du livre numérique est encore trop récent pour pouvoir être évalué. Mais il n’est nullement exclu qu’on puisse réaliser une édition numérique.

L’ouvrage s’adresse-t-il uniquement aux catholiques, dans la mesure où l’on présente l’enseignement officiel de l’Église ?

Non, l’objectif est aussi de présenter directement aux fidèles d’autres religions la pensée officielle de l’Église, dans l’esprit de Nostra Aetate, qui exhorte [ses enfants pour que] « par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux » (cf. NA n.2).

Avez-vous aussi pris en considération le dialogue œcuménique et les relations avec les juifs ?

Le choix des textes respecte les compétences du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, laissant donc de côté d’une part le dialogue avec les juifs, qui est de la compétence de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, constituée au sein du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et d’autre part le dialogue œcuménique, c’est-à-dire l’aspect des relations avec les autres Églises et communautés ecclésiales dont s’occupe ce Conseil pour l’unité.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat