Le Magnificat de l'organisateur de onze JMJ

Testament spirituel d'un ami du pape

Rome, (Zenit.org) | 1061 clics

« Magnificat » est le refrain du testament spirituel du cardinal argentin Eduardo Francisco Pironio (1920-1998), initiateur et organisateur des onze premières éditions des Journées mondiales de la jeunesse, en tant que président du Conseil pontifical pour les laïcs (de 1984 à 1996), auprès de Jean-Paul II.

A partir de l'intuition du rassemblement des jeunes - dès la première année de son service dans ce dicastère romain - le dimanche des Rameaux 1984, pour l'Année sainte de la Rédemption, il a concrétisé le projet avec la première JMJ de Rome, toujours aux Rameaux, en 1985.

Nous le publions alors qu'il demeure un intercesseur pour les jeunes de la JMJ de Rio, et pour son compatriote et ami, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François le 13 mars dernier.

Testament spirituel du card. Pironio

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen ! Magnificat !

J’ai été baptisé au nom de la très sainte Trinité ; j’ai cru fermement en elle, par la miséricorde de Dieu ; j’ai goûté sa présence amoureuse dans la petitesse de mon âme (je me suis senti habité par la Trinité). Maintenant, j’entre « dans la joie de mon Seigneur », dans la contemplation directe - "face à face" - de la Trinité. Jusqu’à maintenant, venant de loin, j’ai marché comme un pèlerin vers le Seigneur, et maintenant « je le vois tel qu’il est ». Je suis heureux. Magnificat !

« Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père ». Merci, Seigneur et mon Dieu, Père de miséricorde, parce que tu m’aimes et tu m’attends. Parce que tu m’embrasses dans la joie de ton pardon.

Ne pleurez pas mon départ ! « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père ». Je vous demande seulement de continuer à m’accompagner par votre affection et par vos supplications, et de prier beaucoup pour mon âme.

Magnificat ! Je te rends grâce, Père, pour le don de la vie. Comme il est beau de vivre ! Tu nous as faits, Seigneur, pour la vie. Je l’aime, je l’offre, je l’attends, tu es la vie, comme tu as toujours été ma vérité et mon chemin.

Magnificat ! Je remercie le Seigneur pour mon sacerdoce. Je me suis senti extraordinairement heureux d’être prêtre et je voudrais transmettre cette joie profonde aux jeunes d’aujourd’hui, comme mon meilleur testament et héritage. Le Seigneur a été bon pour moi. Que les âmes qui ont reçu la présence de Jésus à travers mon ministère sacerdotal prient pour mon repos éternel ! Je demande pardon, de toute mon âme, pour le bien que j’ai négligé de faire en tant que prêtre. Je suis pleinement conscient qu’il y a eu beaucoup de péchés d’omission dans mon sacerdoce parce que je n’ai pas été généreusement celui que j’aurais dû être devant le Seigneur. Peut-être que maintenant, en mourant, je vais commencer à être vraiment utile : « si le grain de blé tombé en terre... meurt, il porte beaucoup de fruit ». Ma vie sacerdotale a toujours été caractérisée par trois amours et présences : le Père, la très sainte Vierge Marie et la Croix.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu pour mon ministère de service dans l’épiscopat. Comme Dieu a été bon avec moi ! J’ai voulu être « père, frère et ami » des prêtres, des religieux et religieuses, de tout le peuple de Dieu. J’ai voulu être une simple présence du « Christ, espérance de la gloire ». J’ai toujours voulu l’être, dans les différents services que Dieu m’a demandés comme évêque : évêque auxiliaire de La Plata, administrateur apostolique de Avellaneda, secrétaire général et président du CELAM, évêque de Mar del Plata, puis nommé par le pape Paul VI préfet de la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers, et enfin, selon la volonté bienveillante du pape Jean-Paul II, président du Conseil pontifical pour les laïcs. Je regrette de ne pas avoir été plus utile comme évêque, d’avoir déçu l’espérance de beaucoup et la confiance de mes bienaimés pères, les papes Paul VI et Jean-Paul II. Mais j’accepte avec joie ma pauvreté. Je veux mourir avec une âme totalement pauvre.

Je désire exprimer mes remerciements au Saint-Père, Jean-Paul II, qui m’a confié, en avril 1984, l’animation des fidèles laïcs. C’est d’eux que dépend, de manière immédiate, l’édification de la « civilisation de l’amour ». Je les aime énormément, je les embrasse et je les bénis ; et je remercie le pape de sa confiance et de son affection.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu qui, à travers le Saint-Père Paul VI, m’a appelé à servir l’Église universelle dans le champ privilégié de la vie consacrée. Comme j’aime les religieux, les religieuses et tous les laïcs consacrés dans le monde ! Combien j’invoque la très sainte Vierge Marie pour eux ! Comme j’offre aujourd’hui ma vie avec joie pour qu’ils soient fidèles ! Je suis cardinal de la Sainte Église. Je rends grâce au bienaimé Saint-Père Paul VI pour cette nomination non méritée. Je rends grâce au Seigneur de m’avoir fait comprendre que le cardinalat est une vocation au martyre, un appel au service pastoral et une forme plus profonde de paternité spirituelle. Je me sens tellement heureux d’être martyr, d’être pasteur, d’être père.

Magnificat ! Je remercie le Seigneur pour le privilège de la croix. Je me sens très heureux d’avoir beaucoup souffert. Ce qui me déplaît, c’est uniquement de ne pas avoir bien souffert, et de ne pas avoir toujours savouré ma croix en silence. Je désire, au moins maintenant, que ma croix commence à être lumineuse et féconde. Que personne ne se sente coupable de m’avoir fait souffrir, parce que cela a été un instrument providentiel d’un Père qui m’aime beaucoup. Oui, je demande pardon, de toute mon âme, d’avoir fait souffrir tant de personnes !

Magnificat ! Je remercie le Seigneur parce qu’il m’a fait comprendre le mystère de Marie dans le mystère de Jésus et parce que la Vierge a été très présente dans ma vie personnelle et dans mon ministère. Je lui dois tout. Je confesse que c’est à elle que je dois la fécondité de ma parole. Les grandes dates de ma vie – de croix et de joie – ont toujours été des dates mariales.

Magnificat ! Je rends grâce au Seigneur parce que mon ministère s’est presque toujours déroulé, de manière privilégiée, au service des prêtres et des séminaristes, des religieux et des religieuses, et finalement des fidèles laïcs. Aux prêtres auxquels, dans mon long ministère, j’ai pu faire un peu de bien, je demande la charité de célébrer une messe pour mon âme.

Je les remercie tous pour le don de leur amitié sacerdotale. Je souhaite aux séminaristes – à tous ceux que Dieu a mis un jour sur mon chemin – un sacerdoce saint et fécond : qu’ils soient des âmes de prière, qu’ils savourent la croix, qu’ils aiment le Père et Marie ! Je demande à mes religieux et religieuses bienaimés, « ma gloire et ma couronne », de vivre avec une joie profonde leur consécration et leur mission. Je dis la même chose aux très chers laïcs consacrés dans la vocation providentielle des instituts séculiers. Je demande à tous de me pardonner les mauvais exemples que j’ai donnés et mes péchés par omission.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu d’avoir pu consumer mes pauvres forces et talents en me consacrant à mes chers laïcs, dont l’amitié et le témoignage m’ont enrichi spirituellement. J’ai beaucoup aimé l’Action catholique.

Si je n’ai rien fait de plus, c’est parce que je n’ai pas su le faire. Dieu m’a accordé de travailler avec les laïcs à partir de la simplicité paysanne de Mercedes (en Argentine) jusqu’au Conseil pontifical pour les laïcs. Magnificat !

Je demande pardon à Dieu pour mes innombrables péchés, à l’Église de ne pas l’avoir servie avec plus de générosité, aux âmes de ne pas les avoir aimées de manière plus héroïque et concrète. Si j’ai offensé quelqu’un, je lui demande pardon : je désire mourir la conscience tranquille. Et si quelqu’un croit m’avoir offensé, je veux qu’il éprouve la joie de mon pardon et de mon accolade fraternelle.

Je remercie chacun pour son amitié et sa confiance. Je remercie mes parents bienaimés – que je vais maintenant retrouver au ciel – pour la foi qu’ils m’ont transmise. Je remercie tous mes frères pour leur compagnie spirituelle et pour leur affection, surtout ma sœur Zulema.

J’aime le pape Jean-Paul II de toute mon âme, je lui redis ma disponibilité totale, je lui demande pardon pour tout ce que je n’ai pas su faire comme préfet de la Congrégation pour les religieux et pour les instituts séculiers et comme président du Conseil pontifical pour les laïcs. Dieu est témoin de mon entier dévouement et de ma bonne volonté.

Je le remercie d’avoir voulu, avec bonté et délicatesse, me nommer cardinal évêque du diocèse suburbicaire de Sabina-Poggio Mirteto.

Aux bienaimées Servantes du Christ prêtre, qui m’ont accompagné pendant de nombreuses années, je renouvelle toute ma gratitude, mon affection paternelle et ma profonde vénération pour leur vocation spécifique, si providentielle dans l’Église. Je les aime beaucoup, je prie pour elles et je les bénis dans le Christ et dans la très sainte Vierge Marie.

Je remercie mon cher et fidèle secrétaire, le R.P. Fernando Vérgez, Légionnaire du Christ, pour son affection et sa fidélité, pour sa compagnie toujours proche et efficace, pour sa collaboration, sa patience et sa bonté.

Je demande que soient célébrées des messes pour moi et que l’on prie pour mon âme et pour toutes celles auxquelles personne ne pense. Je désire particulièrement que l’on prie pour la sanctification des prêtres, des religieux, des religieuses et de toutes les âmes consacrées.

Je désire mourir paisible et serein : pardonné par la miséricorde du Père, par la bonté maternelle de l’Église, par l’affection et la compréhension de mes frères. Je n’ai pas d’ennemis, grâce à Dieu ; je n’éprouve ni rancœur ni envie envers qui que ce soit. Je demande à tous de me pardonner et de prier pour moi.

À quand nous serons réunis dans la Maison du Père ! Je vous embrasse tous de tout cœur pour la dernière fois au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Je vous dépose tous dans le cœur de Marie, la Vierge pauvre, contemplative et fidèle. Ave Maria ! Et je lui demande : « Après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles ».

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat